Parachat Itro- C’est pas Versailles ici!

Parachat Itro À la mémoire d’Élie Marey zal 

« C’est pas Versailles ici ! »

« C’est pas Versailles ici… si, c’est Versailles ici ! » Vous la connaissez bien, celle-là…

Ah ! Ce ‘bon vieux temps’ où les gens portaient redingotes, perruques, talons et chapeaux ! Cette époque caractérisée par un pouvoir exclusif, centralisé entre les mains d’un seul et unique homme : le Roi.

A qui de se laisser aller à une petite note de nostalgie pour ce temps révolu ! ? Certes, encore fallait-il tomber sur la bonne recrue, mais si tel était le cas, on ne nous servait pas des Macarons !

Regardez le nouveau président des États-Unis, Donald Trump, avec son lot d’extravagances. Combien se laissent surprendre à se découvrir un sourire profilé au coin des lèvres, ou bien une note d’espoir qui effleure leur esprit, ou plus encore peut-être la renaissance de l’illusion, de voir poindre un sauveur de l’humanité, humanité qui tendrait à s’effondrer sous le poids d’une démocratie devenue le symbole et le défenseur d’une pseudo-liberté, de son pendant : le laxisme. Deux poisons qui emprisonnent le monde ?

Un jour, un vacancier, un fidèle de la communauté de Deauville, me confia :

« Les Juifs sont par nature royalistes. »

Intrigué par la formule, je cherchais à en savoir plus ! Ce dernier de poursuivre alors : le Juif respecte toujours l’État souverain dans lequel il vit, quel que soit son roi.

Voilà qui n’est pas faux !

Tentons de percer les méandres de cette affirmation qui ne manque pas d’intriguer, voyons ensemble si le régime totalitaire constitue véritablement la meilleure solution politique pour un royaume et son peuple.

Itro et l’instauration d’une hiérarchie

Quoi de plus éclairant qu’une immersion dans notre paracha pour tenter de trouver réponse à notre investigation.

Itro, beau-père de Moché Rabbénou, entre en scène et intègre le peuple d’Israël. Côté chronologie, certains pensent que nous sommes avant le don de la Torah, d’autres après.

Sur le plan narratif, Moché Rabbénou juge inlassablement le peuple du matin au soir. A l’image du roi de Am Israël, il manifeste les vertus d’un dirigeant capable de rigueur mais aussi d’amour, de patience et de clairvoyance. Son beau-père, bien qu’impressionné dans un premier temps de voir son gendre autant sollicité qu’apprécié, ne peut s’empêcher, avant son départ pour retrouver les siens, de lui prodiguer une recommandation :

« Mon gendre, tu finiras par t’effondrer, et ton peuple avec toi, si tu continues ainsi à tout juger seul ! Nomme des juges de dizaines, de centaines et de milliers qui t’assisteront au quotidien. Cela sera bénéfique tant pour toi que pour ton peuple. »

Entre l’anarchie – cette ère dans laquelle nous vivons, ou du moins dans laquelle nous nous apprêtons à entrer pour les plus optimistes – où la loi est entre les mains de chaque particulier, où personne ne rend de comptes à qui que ce soit, et le totalitarisme – où la loi est entre les mains d’un seul dirigeant qui gouverne son peuple avec rigueur et conviction ; Itro propose à Moché un nouveau modèle politique fondé sur la hiérarchie.

« Reste le roi, lui dit-il, mais sache t’entourer de bonnes personnes qui t’aideront à accomplir tes projets dans de bonnes conditions, pour le bien-être de tous. »

Une hiérarchie nécessaire

Cette lecture du texte ne s’arrête pas là. Elle inclut un second enseignement, encore plus fondamental.

La hiérarchie ne se réduit nullement en un outil de règne pour Moché, il faut comprendre qu’elle ne se cantonne pas à soulager le souverain mais s’avère comme une nécessité pour le peuple lui-même.

Contrairement à ce que nous vivons aujourd’hui, la hiérarchie n’a pas pour but de s’emparer du pouvoir contre ses supérieurs – contre son roi, son président ou son premier ministre. Elle est là pour être au plus proche du peuple, l’accompagner vers sa destinée et lui apporter soutien et écoute, comme si le roi lui-même était présent pour le faire.

Elle est la représentante du souverain, le joyau du royaume, celle qui établit le lien entre le peuple et son roi : un rôle privilégié à la portée de tous ceux qui ont un cœur droit.

Ces élus ne sont pas choisis par le peuple, mais par le roi lui-même, après une investigation approfondie pour s’assurer de leur sagesse, de leur crainte du Ciel et de leur désintéressement du pouvoir et de l’argent. Ce sont des êtres patients et dignes de confiance.

Itro est un visionnaire. Il sait que son conseil légitime vaut de l’or. Il ira même jusqu’à instruire Moché Rabbénou d’utiliser son Rouah Hakodesh pour les choisir (Rachi).

Ce conseil sera accepté par Moché et validé par D. Lui-même. Dès lors, Moché Rabbénou n’est plus contraint de juger le peuple seul, car à présent, le peuple d’Israël s’élève spirituellement et aspire à faire partie de cette élite – un maillon qui peut s’accrocher et s’approcher davantage du roi et de son peuple.

Itro, en hébreu, vient du mot « Yeter », qui signifie « en plus ». À première vue, on pourrait croire qu’Itro ajoute un commandement non inscrit dans la Torah, ce qui constituerait une faute gravissime, car D. dit : « Vous n’ajouterez ni ne retirerez aucune loi à Ma Torah ».

Cependant, il en est autrement. Itro n’ajoute pas un nouveau commandement, mais agrémente une once de zèle, une once d’unité au sein du peuple, une once de Kédoucha (sainteté) à laquelle D. donnera Sa bénédiction, voilà qui annonce l’amorce d’un élan nouveau pour ce peuple d’exception.

Édito

Hello les amis, Dites-moi… vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi j’ai intitulé mon site Dvar Matok ?

Eh bien figurez-vous qu’à l’époque, quand j’étais encore jeune 😂, mon oncle Y. me disait souvent lors de nos rencontres, en hébreu :

“Yech lekha eze Dvar Matok al haParacha?” — Tu as un petit Dvar Torah doux sur la Paracha ?

Alors voilà… il est là. Doux, agréable… et parfois même aigre-doux, dirais-je.

Oui, j’aime bien vous piquer un peu, vous surprendre, vous faire réfléchir autrement.

Allez, c’est reparti de plus belle.

À très vite, et n’hésitez pas à me laisser un feedback dans les commentaires ou par mail.

R. Yehouda

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