Parachat Itro: Du bruit… et encore du bruit…

Cette semaine, le Am Israël se tient au pied du mont Sinaï.

Après cinquante jours depuis la sortie d’Égypte, le peuple s’apprête à vivre une rencontre absolument unique : le Maître de l’univers s’apprête à Se dévoiler à une nation entière, lui parler directement — évènement qui ne s’était plus produit depuis Adam HaRichon.

À cet instant, Israël retrouve une pureté comparable à celle de l’homme avant la faute. L’humanité revient, le temps d’un moment, à son état originel.

Seul un détail nous interpelle.

Pourquoi tous ces éclairs ?

Pourquoi le tonnerre, l’épaisse nuée, l’obscurité ?

Pourquoi cette peur, cette atmosphère de tremblement avant même que D. ne parle ?

S’Il vient Se révéler, les esprits pourraient s’attendre à un dévoilement dans la douceur, dans la paix.

Il n’en n’est rien.

Nos sages nous livrent une précieuse grille de lecture avec une clé extraordinaire.

À propos d’Eliyahou Hanavi, le verset dit :

« Lo ba-ra‘ach Hachem » — Hachem n’est pas dans le fracas.

« Kol demama daka » — une voix de silence subtil.

Alors comment Hachem Se révèle-t-Il vraiment ?

Aucunement dans un bruit tapageur.

Pas plus dans un « bling bling » spectaculaire.

La Grâce divine Se déploie dans le silence.

Il convient donc de se raviser, le tumulte du Sinaï ne peut encore être considéré comme la Révélation — il importe de le situer comme en étant plus exactement la préparation.

Le tonnerre brise les certitudes, les éclairs déchirent les écrans du monde matériel, la crainte fait taire l’ego. Tout cela nettoie l’homme de ses bruits intérieurs.

Dans un second temps, tout s’apaise…

L’extérieur se tait…

L’homme n’a plus de prise…

Alors seulement, seulement alors, peut émerger le :

Kol demama daka;

Cette parole divine que l’âme, enfin silencieuse, peut enfin entendre.

En ce point précis, réside, feutré, un immense enseignement pour la vie.

Ne sommes-nous pas tous à nous poser les sempiternelles questions :

Pourquoi le mal existe-t-il ?

Pourquoi certains sont beaux et d’autres moins ?

Pourquoi certains ont l’aisance matérielle alors que d’autres vivent dans le manque ?

Pourquoi l’un parle avec facilité, et l’autre avec difficulté ?

Vous l’aurez perçu chers amis, la clé, c’est le contraste.

On ne peut saisir la valeur des choses que parce que leur contraire existe. Sans obscurité, pas de lumière. Sans manque, pas de gratitude. Sans difficulté, pas de construction.

Voilà qui est entendu, il y a des gens riches ; au demeurant, que font-ils de leur richesse ? La richesse serait-elle synonyme de bonheur ? Pas forcément. Alors que certains finissent détruits, prisonniers de leurs excès, d’autres, avec les mêmes moyens, bâtissent, donnent, élèvent le monde.

Il y a des gens beaux. Peut-on y voir une garantie nécessaire d’épanouissement ? Illusion d’optique ! On peut devenir esclave de son image, vivre pour le regard des autres, et perdre son intériorité.

Qu’en déduire ?

Au fond, tout dépend de l’approche.

Tout dépend de la lecture que l’on fait de sa situation.

Alors, soyons attentifs, au Sinaï aussi, il eut du bruit, de la peur, du bouleversement. Or, cette mise en scène visait un objectif : créer le silence intérieur nécessaire pour entendre la parole divine.

Autant dire que par extension les plus attentifs, les plus perspicaces que nous devons tous devenir, se rendent compte que D. fait du bruit autour de nous parfois. Des secousses, des contrastes, des situations qui nous dérangent. N’allez surtout pas croire qu’il s’agit d’une fin en soi. La finalité, c’est à nouveau le silence qui suit — ce temps de pause, ce temps consacré où l’on s’arrête, où l’on réfléchit, où l’on parvient à décoder et apprendre de ce que l’on traverse.

Apprenons nous aussi ce silence, de ce silence.

Un silence qui construit.

Un silence qui nous laisse penser.

Un silence qui nous permet de lire ce que D. nous dit à travers les événements du monde.

Et grâce à ces instants purs, dégagés du tumulte, de l’agitation, du bruit, nous pouvons faire les bons choix, donner le bon sens à nos forces, à nos manques, à nos contrastes — et transformer notre vie en véritable lieu de Révélation.

Pour imprimer le Dvar Matok 👇🏻

Itro 5786

Édito

Hello les amis, Dites-moi… vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi j’ai intitulé mon site Dvar Matok ?

Eh bien figurez-vous qu’à l’époque, quand j’étais encore jeune 😂, mon oncle Y. me disait souvent lors de nos rencontres, en hébreu :

“Yech lekha eze Dvar Matok al haParacha?” — Tu as un petit Dvar Torah doux sur la Paracha ?

Alors voilà… il est là. Doux, agréable… et parfois même aigre-doux, dirais-je.

Oui, j’aime bien vous piquer un peu, vous surprendre, vous faire réfléchir autrement.

Allez, c’est reparti de plus belle.

À très vite, et n’hésitez pas à me laisser un feedback dans les commentaires ou par mail.

R. Yehouda

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