Leilouy nichmat R. Yossef Avraham ben Hanna veChlomo Martiano zal
Dans notre paracha, la Torah nous remet bel et bien dans le contexte chronologique des événements.
Nadav et Avihou ne sont plus, ils décèdent en offrant un feu étranger devant D.
Les commentateurs s’escriment sur les raisons de leur décès :
Avis numéro un : ils avaient servi D. après avoir bu du vin.
Avis numéro deux : ils avaient servi D. alors qu’ils n’étaient pas encore mariés.
Avis numéro trois : ils n’avaient pas encore d’enfants.
Bien d’autres avis défilent : certains avancent qu’ils avaient manqué de respect à Moché Rabbénou et avaient tranché une halakha devant lui ; d’autres encore, qu’ils avaient servi sans les habits du Cohen…
Si je puis me permettre, plus que des joutes verbales, tentons d’appréhender la portée de cet événement.
Factuellement, qu’en est-il ?
Un homme cherche à se rapprocher de son D. et meurt. Comment cela se fait-il ?
Étrange, n’est-ce pas…
Pour reprendre la liste des hypothèses évoquées, en quoi le fait de servir D. sans être marié est-il si gravissime ? Étendons notre questionnement à l’ensemble des avis mentionnés plus haut : que pouvons-nous observer ?
Isolons le message central : « en se rapprochant devant D., ils moururent ».
Formulé autrement, retenons cet enseignement :
Une personne qui cherche à se rapprocher de D. doit comprendre une chose fondamentale : elle ne peut L’approcher, Le servir, s’en rapprocher, que lorsqu’elle comprendra qu’elle est comme « morte » devant Lui ; c’est-à-dire dénuée de tout sentiment d’autosuffisance, consciente qu’elle ne mérite rien par elle-même.
Lorsqu’il en sera ainsi, alors elle pourra s’annihiler dans cette infinie grandeur, dans ce feu éternel qui élève, qui transforme, qui illumine l’âme de l’homme qui s’y attache.
Tous les avis sont d’accord sur un point : nos tsadikim Nadav et Avihou n’étaient pas encore arrivés à cette perfection, à cet aboutissement requis pour mériter cette proximité intime avec le Maître de l’univers.
Oui, ils n’étaient pas mariés, ils n’avaient pas d’enfants, ils n’avaient pas les habits sacerdotaux…
Il leur manquait tout simplement le don de soi : pour autrui, pour leurs épouses, pour leurs enfants, pour l’honneur de leur Rav, de leur Roi. Ainsi, on ne peut quémander l’unité parfaite avec le Maître du monde.
Celui qui n’est pas encore passé par ces réalités de vie ne peut pas en saisir toute la profondeur… car aimer, beemet, c’est apprendre à sortir de soi, à faire de la place à l’autre. Oui, cela demande des efforts, des concessions.
C’est exactement cela : ils ne connaissaient pas encore pleinement ce concept clé pour servir D. avec perfection. Leur élan était immense, sincère, mais il manquait cet ancrage dans le don véritable.
Celui qui saura mettre sa personne, son égoïsme, en retrait, pourra goûter à ce véritable élixir de bonheur absolu.
Leur décès ne doit pas être lu uniquement comme une tragédie. Il révèle au contraire une vérité exigeante : même dans le désir le plus élevé de se rapprocher de D., l’homme doit d’abord apprendre à sortir de lui-même.
Car l’union avec le divin ne se conquiert pas en s’élevant seul, mais en s’effaçant pour laisser place à plus grand que soi, et en s’inscrivant, pleinement, dans le don aux autres.
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