Parachat Vayigach
Un prénom, un cœur : La décision empreinte de compassion de Rav Shlomo Zalman Auerbach
La joie de Yaacov notre père en apprenant la nouvelle concernant Yossef révèle les années de douleur et de chagrin qu’il a traversées, convaincu durant tout ce temps qu’une bête sauvage avait dévoré son fils. Une telle peine, celle de la perte d’un enfant, est si profonde et poignante que ceux qui entourent la personne endeuillée n’en sont pas toujours conscients. Parfois, par manque de réflexion ou d’attention, ils rouvrent sans le vouloir une plaie qui saigne encore.
Le Rav Smotani a rapporté une histoire que Rav Its’hak Zilberstein raconta au Rav Haim Kanievsky à propos d’un différend qui fut porté devant le tribunal rabbinique de Rav Shlomo Zalman Auerbach, de mémoire bénie. Le litige concernait un couple qui ne parvenait pas à s’accorder sur le prénom à donner à leur nouveau-né.
Le père souhaitait nommer l’enfant en mémoire de son propre père, récemment décédé. Mais la mère s’y opposait fermement : dans leur immeuble, un enfant portant ce même prénom était mort peu de temps auparavant, et elle craignait que ce choix ne porte malheur. « C’est absurde ! » s’insurgea le mari. « Honorer mon père est une obligation qui dépasse ces craintes infondées ! » Mais la mère, pleine d’angoisse, restait intraitable, incapable d’imaginer donner ce prénom à son fils.
Rav Shlomo Zalman Auerbach zatsal réfléchit longuement à la question avant de trancher : il décida qu’il ne fallait pas donner ce prénom à l’enfant. « Mais pas à cause des craintes de la mère », précisa-t-il aussitôt. « Je me suis projeté quelques années dans l’avenir.
J’ai pensé à ce qui arrivera quand cet enfant grandira et jouera dehors, et que sa mère l’appellera depuis la fenêtre : “Yankele, rentre à la maison !”
Une voisine, entendant ce nom, se mettra à pleurer en se souvenant de son propre fils bien-aimé, Yankele, qui repose depuis plusieurs années au cimetière… Comment pourrions-nous choisir un prénom qui provoquerait un tel chagrin ? »
Quand Rav Haim entendit ces mots, ses yeux se remplirent de larmes.
Quelle finesse, quelle profondeur. Cette histoire incarne parfaitement la bonté divine présente en l’homme, sa grandeur, et sa capacité à ressentir la vulnérabilité de l’autre.
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