Pessah-La matsa, le pain des pauvres

J’ignore si vous vous êtes déjà posé cette question mais voyez donc : le soir du Séder, nous voilà à faire une chose… et son contraire.

Tantôt accoudés, tantôt assis normalement.

Tantôt nous consommons des mets en souvenir de l’amertume tels le karpas, céleri que nous trempons dans l’eau salée en guise d’évocation des larmes versées par nos ancêtres jadis. Ou encore le maror, les herbes amères que l’on associe au haroset, mélange sucré en souvenir du ciment façonné par nos aïeux d’une main de maître malgré les 210 années d’esclavage.

Contraste des contrastes, nous buvons des coupes de vin pourtant symboles de richesse, de joie,

Enfin en guise de cerise sur le gâteau, récitons-nous le Hallel…

Le déferlement de ces commémorations pourrait apparaître pour le moins contradictoire mais au fond cela reste compréhensible, à condition de conserver la lucidité sur l’essence même de la vie, enchevêtrée de joies et de peines.

Au demeurant, là où culmine l’intrigue au point de friser la schizophrénie, selon votre vénérable serviteur, cela se situe durant la consommation de la matsa pendant nos soirées du Séder.

En effet, ne sommes-nous pas à consommer « le pain des pauvres », symbole de misère et de précipitation, mais par ailleurs, notre posture ne manque pas de coquetterie puisque nous la savourons accoudés, symbole s’il en est de la liberté et de la richesse ?

Il faudrait savoir : on pleure ou on est joyeux ? Comment associer les deux à la fois ?

Vous connaissez mon franc-parler, je ne suis pas du genre à tourner autour du pot. Alors fonçons droit au but.

En réalité, il n’est nullement question ici de schizophrénie, mais bien plus d’un enseignement profond et d’une portée incommensurable :

Souvent, dans la vie, certains événements s’abattent sur nous, évènements au look pénible indubitable, au moins en apparence ! Voilà qui ne devrait pas manquer de nous accabler ; mais, à qui conserve son détachement, apparaîtra une toute autre réalité.

En effet, ces derniers, non seulement nous amènent à récuser le qualificatif d’obstacles mais nous conduisent à y préférer sans aucun doute le mélioratif et nous propulser vers des hauteurs insoupçonnées initialement : nous voilà vers des marches, des tremplins qui nous élèvent, nous élèvent, toujours plus haut dans notre existence.

Comment pourrions-nous donner le meilleur de nous-mêmes sans même connaître les ressources enfouies en nous ?

Comment pourrions-nous tendre la main aux autres, devenir cette oreille attentive, cette chaleur, ce réconfort — si ce n’est parce que nous sommes passés nous-mêmes par l’épreuve ?

Tendez l’oreille ! Nous y voilà, nous y sommes : c’est exactement cela, la mitsva du soir du Séder.

Ecoutez-bien ! N’y voyez aucunement un acte de contradiction ou de confusion, mais un exercice de compréhension.

Chaque événement de la vie se révèle être une marche à gravir. Chaque jour mêle difficulté et bravoure, chagrin et espoir.

Tel était le compagnon de route de nos ancêtres dans l’Égypte antique.

Ils trimaient, voyaient leurs enfants périr, leurs corps s’affaiblir, leurs forces s’évanouir… Mais, leur constante restait l’espoir.

Une certitude les animait, les motivait, guidait leurs pas. Seul ce savoir entêté prévalait : ils savaient intimement que chaque jour qui passait les rapprochait un peu plus de la délivrance tant attendue.

Voyez-vous, mes amis, en cette soirée du Séder, nous mangeons la matsa, ce pain des pauvres qu’ils mangeaient en Égypte, mais accoudés.

Car eux aussi savaient que cette épreuve n’était qu’un passage, une étape provisoire avant d’arriver en Terre Sainte, et de mériter enfin la gloire, la liberté, et la réussite.

Très chers amis, mangeons encore et encore de cette merveilleuse matsa, source de guérison et d’espoir, le front haut et le cœur léger, confiants en notre délivrance, individuelle et collective — bientôt, lechana haba’a birouchalayim habnouya, amen.

 

 

Édito

Hello les amis, Dites-moi… vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi j’ai intitulé mon site Dvar Matok ?

Eh bien figurez-vous qu’à l’époque, quand j’étais encore jeune 😂, mon oncle Y. me disait souvent lors de nos rencontres, en hébreu :

“Yech lekha eze Dvar Matok al haParacha?” — Tu as un petit Dvar Torah doux sur la Paracha ?

Alors voilà… il est là. Doux, agréable… et parfois même aigre-doux, dirais-je.

Oui, j’aime bien vous piquer un peu, vous surprendre, vous faire réfléchir autrement.

Allez, c’est reparti de plus belle.

À très vite, et n’hésitez pas à me laisser un feedback dans les commentaires ou par mail.

R. Yehouda

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