Téfila en avion et Yaalé véyavo à Roch ‘Hodech – Guide pratique

Il arrive souvent, lors de voyages vers Israël ou ailleurs, que l’on doive prier dans des conditions particulières, comme assis dans un avion. Qu’en est-il d’après la Halakha ?

Que faire également en cas d’oubli d’une mention essentielle comme Yaalé Véyavo ?

Voici les réponses, fondées sur la Halakha.

1. Peut-on faire la Amida assis dans l’avion ?

Question: J’étais dans l’avion et j’ai prié Min’ha assis à ma place. Ma prière est-elle valable ?

Réponse: D’après le Choul’han Aroukh, lorsqu’on est contraint de prier assis (pour des raisons de sécurité ou d’espace), la Téfila est valide bédi’avad (a posteriori).

Si le temps est écoulé

Si vous avez prié assis par crainte que le soleil ne se couche avant l’atterrissage, et qu’à l’arrivée le temps de Min’ha est dépassé, la prière est validée.

Il n’y a pas lieu de faire une prière de rattrapage (Tachloumine).

S’il reste du temps

Si vous arrivez à destination et qu’il reste du temps pour prier Min’ha debout, le Choul’han Aroukh demande de recommencer la Amida debout.

Cependant, certains décisionnaires (comme le Michna Beroura) estiment qu’aujourd’hui on ne recommence pas forcément.

L’avis du Rav David Yossef est de la refaire avec une condition (Tnaï voir plus loin la définition).

L’astuce du Rav

Pour éviter ce dilemme, essayez de dire au moins la première bénédiction (jusqu’à Magen Avraham) et si possible Modim debout, même à sa place dans  l’avion.

Dans ce cas, la Téfila est considérée comme valide lehatkhila même si vous atterrissez avant la fin du temps imparti.

(Voir Choulhan Aroukh O »H 94.8, halakha Beroura)

2. J’ai un doute : ai-je dit « Yaalé Véyavo » ?

Question: C’était Roch ‘Hodech. J’ai terminé la Amida et soudain un doute surgit : ai-je bien mentionné Roch ‘Hodech ?

Réponse: Tout dépend du moment où le doute apparaît :

Vous y aviez pensé auparavant

Si, avant ou pendant la Amida, vous vous êtes rappelé qu’il fallait dire Yaalé Véyavo (par exemple en tapant sur la table), et que le doute apparaît bien plus tard, on présume que vous l’avez dit.

Le doute est immédiat

Si le doute survient juste après avoir terminé la Amida, vous devez recommencer la Téfila (sauf à Arvit de Roch ‘Hodech, comme expliqué plus loin).

(Voir Michna Beroura O »H 114.8. s »k 38)

3. Oubli de « Yaalé Véyavo » à Arvit

Question: J’ai oublié Yaalé Véyavo pendant Arvit. Dois-je recommencer ma Amida ?

Réponse

Roch ‘Hodech standard

Non. On ne recommence pas la Amida d’Arvit, car le Beth Din ne sanctifiait le mois que de jour.(Michna Beroura O »H 117.1 sk6)

• ‘Hol Hamoed

Oui. L’oubli revient à ne pas avoir prié la prière propre à la fête.

4. Je me rends compte de l’oubli pendant la Amida

Question: Je me suis rappelé que c’est Roch ‘Hodech après la bénédiction

« Hamahazir Chekhinato Létsion ». Que faire ?

Réponse:

Avant de dire “Modim”

Intercalez immédiatement Yaalé Véyavo à cet endroit précis, puis continuez avec Modim.

Après avoir commencé “Modim”

Revenez au début de Retsé H. Elokenou, dites Yaalé Véyavo, puis reprenez Modim avec bénédiction.

Plus tard dans la Amida, avant Ossé Chalom

Tant que vous n’avez pas encore séparé les pieds pour Ossé Chalom, vous devez revenir à Retsé. Excepté à Arvit.

Après avoir séparé les pieds (Ossé Chalom)

En journée (Cha’harit ou Min’ha) :

Vous devez recommencer toute la Amida.

À Arvit de Roch ‘Hodech standard :

Vous ne recommencez pas.

(Voir Choulhan Aroukh O »H 422.1)

5. Rattraper Arvit de Roch Hodech à Cha’harit

Une personne qui a été empêchée par un cas de force majeure et n’a pas pu prier, ou qui a oublié de prier Arvit de Roch Hodech, devra rattraper sa téfila en priant deux fois Cha’harit.

La première Amida l’acquitte de Cha’harit, et la seconde constitue le rattrapage de Arvit.

Si toutefois il a omis Yaalé véyavo dans la deuxième Amida (celle du rattrapage de Arvit), il est préférable qu’il refasse une prière en Nedava, car, en théorie, il aurait déjà été quitte la veille sans cette mention.

6. Il a oublié Yaalé véyavo à Min’ha et prie deux fois Arvit de Roch Hodesh 

S’il a encore oublié de mentionner Yaalé véyavo dans la deuxième Amida, il est néanmoins quitte.

En effet, telle est la Halakha pour cette plage horaire nocturne, bien que toute la raison du rattrapage provienne précisément de l’oubli de Yaalé véyavo.

7. Rattraper Min’ha de Roch ‘Hodech à Arvit lorsque Roch Hodesh est déjà terminé 

Question: J’ai oublié Yaalé Véyavo à Min’ha. À Arvit, Roch ‘Hodech est déjà terminé. Dois-je rattraper ?

Réponse: La question est délicate, car la prière de rattrapage ne comportera pas Yaalé Véyavo.

Avis 1

Il est inutile de recommencer, puisque la prière serait identique.

Avis 2

L’oubli rend la prière invalide : il manque donc une Tefila à rattraper.

Halakha pratique

Le Yalkout Yossef tranche qu’il est bon de prier deux fois Arvit, la seconde avec une condition (Tnaï) :

Le tnaï Nedava 

« Si je dois rattraper Min’ha, que cette Amida le soit ; sinon, qu’elle soit une prière volontaire (un cadeau – Nédava). »

8. Si Roch Hodech prend fin vendredi après-midi et qu’il n’a pas pu prier Min’ha

Il ne pourra pas prier deux Arvit. Car on ne peut pas prier le jour de Chabbat une tefilat nedava! Il se suffira de penser à s’acquitter de cette deuxième téfila pendant la ‘hazara’ de Arvit, après Yom hachichi.

(Voir Choulhan Aroukh O »H 108.11. Michna Beroura 34- Yalkout Yossef h. 24-28)

9. S’acquitter par la répétition du ‘Hazan

Question: puis-je m’acquitter de ma Amida en écoutant la répétition du ‘Hazan ?

Réponse: En théorie oui, en pratique c’est complexe. Il faut :

• demander au ‘Hazan de réciter distinctement chaque mot à voix haute,

• rester attentif sans parler,

• répondre Amen à chaque bénédiction (sans Baroukh Hou Oubaroukh Chemo),

• garder les pieds joints,

• se prosterner en même temps que lui.

Vu la concentration requise, il est souvent plus simple de refaire sa propre Amida 😊

Pour conclure – ‘L’insolence’ du Baal Chem Tov

On raconte que les éminents Dayanim d’Europe de l’Est s’inquiétaient de l’influence grandissante du Baal Chem Tov. Pour eux, un dirigeant spirituel devait avant tout être un maître absolu de la Halakha technique. Ils le convoquèrent donc pour le tester, espérant le prendre en défaut de rigueur.

Ils lui posèrent cette fameuse question : « Que doit faire celui qui oublie Yaalé Véyavo ? »

Le Baal Chem Tov les regarda avec un sourire profond et répondit :

« Personnellement, cette question ne me concerne pas, car mon lien au Créateur est tel que je n’oublie jamais de mentionner la sainteté du jour. Mais pour vous, cher maître, il est inutile de recommencer si vous l’oubliez… car vous l’oublierez sûrement une deuxième fois ! »

Ce qui semblait être une insolence était en réalité une vision prophétique : ce jour-là était Roch Hodech, et le grand Dayan qui l’interrogeait, troublé par la présence du Tsadik, oublia effectivement Yaalé Véyavo à deux reprises lors de sa propre prière… Une belle leçon d’humilité : la technique est le corps de la prière, mais l’intention (la Kavana) en est l’âme.

Édito

Hello les amis, Dites-moi… vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi j’ai intitulé mon site Dvar Matok ?

Eh bien figurez-vous qu’à l’époque, quand j’étais encore jeune 😂, mon oncle Y. me disait souvent lors de nos rencontres, en hébreu :

“Yech lekha eze Dvar Matok al haParacha?” — Tu as un petit Dvar Torah doux sur la Paracha ?

Alors voilà… il est là. Doux, agréable… et parfois même aigre-doux, dirais-je.

Oui, j’aime bien vous piquer un peu, vous surprendre, vous faire réfléchir autrement.

Allez, c’est reparti de plus belle.

À très vite, et n’hésitez pas à me laisser un feedback dans les commentaires ou par mail.

R. Yehouda

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