Le Dvar Matok de cette semaine est offert par mon très cher Papa שליט »א que nous remercions 🥰
Dans la paracha de cette semaine, les enfants d’Israël ne se voient pas moins qu’énumérés et comptés.
Ce recensement prend place justement après la faute du Veau d’or, temps crucial de l’organisation du peuple d’Israël qui va se structurer autour du Tabernacle.
Au-delà du fait que cette stratégie divine consiste à s’installer au cœur du camp des enfants d’Israël afin de leur rappeler que D. est parmi eux, cette volonté divine répond aussi à une aspiration profonde du peuple.
En effet, lors du don de la Torah sur le mont Sinaï, la majesté divine s’est dévoilée entourée de myriades d’anges, chacun portant les couleurs de son drapeau. La splendeur divine trônait entourée des Séraphim, des Ophanim, des Chayot Hakodesh…
Face à une telle vision, les enfants d’Israël souhaitèrent eux aussi se hisser à cette élection et déclarèrent :
« Nous aussi, nous voulons leur ressembler. Nous aussi, nous voulons avoir nos propres drapeaux. »
Aussitôt dit, aussitôt fait :
En avant Deguel Machané Reouven, en avant Deguel Machané Yehouda…
Chaque tribu, chaque groupe aura son propre drapeau.
Une question profonde s’impose alors :
Quelle place donner au collectif, et quelle place à l’individualité ?
Que retenir comme étant le plus important ?
Faire partie d’un groupe, brandir le drapeau d’une équipe, d’un camp, d’une idéologie ? Ou bien se perfectionner individuellement, atteindre des sommets spirituels et matériels par soi-même, avec autonomie ?
Comment trancher ? À quoi accorder la primauté ?
Question cruciale, au cœur de chaque événement majeur de notre vie.
Il va sans dire que l’homme ne peut avancer seul. Tôt ou tard, ce besoin d’être épaulé, entendu et soutenu finit toujours par ressurgir.
Mais quelle importance conférer à cette communauté sans que notre avancement personnel ne soit relégué au second plan ?
Quel drapeau porter? Celui de l’individualisme ou du collectif ?
Sur ce point, Hakadosh Baroukh Hou Lui-même va accéder à notre requête et nous répondre.
Lorsque le peuple d’Israël exprime son désir d’écouter directement la parole divine, de vivre la révélation du mont Sinaï, ils sont alors tous unis :
« Retsonenou lir’ot ete malkenou — Nous voulons voir notre Roi. »
D. accède justement à cette demande, celle de la nation, du tsibour.
Mais comment va-t-Il s’adresser à ce tsibour ?
Comme à une nation ? Ou comme à des individus ?
La réponse d’Hakadosh Baroukh Hou ne souffre d’aucune ambiguïté :
« Anokhi H’ Elokeha » — « Je suis Hachem, ton D. »
Non pas « votre D. » au pluriel, comme on s’adresserait à une nation, mais « ton D. », au singulier, personnel. Il s’adresse à chacun et à chacune d’entre nous.
Lorsque l’homme reconnaît qu’il est une partie intrinsèque du Klal Israël, qu’il ne peut être dissocié de lui, qu’il assume faire partie d’une nation unie, alors D. s’adresse à l’individu.
Dans cet ancrage collectif précisément peut naître la relation intime et singulière avec le divin.
Dès lors que l’homme s’attache au peuple d’Israël, prenant conscience qu’il ne peut vivre détaché de celui-ci, qu’il a besoin d’un idéal collectif vers lequel tendre, alors il s’élève.
Dès lors qu’il prend sur lui ce défi d’élever l’ensemble, d’entraîner vers l’Éternel ceux qui le souhaitent, alors seulement il mérite de se réaliser en tant qu’individu, alors seulement il mérite d’avoir une relation personnelle avec D..
Sans être prisonnier du groupe lorsque celui-ci s’éloigne des voies divines, mais en restant enraciné dans son essence et dans sa vocation.
Certes, ce paradoxe apparent entre individualisme et collectivité peut sembler ambigu, mais il possède sa part de vérité.
Et c’est lorsque l’homme comprend cette tension qu’il se distingue, et mérite d’entendre la parole divine.
Voici donc la réflexion que nous propose la paracha de cette semaine, à l’approche de la fête de Chavouot : revivre ensemble ce moment fondateur du don de la Torah ; unis, tous, au pied du mont Sinaï, afin de mériter chacun notre élévation spirituelle personnelle.
Une élévation chacun à sa mesure, chacun à son rythme, chacun selon ses efforts et son mérite, tout en gardant notre singularité au sein même de la nation divine.
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