Alors que la nuit tombe, je marche dans cette rue qui me mène chez moi. Le café est prêt, le gâteau aussi. J’enfile mon pyjama et je m’apprête à prendre un livre d’étude.
Cependant, pendant un instant, j’hésite entre prendre mon téléphone pour écrire une des réflexions qui me trotte dans la tête ou bien prendre mon livre de chevet.
Et bim, c’est la plume qui l’emporte sur le livre.
Mais pourquoi donc ? Qu’ai-je de si important, voire de si mystérieux, à vouloir retranscrire, même pour moi-même ?
L’Homme !
Mais de quel homme parlez-vous, me direz-vous ? L’homme de Dior ? De YSL ?
Non, l’Homme, nous, hommes et femmes, qui emplissons l’univers.
Quel stress, Monsieur le rabbin !
Sans blague, c’est bientôt Roch Hachana.
Ne vous inquiétez pas, je vous explique tout.
Le Baal Chem Tov Hakadosh a dit autrefois une phrase qui est devenue un des principes de la hassidout, un concept spirituel majeur :
» Là où la pensée de l’homme se trouve, c’est là que l’homme se situe. »
Le dilemme entre le livre et la plume n’est pas anodin. L’homme doit-il se cultiver, apprendre sans cesse, ou doit-il avant tout réfléchir, analyser, penser ?
Et puis, que signifie cette idée que l’homme se trouve là où est sa pensée ?
Pour pousser notre raisonnement jusqu’au bout, laissez-moi vous poser une dernière question : quand l’homme est-il véritablement à sa place ? Lorsqu’il est actif ou lorsqu’il pense ?
Nous disons tous les jours : « Elokaï, nechama chenatata bi tehora hi – Mon D., l’âme que tu m’as donnée est pure. »
« C’est Toi qui l’as créée, c’est Toi qui l’as façonnée, c’est Toi qui me l’as insufflée, et c’est Toi qui, par la suite, la récupéreras pour me la rendre dans le monde futur. »
Mes chers amis, pour reprendre les termes du Zohar, cette nechama que nous possédons tous, « midilé nafach », c’est de l’essence divine même que D. nous l’a insufflée !
De la même manière que D. est infini, l’âme qui est en nous est infinie. De même que les actions de D. sont infinies, ainsi notre pensée et les répercussions de nos actions sont infinies.
Alors pourquoi accorder tant d’importance à la pensée, plus qu’à l’action ?
Parce qu’en tant qu’êtres de chair et de sang, les répercussions de nos actions sont infinies, mais nos actions elles-mêmes ne le sont pas.
En effet, nous ne pouvons faire plusieurs choses à la fois, nous ne pouvons être partout en même temps ni aider tout notre entourage seuls.
Ce qui n’est pas le cas de notre conscience, de notre volonté, de notre pensée.
« Là où se situe la pensée de l’homme, c’est là qu’il se trouve. »
Oui, ô combien oui ! Car c’est à travers notre pensée que nous pouvons sanctifier nos actions ; c’est par elle que nous nous attacherons de façon infinie et totale à notre Créateur, que nous goûterons à cet éternel sentiment d’invincibilité, de grandeur et de majesté, ainsi qu’à une humilité profonde.
Roch Hachana n’est pas seulement le Nouvel An juif, c’est l’anniversaire de l’Homme. L’anniversaire de celui qui a la capacité, sur terre, d’incarner en lui l’infinie grandeur de D., de Le représenter, de Le vivre et de Lui donner vie ici-bas.
Voilà l’ »Homme » dont je voulais vous parler ce soir.
C’est vous et moi, celles et ceux qui nous entourent.
Un jour, je regardais une vidéo du grand rabbin de France, Haïm Korsia, sur le thème « L’homme, étonnement de D. », et il a bien raison.
Pour ma part, aujourd’hui, je déposerai ma plume en exprimant mon ressenti intérieur :
« L’homme, étonnement de l’Homme. »
Layla Tov.




