L’urgence est à l’ordre du jour, Moché se voit enjoint par Hachem d’empresser Aharon de réaliser le Korban ‘Olah.
Sacrifice à la singularité frappante : il se doit d’être entièrement consumé sur l’autel, avec l’exclusive de ce dernier, totalement destiné à Hachem.
Contrairement aux autres korbanot, ni le Cohen, pas plus que le Baal Ha mitsva ne se voient destinataires d’une quelconque partie de ce Korban.
Par exemple, dans un Korban Chélamim, certaines parties sont offertes sur l’autel, alors que d’autres sont consommées, par le Cohen, ainsi que par le donateur du sacrifice, et ce, dans un cadre de sainteté et de joie familiale.
Là réside la particularité du Korban ‘Olah, il s’agit d’une démarche totalement désintéressée.
D’où découle la question : pourquoi Hachem demande-t-Il à Moché d’empresser Aharon ? Comment justifier l’impériosité de ce zèle ?
Tournons-nous avec sincérité vers notre quotidien pour tenter de percer cette énigme.
Où réside l’essentiel, plutôt dans l’action, ou la réflexion ?
A vrai dire, les deux s’avèrent indispensables.
– Sans réflexion, l’action devient vide, mécanique, déconnectée, elle perd son sens, devient presque comme orpheline d’âme.
– Mais sans action, la réflexion reste stérile, enfermée dans le monde des idées, sans jamais transformer la réalité.
Il nous faut donc trouver un équilibre.
Or, la question se pose sur notre aptitude à agir au bon moment ? Sommes-nous toujours prêts à passer à l’acte, alors même que nous savons pertinemment ce qu’il faudrait faire ?
J’en appelle à votre attention, car en ce point se situe une notion essentielle :
la zérizout, le zèle, l’empressement.
Le Ramhal met au grand jour une idée fondamentale qu’il nous enseigne : on ne peut être véritablement zélé que si l’on est d’abord “zahir”, entendez là, lucide, vigilant, conscient.
Le zèle sans réflexion ne peut qu’irrémédiablement conduire à la précipitation et à l’erreur.
A l’inverse, un zèle construit, fondé sur une vision claire, se transforme en une force extraordinaire.
S’ensuit la question : Qui peut donc être zélé ?
Et sa réponse : Celui qui sait où il va.
Voilà qui jette une lumière tout à fait spécifique sur un passage étonnant de nos Sages.
Lors du don de la Torah, le peuple d’Israël déclare : “Naassé véNishma – Nous ferons et nous comprendrons.”
Comment ne point y déceler un engagement total, absolu, presque sublime ?
Et pourtant, la Guémara nous enseigne que Hachem a renversé la montagne au-dessus d’eux, en disant : “Si vous acceptez la Torah, c’est bien. Sinon, ici sera votre sépulture.”
Voilà, n’est-ce pas, de quoi abreuver notre perplexité ?
Pourquoi cette contrainte, alors même qu’ils avaient déjà accepté avec enthousiasme ! ?
En réalité, Hachem ne vient pas annuler leur choix, bien plus, il vient lui conférer une profondeur nouvelle.
Comprenez bien, dans la vie, il peut parfois exister une vérité que nous connaissons… mais que nous avons pour le moins du mal à appliquer.
Aharon sait sans nul doute que le Korban ‘Olah est une élévation pure, un don total à Hachem.
Tout Aharon qu’il est, humainement, une pensée pourrait surgir : “Je n’en retire rien… pas même une part pour moi.”
Alors, pourquoi se presser ?
La Torah, une fois de plus, dans son gigantisme, nous permet d’accéder à un fabuleux enseignement.
Hachem “pose la montagne” sur l’homme, non pas pour le contraindre, mais pour l’aider à franchir ce seuil intérieur.
Un peu comme pour lui dire : “Tu sais que c’est vrai. Tu sais que c’est juste. Alors fais un pas. Juste un petit pas.”
Et lorsque l’homme fait cet effort, il découvre que ce choix était déjà profondément le sien.
Il ne subit pas la vérité – il s’y révèle.
C’est exactement notre défi quotidien.
Nous savons souvent ce qui est bien.
Mais nous manquons parfois de cet élan, de ce petit élan nécessaire pour le mettre en pratique.
Voilà pourquoi Hachem nous dit : “Allons, allons, un peu de zèle ! ”
Mais de quoi s’agit-il, quel est donc ce fameux zèle ?
Il faut entendre là, la capacité d’agir parce que c’est important, même si ce n’est pas facile.
Lorsqu’une personne prend la mesure, la pleine conscience de sa mission, même les actes les plus simples, les plus élémentaires prennent une autre dimension, une dimension particulière :
se lever, agir, avancer — tout devient porteur de sens.
Tel est le message de la paracha de Tsav: apprendre à refuser la paresse, lorsque nous savons que l’action est juste.
Et ce message résonne encore plus en ce Chabbat HaGadol.
Avant la sortie d’Égypte, Hachem ordonne : “Vous mangerez le Korban Pessa’h prêts à partir, la ceinture aux reins…”
Même dans un moment de délivrance, l’homme doit être en mouvement, prêt, engagé.
La relation à Hachem ne peut se cantonner à être une simple attente passive.
Il faut plutôt y percevoir une disponibilité intérieure.
Quand un moment se libère, voilà un être capable de saisir une Michna, une page de Guémara, un Michna Beroura.
Bien sûr, d’autres choses sont plus faciles, plus immédiates…
Mais celui qui goûte à la Torah découvre un bonheur profond, un véritable Gan Eden.
Alors renforçons-nous dans cette zérizout, ce zèle lumineux, celui-là même qui nous a permis de sortir d’Égypte, de nous trouver dans cette posture : debout, unis, triomphant, chantant de plus belle par la suite : “Az Yachir Moché”.
Puissions-nous mériter, très bientôt, de revivre cette délivrance, békarov mamach, Amen.
Pour télécharger le PDF 👇🏻




