Alors que le Am Israël réalise ses premiers pas en dehors de l’Égypte, leurs matsot sur le dos, la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, rendez-vous est pris avec le désert, avec lequel ils vont faire plus ample connaissance à présent.
D’ordinaire et pour le commun des mortels, la chaleur y est harassante le jour, et le froid poignant la nuit, mais la voie des Hébreux est autre… Les voilà gratifiés des nuées de gloire, ces « fabuleuses », capables de les accompagner et, dès lors, de les dispenser de cette fatalité, de ce fardeau du désert.
Une seule chose leur manque maintenant : de quoi manger !
Leurs provisions sont terminées, le peuple a faim, le peuple a soif.
Mais D. ne reste pas insensible à leur détresse, le scénario déjà pensé par le Maitre du Monde avait prévu pour cette étape, l’envoi de la manne, ce fameux pain des anges célestes, « le pain des grands, un homme a mangé ».
Un petit grain, mais d’une valeur nutritive exceptionnelle et au goût extraordinaire. La seule réserve étant : on ne peut en consommer qu’une quantité restreinte.
N’allez pas y voir un rationnement quelconque ! Nenni ! On pouvait en ramasser à volonté, pourtant, au final, miraculeusement, la quantité pesée restait inexorablement identique.
Toutefois, le récit nous précise que la manne ne tombait pas Chabbat : une double ration était distribuée la veille, le vendredi, afin de pouvoir honorer comme il se doit le jour béni.
Pourtant, deux acolytes refusent de croire pleinement en ce miracle. Ils en veulent davantage, ils en veulent même le Chabbat, encore une part…
C’est alors que D. intervient :
« Jusqu’à quand refuserez-vous de garder Mes commandements et Mes lois ? »
Pourquoi parler au pluriel ? Pourquoi inclure tout le Am Israël alors que seuls quelques individus sont sortis ?
Pourquoi interpréter cette sortie le jour du Chabbat comme quelque chose de si grave ?
N’avons-nous pas le droit de vouloir davantage, de manger plus, d’être gourmands ?
Question tellement légitime de nos jours. Elle sonne très juste : créer un capital fort et pérenne afin de générer des revenus passifs pour la vie, pour la retraite, pour nos enfants.
De Son côté, D. ne s’oppose pas au fait de gagner sa vie. Au contraire, Il nous demande d’être responsables en société : de nous nourrir, de nous vêtir, de vivre dans des habitations propres et saines, de penser aux pauvres et de les aider à créer leur propre équilibre financier. N’est-il pas écrit : « Et ton frère vivra avec toi ».
L’agacement se situe à ce point de rupture : lorsque l’homme croit pouvoir gagner plus que ce que D. a décidé pour lui, lorsqu’il devient obnubilé, fasciné, aveuglé par le gain et le plaisir.
Nos Sages nous éclairent une fois de plus :
« Lorsqu’il a un euro, il en veut un deuxième, et lorsqu’il en a deux, il en veut deux cents. »
Cette course effrénée vers l’or, conduit regrettablement l’homme vers un grand malheur : dénigrer la bénédiction divine du “sou numéro un”, effacer toute reconnaissance envers D. pour le magnifique présent que nous vivons, au profit d’un futur strictement hypothétique.
Là se trouve le vrai drame !
Grâce à D., tu as un toit,
Grâce à D. tu as une femme, des enfants,
Grâce à D. tu as de quoi te vêtir, te nourrir,
Grâce à D. tu as la santé, tu marches, tu vois, tu entends, tu peux aller aux toilettes naturellement…
Et toi, toi, ingrat que tu es, maintenant, tu fais abstraction de tout cela pour essayer de gagner encore et encore quelques sous, quelques misérables sous de plus… Tu t’énerves, tu insultes, tu méprises, tu voles.
Tu es une femme, tu es un homme…
La manne tombait en quantité parfaite.
Le manque n’était pas dans la main, mais dans le regard.
Alors pourquoi D. parle-t-Il au pluriel ?
Parce qu’Il ne veut pas que Ses enfants se perdent dans le « encore plus », au point de cesser de voir la berakha déjà présente.
Beaucoup de gens, cette semaine, ont sûrement récité la Paracha de la manne, peut-être un peu trop « mécaniquement », mais ne perdons pas de vue l’essentiel : la véritable berakha est entre nos mains. Il ne faut aucunement la penser, l’imaginer comme ce que nous ne possédons pas, elle réside dans ce que l’on a déjà, comme un « potentiel déjà-là ».
Calmos ! Ou encore léat léat ! C’est selon, dirais-je.
Arrêtons de courir.
Sachons remercier D. pour cette magnifique réalité de notre quotidien.
En ce point précis réside la berakha, l’éternité et le véritable bonheur.
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