Est-il permis d’appliquer de l’huile bronzante le jour du Chabbat ?

Question de Galite :Est-il permis d’appliquer de l’huile bronzante le jour du Chabbat ?

Réponse :

Cette question dépend de plusieurs paramètres, notamment des usages locaux, des perceptions culturelles et des coutumes en vigueur dans la région où l’on se trouve. En effet, ce qui est perçu comme un acte de plaisir dans un endroit peut être considéré ailleurs comme un geste thérapeutique, ce qui aurait un impact halakhique direct.

 

Le Choul’han Aroukh (Ora’h ‘Haïm 301:2) enseigne qu’il est permis aux jeunes de se livrer à des activités physiques le jour du Chabbat – courir, sauter, s’amuser – tant que cela s’inscrit dans une dynamique de jouissance du Chabbat (oneg Chabbat).

Le Michna Beroura commente que même si ces activités provoquent une transpiration – phénomène que l’on pourrait théoriquement rattacher à un usage médical – cela reste permis, car ici l’objectif est clairement le plaisir, non la guérison. Il ajoute même que si la motivation profonde est liée à la santé (par exemple : courir pour entretenir sa forme), cela reste autorisé tant que la manière de courir ne laisse pas transparaître une intention thérapeutique.

  • Pourquoi cette rigueur ? Car les sages ont interdit, le jour du Chabbat, des actions qui pourraient nous conduire à concocter un véritable remède à base de plantes (guézéra mishoum she’hikat samamanim). Ainsi, toute action qui ressemble trop à un traitement médical pourrait être interdite par extension.

 

Dans ce même esprit, le Choul’han Aroukh (O’’H 328:42) tranche qu’il est interdit de se faire masser avec force jusqu’à faire suer une partie du corps.

Mais le Michna Beroura (ibid. sk 130) nuance en rapportant l’avis du Shilté Guiborim, selon lequel les massages pratiqués simplement pour revigorer une personne fatiguée pourraient rester permis, car leur nature non-thérapeutique est évidente.

Nous apprenons donc un principe général :

  • Tant que l’action ne laisse pas supposer une intention de guérison, elle n’entre pas dans le domaine des soins interdits.

 

C’est ainsi que le Or LeTsion (Tome 2, chap. 36 q.12) autorise expressément la pratique du sport à des fins de plaisir le jour du Chabbat, de même que certaines formes de physiothérapie. (D’après le Yalkout Yossef (O »H 328.88)  celui qui s’abstient de faire du sport le Chabbat — bien que cela soit permis — tavo alav beraha- mérite une bénédiction)

Application à notre cas : l’huile de bronzage

Le Rema (O’’H 327:1) écrit qu’en un lieu où l’on n’a pas l’habitude de s’enduire d’huile si ce n’est pour un besoin thérapeutique, il est interdit d’utiliser toute forme d’huile corporelle le Chabbat.

Ainsi, l’usage de l’huile bronzante dépendra grandement du contexte local :

Dans les pays où cela est culturellement perçu comme un soin cosmétique ou un plaisir corporel (plage, piscine, exposition au soleil), l’application ne posera pas de problème.

Mais dans les endroits où l’huile corporelle est réservée aux traitements médicaux, cela pourrait être interdit.

Cela dit, le Choul’han Aroukh (327:2) tranche qu’il est permis de s’enduire d’huile le jour du Chabbat pour son confort personnel, à condition de modifier légèrement la manière de le faire (chinouy) :

Il ne faudra pas étaler toute l’huile sur le corps pour masser ensuite, mais appliquer zone par zone tout en massant doucement au fur et à mesure.

Ce massage devra être fait avec souplesse et non avec force, pour éviter de tomber dans la catégorie des soins médicaux.

 

[Et n’objecte pas en t’appuyant sur le Michna Beroura au nom du Rambam (sk 7), car là-bas le propos concerne uniquement le type de massage (doux ou vigoureux), pas l’effet éventuel de l’huile sur la transpiration!]

Il est vrai que le Choulhan Aroukh (Ora’h Haïm 303.25) interdit à une femme de se coller de la pâte sur le visage pour en modifier la couleur. Toutefois, il convient de distinguer ce cas de l’utilisation d’une huile bronzante, qui reste permise, du recours à un ‘patch’ dont le retrait rend la peau rouge.

En effet, l’huile ne colore pas la peau mais facilite un bronzage progressif par exposition au soleil, sans provoquer de changement immédiat ni d’irritation. En revanche, le patch agit directement : son retrait irrite la peau, provoquant une rougeur due à l’afflux sanguin. Ce changement instantané de couleur, obtenu par une légère blessure ou irritation, est assimilable à une forme d’action interdite le Chabbat.

Conclusion

L’huile de bronzage n’est pas considérée comme un remède visant à provoquer la transpiration pour faire sortir des toxines ou bactéries. Le fait de bronzer au soleil, même si cela entraîne de la sueur, n’est pas interdit le jour du Chabbat, car la transpiration ici n’est pas recherchée pour des raisons de santé mais fait partie intégrante du plaisir (oneg) que procure l’exposition au soleil. (Yalkout Yossef O »H 328.73)

Dans les lieux où l’usage de ce type d’huile est courant à des fins esthétiques et non thérapeutiques, son application est permise le Chabbat, à condition de respecter les précautions suivantes :

  • Appliquer zone après zone, en massant doucement à chaque étape, et non en étalant toute l’huile avant de masser ;
  • Ne pas enduire les zones du corps qui seront ensuite recouvertes par des vêtements, de peur que cela ne parfume les tissus, ce qui est interdit le jour du Chabbat ;
  • Éviter les zones en contact direct avec du cuir, comme les sangles de sandales ou ceintures, pour ne pas risquer une action assimilée au travail de la matière (memaréa’h ou métaquen).

(voir chemirat Chabbat Kehilhata T1 CH 14. Seyif 44 ainsi que dans la note 119. Yalkout Yossef  O »H 327 et 328. 87)

 

Chabbat Chalom et bonnes vacances ! Prenez quand même garde à ne pas trop brûler… ce serait dommage 😄

Rav Yehouda Elbilia

Ps: Il est interdit de mettre de la crème solaire le Chabbat à cause de l’interdiction de memaréaḥ, qui interdit d’étaler une crème sur la peau. En effet, la matière grasse contenue dans la crème ne s’imprègne pas totalement dans les pores de la peau, ce qui pose un problème de memaréaḥ

C’est pourquoi, dans notre article, nous avons uniquement parlé de l’huile bronzante protectrice, qui ne pose pas le même souci.


liste non exhaustive des  pour Huiles solaires autorisées Chabbat:(grande surface / pharmacie)  :

  • Uriage Bariésun Huile Sèche SPF 50+
  • Avène Huile Solaire SPF 30
  • Nuxe Sun Huile Solaire SPF 50
  • La Roche-Posay Anthelios Huile Nutritive SPF 50
  • Vichy Capital Soleil Huile Solaire SPF 50
  • Nivea Sun Huile Protectrice SPF 30 (bien vérifier qu’il s’agit d’un spray huile sèche 100 % fluide)
  • Garnier Ambre Solaire Huile Protectrice SPF 30 ou 50 (version huile sèche, pas gel ni lait)

⚠️ Vérifier en rayon ou en ligne que la texture est totalement liquide, sans agents épaississants ni effet crémeux. En cas de doute, mieux vaut tester avant Chabbat.

Édito

Hello les amis, Dites-moi… vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi j’ai intitulé mon site Dvar Matok ?

Eh bien figurez-vous qu’à l’époque, quand j’étais encore jeune 😂, mon oncle Y. me disait souvent lors de nos rencontres, en hébreu :

“Yech lekha eze Dvar Matok al haParacha?” — Tu as un petit Dvar Torah doux sur la Paracha ?

Alors voilà… il est là. Doux, agréable… et parfois même aigre-doux, dirais-je.

Oui, j’aime bien vous piquer un peu, vous surprendre, vous faire réfléchir autrement.

Allez, c’est reparti de plus belle.

À très vite, et n’hésitez pas à me laisser un feedback dans les commentaires ou par mail.

R. Yehouda

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