Le monde des Médiums

Le monde des médiums

La médiumnité : une perspective juive

Il y a quelques temps, je m’étais plongé dans le monde fascinant des médiums. Certains pourraient considérer ce sujet comme absurde, en particulier les athées ou les esprits cartésiens. Cependant, pour nous, croyants en la résurrection des morts et au monde de l’au-delà, il est frappant de constater que même des non-Juifs partagent ces croyances et perçoivent des aspects de ces vérités spirituelles.

Bien entendu, comme dans tout domaine, il existe des charlatans. Mais avant de rejeter ou d’adopter la médiumnité, il est important de se poser une question essentielle : la médiumnité est-elle une faculté qui se développe ou est-ce un don inné accessible uniquement à certains  ?

Une pratique ancienne et enracinée

La médiumnité n’est pas un concept récent ni même strictement non-juif. Au fil des siècles, des figures emblématiques du judaïsme, comme Rabbi Akiva, Rabbi Yehoshoua ben Levi ou encore Rabbi Yossef Karo, ont manifesté des capacités qui s’apparentent à ce que l’on pourrait appeler aujourd’hui de la médiumnité.

Certains pourraient objecter : « Rabbi Akiva et les sages que vous citez sont des sommités spirituelles, des êtres d’exception. Comment peut-on réduire leurs actes sublimes à une simple “force de médiumnité”  ? » Cette objection est valable. Mais examinons quelques exemples marquants qui démontrent des capacités extraordinaires similaires à celles attribuées aux médiums.

1. Rabbi Akiva et l’âme du cimetière

Rabbi Akiva, l’un des plus grands sages de la Torah, était connu pour sa compassion et sa capacité à percevoir des vérités spirituelles que peu pouvaient comprendre. Un jour, alors qu’il se trouvait à proximité d’un cimetière, il aperçut une vision troublante : un homme noirci de suie, épuisé et chargé de lourds sacs de charbon. La scène était étrange, car il était clair que cet homme ne faisait pas partie du monde des vivants.

Rabbi Akiva l’arrêta et lui demanda :

« Que fais-tu ici dans cet état  ? Pourquoi portes-tu ce charbon, et pourquoi es-tu couvert de suie  ? »

L’homme répondit d’une voix désespérée :

« Je ne suis pas vivant. Je suis une âme tourmentée. De mon vivant, j’ai commis de nombreux péchés et, en guise de punition, je suis condamné à porter ce fardeau éternel. Je souffre, et mon âme est incapable de s’élever dans les cieux. »

Rabbi Akiva, profondément ému, demanda s’il existait un moyen de l’aider. L’âme expliqua que sa délivrance dépendait d’une chose : son fils, encore vivant, devait réciter le Kaddish pour lui. Or, ce fils ne savait ni lire ni prier.

Sans hésiter, Rabbi Akiva demanda le nom de l’homme, celui de son fils, et le village où il résidait. Avec une détermination extraordinaire, il se rendit dans ce village, retrouva l’enfant et lui enseigna à lire et à réciter le Kaddish. Grâce à l’effort de Rabbi Akiva, l’âme tourmentée trouva enfin le repos. (Kala Rabati ch.2, Tanhouma Noah rapporté dans le Or Zaroua)

2. Rabbi Yehoshoua ben Levi et l’ange de la mort

Rabbi Yehoshoua ben Levi, un autre grand sage de la tradition juive, était célèbre pour son courage spirituel et sa relation privilégiée avec les mondes célestes. Un jour, l’ange de la mort, Malakh HaMavet, vint à sa rencontre pour lui réclamer son âme.

Rabbi Yehoshoua, avec une présence d’esprit remarquable, répondit :

« J’accepterai de te suivre, mais à une condition : je veux voir ma place dans le Gan Eden avant de quitter ce monde. »

L’ange de la mort, intrigué et peut-être impressionné par cette demande, accepta. Il emmena alors Rabbi Yehoshoua dans les cieux pour lui montrer sa place. Cependant, une fois arrivé, Rabbi Yehoshoua réalisa qu’il y avait un problème : pour entrer au Gan Eden, il avait besoin de posséder un objet céleste en guise de preuve. Malakh HaMavet, probablement contraint par les règles célestes, lui remit son épée.

Mais Rabbi Yehoshoua était un homme astucieux. Après avoir pris l’épée et pénétré vivant dans le Gan Eden, il refusa de la rendre. L’ange de la mort, maintenant désarmé, ne pouvait rien faire pour reprendre son âme. En fin de compte, Rabbi Yehoshoua entra au Gan Eden vivant, échappant ainsi à la mort. (Ketoubot 77b)

3. Rabbi Yossef Karo et le « Maguid »

Rabbi Yossef Karo, l’auteur du Choulhan Aroukh, vivait dans le contexte mystique de la Renaissance, où les idées kabbalistiques fleurissaient. En 1539, lors de la « veillée » de Chavouot, Rabbi Yossef et ses amis étaient plongés dans l’étude nocturne de la Torah,  plus précisément l’étude de la Michna.

Cette nuit-là, un événement extraordinaire se produisit : une voix s’éleva, mais pas de l’extérieur. Elle provenait de la gorge de Rabbi Yossef lui-même, comme si un autre esprit s’était emparé de lui. Cette voix félicita les élèves et Rabbi Yossef pour leur étude, les encourageant dans leur quête spirituelle. Rabbi Yossef, dépassé par cette expérience, perdit ses moyens, comme habité par une autre entité.

Ce phénomène est désigné dans la Kabbale sous le nom de Yibour Neshama, une « implantation d’âme » : une âme extérieure pénètre temporairement un corps pour transmettre un message divin ou accomplir une mission spirituelle.

Cet épisode n’était pas isolé. Rabbi Yossef Karo bénéficiait d’un Maguid, un guide spirituel céleste qui l’accompagnait régulièrement dans ses études et lui révélait des secrets profonds de la Torah. Ces échanges furent consignés dans son livre Maguid Mecharim, une œuvre mystique qui témoigne de cette relation unique avec le monde spirituel.

La médiumnité : définition et perspective

Le dictionnaire définit la médiumnité comme la capacité d’un individu, appelé médium, à percevoir et communiquer avec des esprits ou des entités spirituelles. Cependant, dans le judaïsme, la médiumnité diffère fondamentalement de la nécromancie, interdite par la Torah.

La nécromancie implique des rituels impurs et des incantations visant à invoquer les esprits des morts. À l’inverse, les interactions spirituelles rapportées chez nos sages résultent de leur pureté d’intention et de leur engagement divin.

La médiumnité aujourd’hui

Aujourd’hui, la médiumnité connaît un regain d’intérêt, souvent motivé par une quête spirituelle dans un monde dominé par le matérialisme. Cependant, cette fascination peut parfois mener à des pratiques douteuses ou contraires à la Torah.

Il est essentiel de rappeler que la véritable force du peuple d’Israël réside dans sa capacité à dialoguer directement avec D. . Par nos prières, nos mitsvot et notre foi, nous avons le pouvoir d’élever les âmes, sans recourir à des pratiques interdites ou à des médiums. [Vous l’aurez donc compris, il n’est pas autorisé aujourd’hui de consulter un quelconque médium. Et ce, pour deux raisons : premièrement, il est possible qu’il cultive ses dons grâce aux forces obscures, ce qui est interdit ; deuxièmement, cette pratique pourrait nous éloigner de D. plutôt que de nous en rapprocher. Si déjà j’en donnerai une troisième, autant demander à ma tante, elle aussi prédit l’avenir… et c’est gratuit ! ]

Conclusion

La médiumnité, n’est pas une faculté qui s’acquiert nécessairement ni le reflet d’un niveau spirituel élevé. Il est tout à fait possible d’être un grand tsadik, un être d’une immense sainteté, sans percevoir ces mondes parallèles.

En réalité, cette capacité est un don, une faculté accordée en fonction du rôle spécifique que chaque âme a à accomplir sur terre. Elle est donnée à ceux qui en ont besoin pour remplir une mission bien précise, souvent pour aider autrui.

Pour ceux qui se voyaient déjà médiums, consolez-vous : vous possédez une force bien plus grande que celle de percevoir les âmes. Nous avons la capacité de dialoguer avec D. Lui-même. Par la prière, l’étude et les mitsvot, nous devenons des acteurs de notre destinée et des guides spirituels, apportant sérénité et élévation aux âmes qui en ont besoin.

C’est là notre véritable grandeur : vivre avec confiance en D. , en notre rôle unique, et en notre capacité à illuminer ce monde et l’au-delà, sans avoir besoin de dons particuliers pour réaliser pleinement notre mission.

Alors, qui est le plus fort ? Eux, ces petits médiums, ou toi ? La téfila, mon ami, la émouna, l’étude de la Torah… Voilà ta vraie force ultime ! Bon courage !

Édito

Hello les amis, Dites-moi… vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi j’ai intitulé mon site Dvar Matok ?

Eh bien figurez-vous qu’à l’époque, quand j’étais encore jeune 😂, mon oncle Y. me disait souvent lors de nos rencontres, en hébreu :

“Yech lekha eze Dvar Matok al haParacha?” — Tu as un petit Dvar Torah doux sur la Paracha ?

Alors voilà… il est là. Doux, agréable… et parfois même aigre-doux, dirais-je.

Oui, j’aime bien vous piquer un peu, vous surprendre, vous faire réfléchir autrement.

Allez, c’est reparti de plus belle.

À très vite, et n’hésitez pas à me laisser un feedback dans les commentaires ou par mail.

R. Yehouda

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