Dans la paracha de cette semaine, Moché apprend les lois du Michkan que le peuple d’Israël devra ériger pour le Tout-Puissant.
Un Sanctuaire d’une splendeur sans pareille, paré d’or, d’argent, de bronze, de bois précieux et de tentures uniques au monde, tissées à partir d’un animal légendaire : le tahach.
Il serait pourtant erroné de considérer ces matériaux comme de simples matières premières. Il ne s’agit pas moins que des bijoux mêmes du Am Israël – bracelets, colliers, bagues. Ce n’est qu’après avoir été fondus qu’ils seront façonnés pour devenir les ustensiles du Michkan.
L’appel à la mobilisation pour la construction du Michkan connut un élan dépassant toute attente. Une générosité bouleversante, si intense qu’en moins de quarante-huit heures, l’intégralité des matériaux nécessaires – et même davantage – fut apportée aux responsables.
Un seul ustensile restait encore à confectionner : le kiyor.
Pour cela, Moché lance un nouvel appel afin de recueillir du bronze supplémentaire. Les femmes accourent alors avec leurs miroirs. Une multitude de miroirs en cuivre est déposée devant la tente de Moché Rabbénou, prête à être utilisée.
Pourtant, cet élan rencontre une réaction vive de Moché, qui les rejette avec force.
Le texte emploie même une expression proche de la répulsion : ces miroirs lui paraissent inappropriés, indignes de la maison de D.
Dans l’esprit de Moché, des objets liés à l’embellissement extérieur et au paraître ne pouvaient trouver leur place dans le Sanctuaire.
C’est alors que D. lui dit :
« Accepte-les. Ils Me sont plus précieux que tout ce qui a été apporté jusqu’à présent. Car c’est grâce à eux que Mes légions sont nées en Égypte. Lorsque les hommes étaient brisés par l’esclavage et perdaient toute espérance, leurs épouses allaient les rejoindre jusque dans les champs où ils travaillaient. Elles leur apportaient nourriture et boisson, puis s’asseyaient à leurs côtés. Ensemble, ils se regardaient dans le miroir, dans un jeu de tendresse et de complicité, et elles leur disaient : “Regarde… je suis plus belle que toi…”
Par cette légèreté apparente, elles ravivaient chez eux la joie de vivre, le désir d’aimer, et l’élan de s’unir.
Et c’est ainsi que, sous les pommiers, le peuple d’Israël continua de naître — ces mêmes enfants qui deviendront plus tard les légions de D. »
Le kiyor évoqué plus haut sera précisément fabriqué à partir de ces miroirs.
L’ustensile qui permettra la purification… mais aussi la paix dans les couples, à travers les eaux de la femme sota. (Rachi Vayakhel)
Moché ignorait l’histoire de ces miroirs.
D. lui révèle alors combien leur origine est extraordinaire — combien ce qui paraît extérieur peut, en réalité, contenir la plus grande des saintetés.
Extraordinaire ? Vraiment ?
La séduction serait donc quelque chose de grand ?
Oui. Et même davantage.
Un verset de la création de ‘Hava va nous aider à comprendre :
« Vers ton époux se portera ton désir, et lui aura sur toi l’ascendant » (3,16).
Quand un homme et une femme « se connaissent », on ne peut y voir seulement un devoir physique ou conjugal. Il existe là une dimension bien plus profonde : une force d’équilibre, une énergie de vie pour l’homme, pour la femme, et pour l’humanité tout entière, à travers les enfants qui en naissent.
Malheureusement, nos yeux s’arrêtent souvent à l’apparence extérieure, sans percevoir la véritable profondeur de ce qui se joue dans ces moments de partage.
Imaginez donc : même Moché, le plus grand des prophètes, avait besoin que D. lui révèle combien la vie possède un sens immense, combien faire plaisir à l’autre, lui redonner vie, dignité et espérance, fait partie des actes les plus élevés qu’un être humain puisse accomplir sur terre.
Mais attention.
Pas n’importe quelle beauté.
Pas n’importe quel comportement.
Ce que notre époque présente parfois comme un simple jeu de séduction, réduit à l’apparence, au désir égoïste ou à la recherche de profit personnel, peut facilement être perçu comme quelque chose de superficiel, voire de rabaissant, presque animal.
Mais la Torah nous révèle exactement l’inverse.
Lorsqu’il est porté par une intention pure, tourné vers l’autre, vers la construction et vers la vie, ce lien devient une force infiniment grande — une beauté qui élève, qui redonne des forces, qui fait grandir l’homme et la femme, et qui les accomplit ensemble.
Choisir les miroirs de nos ancêtres, c’est choisir une vision du monde où l’apparence n’est pas une fin, mais un moyen :
• un moyen d’aimer davantage,
• un moyen de faire vivre davantage,
• un moyen de révéler la présence de D. dans la relation humaine la plus profonde.
Ces miroirs portent un enseignement inégalable, indémodable, d’une pureté immense — une grandeur silencieuse, mais infinie.
Chabbat Chalom
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Pour le kiff 😉:
Allô, Mr le rabbin…
Oui… je sais que c’est un sujet délicat. J’ai essayé d’être franc, mais en restant prudent dans les mots.
Il va sans dire qu’il s’agit de redonner vie à la Torah, comme elle le fait si bien et avec raison.
Pourquoi tant de ‘pudeur’, au détriment d’un si grand enseignement… ?
Je nous laisse l’honneur de lui rendre sa splendeur, de restituer à la parole divine ce qui lui est si singulier : la force de nous séduire, de jour en jour…




