Fiche pratique – Réaliser un Érouv ‘Hatsérot

Introduction :

Parmi les 39 travaux interdits le jour du Chabbat, figure l’interdiction de transporter d’un domaine à un autre. Cela concerne aussi bien le passage d’un domaine privé à un autre domaine privé en traversant un domaine public, que le transport direct d’un domaine privé vers un autre.

Afin de permettre de porter dans ces espaces, nos Sages ont institué le Érouv : un pain d’association qui, après délimitation et clôture des lieux concernés, considère tous les propriétaires comme unis et associés dans un même et unique espace.

Grâce à ce Érouv, l’ensemble des domaines est considéré comme un seul et même domaine privé, dans lequel il est permis de porter librement d’un particulier à l’autre.

Avant toute chose

Vérifier que l’endroit est bien entouré et fermé (par exemple : hôtel, résidence, jardins clôturés par des portails ou par une haie végétale continue d’une hauteur minimale de 86 cm — soit 10 téfahim).

Une ouverture ou une brèche dans la clôture reste tolérable tant qu’elle ne dépasse pas 5,80 m de largeur. Ainsi, si le portail de la résidence ou d’un autre espace dépasse cette mesure, il faudra le rapetisser.

⚠️ Si un hôtel donne accès directement à la mer sans clôture continue, et qu’il n’existe pas de séparation qui encercle le terrain côté mer, il y a un problème halakhique pour porter entre l’hôtel et sa cour, même s’il s’agit d’une plage privée appartenant à l’hôtel. (Voir Choulhan Aroukh O’H 358-360)

1️⃣ Louer les espaces communs en présence de non-Juifs

Si des non-Juifs occupent ou utilisent des espaces communs, il faut d’abord louer symboliquement ces espaces au gardien de l’immeuble ou à la réception.

• Dire par exemple : « Pour nous, Juifs, afin que nous puissions porter dans les parties communes de l’immeuble le jour du Chabbat, nous devons vous louer symboliquement ces espaces. Nous vous remercions… »

• Remettre une petite somme symbolique (ex. : un billet).

Cette étape se fait avant la bénédiction et l’acquisition de l’Érouv.

2️⃣ Préparer le pain pour l’Érouv

• Prendre un paquet de matsa ou une ‘hala qui pourra être consommé à la fin du Chabbat.

Ce pain a un rôle symbolique et halakhique : il associe tous les habitants juifs et transforme tous nos espaces privés distincts en un seul et unique domaine privé.

• En étant ainsi associés par ce pain, chacun pourrait en consommer.

• Pour ceux qui habitent de manière fixe dans une résidence avec d’autres Juifs, il suffit de réaliser l’Érouv une fois par an, voire une fois toutes les quelques années, tant que le paquet de matsot utilisé pour l’Érouv reste comestible.

3️⃣ Faire acquérir le pain à tous les habitants juifs

• Donner le pain à une tierce personne (un voisin ou sa propre épouse en cas de nécessité) qui l’acquiert au nom de tous les Juifs présents dans la résidence ou l’hôtel, ainsi que pour ceux qui pourraient s’y installer ultérieurement.

Avant que ce dernier lève le pain d’environ 1 téfa’h (~10 cm), celui qui procède à la mitsva du Érouv récite la bénédiction qui suit.

• Si la tierce personne a déjà fait l’acquisition avant de réciter la bénédiction, elle pourra tout de même la dire (Michna Beroura 366, §81).

4️⃣ Réciter la bénédiction et la formule

Bénédiction :

בָּרוּךְ אַתָּה יְיָ אֱ-לֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם אֲשֶׁר קִדְּשָׁנוּ בְּמִצְוֹתָיו וְצִוָּנוּ עַל מִצְוַת עֵרוּב

Traduction :

Béni sois-Tu, Éternel notre D., Roi de l’univers, qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné la mitsva de l’Érouv.

Formule complète à réciter ensuite :

בַּהֲדֵין עֵרוּבָא יְהֵא שָׁרֵא לָנָא לְאַפוּקֵי וּלְעִיוּלֵי מִבַּיִת לְבַּיִת. וּמִחָצֵר לְחָצֵר. מִגַג לְגַג. מִבָּתִּים לְחָצֵר. מִחָצֵר לְבָּתִּים (וּמִבָּתִּים וְחַצֵרוֹת לְמָבוֹי וּמִמָבוֹי לְכָל הַבָּתִּים וְחַצֵרוֹת שֶׁבָּעִיר הַזוּ) כָּל מַאי דְצָרִיךְ לָן (בְּכָל שַׁבְּתוֹת הַשָּׁנָה וְיָמִים טוֹבִים) לָנוּ וּלְכָל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל הַדָּרִים (לומר לפי העניין: בָּעִיר הזאת/במלון הזה/ברזידנס הזו) וּלְכָל מִי שֶׁיִתְוַסֵף בָּהּ:

Traduction :

Grâce à cet Érouv, il sera permis à nous et à tous les habitants de ce lieu(hôtel, résidence, domaine), ainsi qu’à ceux qui s’y établiront par la suite, de transporter d’une maison à l’autre, d’une cour à l’autre, d’un toit à l’autre, des maisons vers les cours et des cours vers les maisons, pendant Chabbat et les jours de Yom Tov.

Si le Érouv a été réalisé comme il se doit, mais que la bénédiction ou la formule n’a pas été récité, que ce soit par oubli ou par ignorance, l’Érouv est néanmoins valide. (Rama O’’H 395.1 Michna Beroura)

5️⃣ Cas particulier

Si l’on est plusieurs dans l’hôtel ou la résidence et que l’on ne sait pas si le Érouv a déjà été fait, on récite uniquement la formule du Érouv (Bédein ‘Erouva) sans dire la bénédiction.

6️⃣ Entreposer le pain

• Placer le pain dans une pièce habitable (salon, cuisine…) soumise à l’obligation de mezouza.

• ⚠️ Ne pas l’entreposer dans un endroit non habitable (ex. : balcon où l’on ne dort pas habituellement).

7️⃣ En cas de doute

Pour toute question concernant les lois du Érouv, il est recommandé de contacter un Rav.

Il pourra préciser les détails ou résoudre les problèmes possibles, qu’il s’agisse :

• de la validité des clôtures,

• ou de la réalisation de l’Érouv lui-même,

• avec ou sans bénédiction, selon les cas.

8️⃣ Cas particulier : hôtel privatisé par des Juifs avec repas communs:

Distinction entre différents cas d’hôtel privatisé et Érouv

1. Hôtel privatisé pour un événement familial (ex. Bar Mitsva, Shabbat Hatan)

Lorsque l’hôtel est privatisé exclusivement pour les invités d’une famille — par exemple à l’occasion d’une Bar Mitsva ou d’un Shabbat Hatan — où tous les séjournants sont des invités de cette même famille, l’ensemble est considéré comme une seule maison.

Dans ce cas, il n’est théoriquement pas nécessaire de réaliser un Érouv ‘Hatsérot, car le repas commun fait office d’Érouv- le pain partagé associant halakhiquement les participants.

2. Séjour organisé ou hôtel en Erets Israël sans vie commune

Dans le cas d’un séjour organisé pour des Juifs en diaspora ou d’un hôtel en Erets Israël où résident des Juifs sans lien de vie commune, la situation est différente.

Même si l’hôtel est réservé ou fréquenté uniquement par des Juifs, chaque famille ou individu loue un service d’hébergement et de restauration distinct.

Chaque famille mange à sa propre table, et il n’y a pas de partage réel de la vie quotidienne ou de repas collectif unifié.

Ainsi, même si plusieurs familles mangent dans le même réfectoire, elles ne sont pas considérées comme unies halakhiquement, car ce n’est pas une maisonnée commune, mais une juxtaposition de prestations individuelles.

3. Cas des personnes non liées à la famille

Même dans le cadre d’une Bar Mitsva ou d’un hôtel privatisé, il peut y avoir des personnes présentes qui ne sont pas liées à la famille :

des invités qui ne participent pas au repas, uniquement présents dans l’hôtel pour dormir,

le personnel du traiteur ou les employés non liés à la Simcha.

Dans ce contexte, il y a plusieurs entités distinctes, et il faudra donc procéder à la réalisation d’un Érouv.

Remarque pratique sur la bénédiction :

Selon les cas, il peut être approprié de réciter ou non la bénédiction avant la formule d’Érouv. En cas de doute, il est conseillé de consulter un rav. Une pratique prudente est de ne pas prononcer la bénédiction mais de dire la formule d’association.

9️⃣ Note pratique pour la France 

En France, ceux qui le souhaitent peuvent s’appuyer sur le Rav  Mordehaï Rottenberg Chlit’’a, qui a déjà loué symboliquement les parties communes de la France auprès d’un haut gradé de la police nationale (GiGN)

Ainsi, les habitants n’ont pas besoin de procéder eux-mêmes à cette location dans leur résidence ou hôtel.

De plus, si votre gardien reçoit régulièrement vos colis dans sa loge pour vous les remettre ensuite, que ce soit en semaine ou pendant Chabbat, et que vous lui donnez une fois par an une somme symbolique pour ce service, cela revient à lui avoir loué toutes les parties communes de la résidence.

En effet, il est votre ’employé’ et possède un accès légal aux parties communes grâce à cette fonction, ce qui simplifie considérablement la mise en place du Érouv. (Voir Choulhan Aroukh O’H 366-382)

[Informations recueillies par le Rav Yaacov Goldenberg Chlit »a en 2023 auprès du Rav Rottenberg Chlit »a.

Moi-même, j’ai appelé le Rav Rottenberg ce jour, le 12 août 2025, pour m’en assurer, et il m’a confirmé qu’il avait loué les parties communes de toute la France auprès du chef de la GIGN.]

Celui qui veut être mahmir et louer tout de même  les parties communes comme plus haut tavo alav beraha.

🔟 Érouv en cas d’absence de la personne chez qui il est entreposé

Dans le cas où la personne chez qui est entreposé le paquet du Érouv est absente Chabbat, les autres Juifs de la résidence devront effectuer un nouvel Érouv, sauf s’ils ont accès au Érouv initial (par exemple, si la clé de l’appartement a été laissée à disposition).

Une solution supplémentaire consiste à ce que chaque habitant de la résidence réalise un Érouv supplémentaire, au cas où la personne chez qui est entreposé le Érouv s’absente sans les prévenir.

Important : lors de cet Érouv « de secours », ils réciteront la formule « par cet Érouv nous pourrons porter… » mais ne prononceront pas la bénédiction.

Ainsi, si jamais la personne chez qui est entreposé le Érouv principal est absente, ils auront déjà un Érouv valide chez eux, prêt à compenser cette absence. (Solution proposée selon mon humble avis)

R. Yehouda Elbilia

Yechar koah à Mendel pour la question !

Édito

Hello les amis, Dites-moi… vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi j’ai intitulé mon site Dvar Matok ?

Eh bien figurez-vous qu’à l’époque, quand j’étais encore jeune 😂, mon oncle Y. me disait souvent lors de nos rencontres, en hébreu :

“Yech lekha eze Dvar Matok al haParacha?” — Tu as un petit Dvar Torah doux sur la Paracha ?

Alors voilà… il est là. Doux, agréable… et parfois même aigre-doux, dirais-je.

Oui, j’aime bien vous piquer un peu, vous surprendre, vous faire réfléchir autrement.

Allez, c’est reparti de plus belle.

À très vite, et n’hésitez pas à me laisser un feedback dans les commentaires ou par mail.

R. Yehouda

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