Parachat Michpatim : Le mariage, ce drôle de choix…

Dans la paracha de cette semaine, après le don de la Torah, la transition est raide. On aurait pu s’attendre à des commandements sublimes : la foi, la prière, les grandes élévations spirituelles.

Et pourtant…

La première mitsva détaillée dans notre paracha parle d’un esclave.

Étonnant, non ?

À peine sortis d’Égypte, à peine devenus un peuple libre, la Torah nous parle… d’esclavage. Quel lien ? Pourquoi commencer par-là ?

Au fil de l’eau, la Torah nous décrit cet homme qui n’a plus rien et qui se vend comme serviteur.

Il était un homme libre, sans contraintes, qui travaillait à son compte, et là, par manque de moyens, il doit se vendre comme esclave.

Il sera logé, nourri et blanchi en contrepartie d’un travail envers son maître.

Son maître a le droit de lui donner une femme afin de bénéficier d’une main-d’œuvre supplémentaire par la naissance de « petits serviteurs ».

Il va se marier, avoir des enfants. Et là, après sept ans, l’histoire s’arrête. Il importe d’affiner la donne : en effet, quant à lui, il peut retrouver sa liberté, avec un bémol, son « épouse » et « ses enfants » resteront chez le maître alors qu’il pourra retrouver sa liberté intégrale, bénéficiant d’un salaire afin de refaire sa vie, de retrouver sa stabilité.

Contre toute attente : l’esclave décide de rester !

La Torah ne mâche pas ses mots :

« J’ai aimé mon maître, ma femme et mes enfants, je ne veux pas sortir libre », dit l’esclave.

« Son maître l’amènera alors à côté du linteau de la maison et lui poinçonnera l’oreille. À partir de ce moment, il deviendra un esclave à tout jamais ! »

De quoi rester pantois ! Comment comprendre que le serviteur ne veuille pas retrouver sa liberté ? Comment comprendre qu’il veuille rester marié à une dame qu’il n’a pas forcément choisie, s’occuper d’enfants, travailler pour autrui plutôt que de retrouver son indépendance ?

Avouons-le… ça sonne séduisant. Entre nous, qu’est-ce qui est mieux ?

Avant le mariage ou après le mariage ?

Hein ? Ça dépend des jours… 😄

Mais nos sages ne s’arrêtent pas là. Cet esclave ne se cantonne pas à la dimension d’un esclave physique, il l’est aussi sur le plan spirituel.

Il faut voir en cet homme, la Néchama qui s’est éloignée de l’Éternel, qui, à force de fauter, a perdu gain de cause devant D. Elle doit faire téchouva en vue de se racheter, accéder à cette dimension de serviteur de D.

Il lui faudra suivre ce cycle : se mettre au travail, accomplir les mitsvot, se marier, avoir des enfants.

Après sept années, D. demandera alors à l’homme :

Maintenant que tes fautes sont expiées, que préfères-tu ? Ta « liberté » originelle, celle qui t’a amené à fauter ? Cette liberté sans contraintes, obligations ni responsabilités ? Ou préfères-tu ta vie actuelle auprès de D., de ton épouse et de tes enfants ?

« J’aime mon maître, ma femme et mes enfants. Je ne veux pas être libre », s’écrie alors l’esclave.

Point d’empressement, n’allez nullement imaginer qu’il aime les chaînes.

Voyez-y plutôt un cheminement, ce dernier est parvenu à comprendre la vanité, la futilité, la superficialité de l’ancienne liberté.

Faire ce qu’on veut, quand on veut, sans rendre de comptes — est-ce là vraiment la liberté ? N’est-ce pas plutôt à entendre comme une simple poursuite de ses envies ?

La Torah propose une autre définition.

La liberté, ce n’est pas l’absence de contraintes.

C’est choisir ce à quoi on s’attache.

Quand un homme sert Hachem, quand il sert sa femme avec bienveillance, quand il se dépasse pour ses enfants, il ne se diminue pas. Il s’extirpe de la prison du « moi ».

Oui, la Torah est exigeante.

Oui, le couple demande des efforts.

Oui, les enfants nous bousculent.

Toutes considérations faites, c’est précisément dans ces efforts que l’on grandit le plus.

Les averot donnent une sensation de liberté.

La Torah donne une liberté solide.

Voilà le lien entre le don de la Torah et notre première mitsva de la paracha. Voilà le lien entre l’homme et la Néchama, entre un homme et sa famille. Une symbiose parfaite entre le corps et l’âme.

Emmanuel Levinas, ce grand penseur, définit la Torah comme une « difficile liberté ».

Effectivement, derrière ce qui peut paraître difficile se cache une infinie liberté.

Dans la vie, les amis, on cherche souvent la facilité, se refermer sur soi, ne penser qu’à notre confort. En réalité, être libre, c’est savoir s’entourer de causes nobles et grandes, savoir s’élever au-delà de la difficulté et de notre arrogance.

Choisir la vie, celle où nous sommes les pourvoyeurs de D., ses associés, ceux qui vont réussir à Lui ressembler et partager cette vie avec le plus de monde possible.

Certes voilà qui n’est pas facile, mais comme il est bon de grandir et de s’épanouir.

Pour imprimer le Dvar Matok 👇🏻 

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Édito

Hello les amis, Dites-moi… vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi j’ai intitulé mon site Dvar Matok ?

Eh bien figurez-vous qu’à l’époque, quand j’étais encore jeune 😂, mon oncle Y. me disait souvent lors de nos rencontres, en hébreu :

“Yech lekha eze Dvar Matok al haParacha?” — Tu as un petit Dvar Torah doux sur la Paracha ?

Alors voilà… il est là. Doux, agréable… et parfois même aigre-doux, dirais-je.

Oui, j’aime bien vous piquer un peu, vous surprendre, vous faire réfléchir autrement.

Allez, c’est reparti de plus belle.

À très vite, et n’hésitez pas à me laisser un feedback dans les commentaires ou par mail.

R. Yehouda

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