La femme Sota : Les lois du Yihoud

Question : Kevod Harav, j’ai une question concernant la femme sota. Lorsqu’elle s’est isolée avec un homme, elle a transgressé l’interdiction de yihoud min haTorah.

Or, si après avoir bu les eaux elle s’avère innocente, la Torah ne mentionne aucune sanction liée à l’isolement en lui-même, même s’il y avait des témoins.

Cela signifie-t-il qu’elle n’a rien transgressé ? Et que se passe-t-il pour elle après ?

Merci beaucoup.

 

Réponse :

Excellente question 👍🏻

Afin d’y répondre avec précision, faisons un bref rappel des lois relatives à l’isolement (yihoud).

Il existe en effet une grande discussion parmi les Rishonim (Sages médiévaux) quant à la nature de cette interdiction : est-elle d’origine torahique ou rabbinique ?

D’après de nombreux décisionnaires, notamment le Rambam et le Gaon de Vilna, concluent qu’il s’agit d’un interdit rabbinique, bien qu’il trouve une allusion dans la Torah.

Le Talmud (Avoda Zara 36b) enseigne que l’interdiction d’isolement, à l’origine, ne concernait que les femmes interdites à l’homme selon la Torah — à l’exception de sa mère, sa fille, sa petite fille (même mariée) ou son épouse lorsqu’elle est Nidda.

C’est David haMelekh qui institua l’interdiction de s’isoler même avec une femme célibataire. Puis, les élèves de Beit Shammaï et de Beit Hillel étendirent cette interdiction à l’isolement avec une non-Juive.

Preuve que le yihoud avec une femme mariée n’est pas interdit min haTorah ?

La procédure de la sota elle-même !

Si l’interdiction d’isolement avec une femme mariée était torahique, alors le simple fait qu’elle se soit isolée aurait suffi à déclencher immédiatement le processus des eaux amères — car qui dit isolement dit suspicion sur la pureté de la femme.  Or, la Torah n’exige cette procédure que si le mari, animé d’un sentiment de jalousie, lui a interdit explicitement — en présence de deux témoins — de s’isoler avec un homme en particulier, et que malgré cela, elle récidive.

Cela montre que sans cette mise en garde préalable (kinoui), il n’y a pas de sanction torahique liée à l’isolement. L’interdit est donc rabbinique, avec appui dans la Torah (voir Talmud).

Dès lors, pour que quelqu’un soit passible des malkot (les 39 coups), il faut qu’il ait transgressé un interdit de la Torah, ce qui n’est pas le cas ici. La femme sota, même si elle est déclarée innocente, n’est pas passible de malkot, car elle n’a pas transgressé un interdit torahique.

On pourrait malgré tout s’attendre à ce qu’elle reçoive les makat mardout, châtiment réservé à ceux qui transgressent des interdits dérabbanan.

 

Mais le Talmud (Kiddouchin 81a) et le Rambam (Issouré Biya 22:3) précisent que :

« Celui qui s’isole avec une femme interdite, juive ou non-juive, est frappé (makat mardout), ainsi que la femme — sauf dans le cas d’une femme mariée, car bien que cela soit interdit, on ne les frappe pas, afin d’éviter qu’une rumeur ne se répande à son sujet, comme si elle avait eu une relation interdite, ce qui pourrait jeter le discrédit sur ses enfants. »

Ainsi, par souci de préserver son honneur et celui de sa descendance, on s’abstient de la punir, même au niveau rabbinique.

(Halakha : de nos jours, tant qu’il n’y a pas de preuve certaine et manifeste que la femme ait trompé son mari par une relation interdite, elle reste autorisée à son mari).

Concernant votre seconde question :

Oui, non seulement tout reprend comme avant, mais plus encore, la Torah promet à cette femme — si elle est reconnue pure — de magnifiques bénédictions, en récompense de l’humiliation subie. Elle mérite d’avoir des enfants beaux, en bonne santé, et remplis de vertus.

Moralité :

Savoir juger l’autre avec bienveillance et hauteur de vue, même lorsqu’un doute nous traverse. Mais aussi, être vigilant face à la tentation, qui peut facilement entraîner des situations lourdes de conséquences.

 

Héyou Chalom vehol acher lahem Chalom, 

R. Yehouda Elbilia

Édito

Hello les amis, Dites-moi… vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi j’ai intitulé mon site Dvar Matok ?

Eh bien figurez-vous qu’à l’époque, quand j’étais encore jeune 😂, mon oncle Y. me disait souvent lors de nos rencontres, en hébreu :

“Yech lekha eze Dvar Matok al haParacha?” — Tu as un petit Dvar Torah doux sur la Paracha ?

Alors voilà… il est là. Doux, agréable… et parfois même aigre-doux, dirais-je.

Oui, j’aime bien vous piquer un peu, vous surprendre, vous faire réfléchir autrement.

Allez, c’est reparti de plus belle.

À très vite, et n’hésitez pas à me laisser un feedback dans les commentaires ou par mail.

R. Yehouda

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