À la mémoire élevée de Hanel Myriam A »H bat Berouria Cohen Tihyé. Que le Maître du monde Lui-même apporte consolation et force à sa famille, et qu’Il les comble, le moment venu, de joie et de douceur. Amen.
Un matin clair, alors que la brume s’effaçait doucement devant les premiers rayons du soleil, Rabbi Zoucha d’Anipoli marchait seul sur un sentier de terre, en route vers une nouvelle destination. Le cœur tranquille, l’âme en éveil, il avançait doucement, chaque pas rythmé par un chant léger qu’il fredonnait à mi-voix, comme une prière murmurée au vent. Il remerciait D.ieu pour ce jour neuf, pour cette vie simple et précieuse.
Puis soudain, au détour du chemin, il s’arrêta. Il s’inclina, lentement, humblement, vers la terre sous ses pieds. Une brise légère effleura son visage, comme pour écouter les mots qu’il allait prononcer.
— Terre, terre… dit-il avec douceur.
Peut-être crois-tu que je te foule, que je te piétine, et à mes côtés, d’autres pourraient penser la même chose… Mais ne t’en attriste pas, ma chère. Ne souffre pas de cette illusion.
Le moment viendra — il viendra — où ce sera moi qui reposerai sous toi.
Puis, dans un élan d’allégresse, il reprit sa route, le pas léger, et sa voix s’éleva à nouveau, plus vibrante, plus joyeuse encore.
Mes amis, parmi toutes les histoires hassidiques que j’ai pu lire, celle-ci est la plus belle à mes yeux. La plus pure.
Elle me bouleverse pour une raison simple :
Rabbi Zoucha nous enseigne ici le respect dans sa forme la plus élevée.
Car lui, le Tsaddik, comprend l’absurdité de croire que nous avons le droit de dominer ce qui nous entoure, même une simple parcelle de terre. Il perçoit la dignité silencieuse du sol sur lequel il marche. Il sait que cette terre est vivante, qu’elle aussi est l’œuvre du Maître du monde, qu’elle mérite qu’on lui parle, qu’on la rassure, qu’on l’aime.
Et alors, dans un murmure plein de tendresse, il lui dit :
— Ne crains rien… Tout passe, tout tourne, et bientôt ce sera toi qui m’envelopperas.
Ce n’est pas une plainte. Ce n’est pas un adieu. C’est une promesse douce, presque une déclaration d’amour.
Et surtout — il le dit sans peur. Car Rabbi Zoucha ne redoute pas la fin, ni ce qu’on appelle la mort. Il sait que tout est éphémère ici-bas, que tout appartient au Créateur. Pourquoi craindre ce qui est naturel ? Pourquoi trembler devant ce qui est juste ? Ce qui est bon ?
Mais le message de Rabbi Zoucha ne s’arrête pas à cette conversation sacrée entre un homme et la terre.
Il nous invite à autre chose.
Il nous tend un miroir. Il nous rappelle, avec poésie et vérité, que nous n’avons pas besoin de piétiner qui que ce soit pour avancer.
Et même quand tu as l’impression qu’on t’écrase, qu’on te méprise, ne t’en afflige pas. Peut-être n’est-ce qu’une illusion. Peut-être que là aussi, le Maître du monde trace pour toi un chemin plus profond, plus doux, plus vrai que ce que tu peux percevoir.
Mes amis, le respect — le vrai — est la plus noble des grandeurs. Il est le reflet de notre paix intérieure, de notre maturité, de notre élévation.
Celui qui marche avec l’humilité de Rabbi Zoucha, avec sa tendresse, avec sa lumière…
Celui-là saura vivre pleinement, malgré les épreuves, malgré les vents contraires. Il goûtera à une joie plus haute, plus pure que toutes les victoires.
Rabbi Zoucha hakadosh… ashrekha !
Heureux celui qui s’attache à tes midot.




