Parachat Haazinou : Solennité ou fun ?

« Ki chem Hashem ekra, havou godel l’Elokeinou » — « Lorsque je prononcerai le Nom d’Hachem, attribuez de la grandeur à notre D.. » (Devarim 32:3)

Alors même que Moshé Rabbenou rédige la poésie de Ha’azinou — ce sublime chant prophétique qui retrace l’histoire millénaire du Am Israël depuis Avraham Avinou jusqu’à la fin des temps, avec ses hauts, ses bas, et la complexité de ses relations tant au sein du camp que parmi les nations —, il insère ce verset fondateur : chaque fois que vous entendez le Nom de D. sortir de ma bouche, grandissez-Le.

Dans l’Antiquité, au Beth HaMikdash, une sorte de chorégraphie subtile accompagnait cette injonction le jour de Kippour : à l’annonce du Nom Ineffable par le Cohen Gadol, l’assemblée entière s’inclinait, se prosternant face contre terre en s’écriant : « Baroukh Chem Kevod Malkhouto Leolam Vaed » (Béni soit le Nom de la gloire de Son règne à tout jamais).

Prenant comme point de départ cet épisode, nos Sages et nos visionnaires l’ont, par la suite, étendu à notre quotidien. L’exclusive n’est plus réservée au Cohen Gadol dans le Saint des Saints, ni du seul Baroukh Chem Kevod… ! À présent, à chaque bénédiction où résonne le Nom d’Hachem, nous répondons : Baroukh Hou ou-Baroukh Chemo — Béni soit-Il et béni soit Son Nom.

Pourquoi ajouter Baroukh Hou ou-Baroukh Chemo ?

Une question se pose alors : pourquoi ne pas se limiter à la réponse « Amen » ? Après tout, le Amen scelle notre foi, témoigne de la véracité des paroles énoncées et affirme notre conviction que D. soutient le monde et en crée chaque détail, du fruit de l’arbre à la nourriture de la terre. Comment justifier cette formule d’insistance (Baroukh Hou ou-Baroukh Chemo) ?

Pour le comprendre, attachons-nous à une image du Chir HaChirim (Le Cantique des Cantiques), où Chlomo HaMelekh écrit :

« Ke-chochana bein ha-khohim, ken rayati bein ha-banot » — Comme une rose parmi les ronces, telle est mon aimée parmi les jeunes filles.

Le Zohar HaKadoch (introduction à Béréchit – par la voix de Rabbi Hizkiya) nous dévoile la structure profonde de cette rose :

1. Les 13 pétales : La rose possède 13 pétales qui entourent le cœur de la fleur, à l’image des 13 Attributs de Miséricorde qui protègent le peuple d’Israël au milieu des ronces du monde.

2. Les 5 tiges vertes : En dessous des pétales, la fleur est soutenue par 5 sous-pétales ou tiges vertes. Le Zohar précise que ces 5 tiges représentent les 5 Lumières de la Création, chargées d’insuffler la vitalité et la bénédiction au cœur du Am Israël.

La magnificence du Kidouche du vendredi soir

Quand réactivons-nous cette conscience que le Am Israël est cette rose qui attire la bénédiction sur le monde ?

Le vendredi soir, au moment de faire le Kidouche.

Redonnons ses lettres de noblesse au Kidouche trop souvent banalisé de manière machinale. Cet acte détient une grandeur solennelle, presque théâtrale !

La Halakha et la Kabbala nous enseignent avec précision la manière de tenir la coupe : au départ, on saisit le verre à deux mains, puis on le pose sur l’extrémité des doigts de la main droite, tournés vers le haut. Ces cinq doigts déployés sous le verre représentent précisément les cinq tiges vertes — les cinq lumières célestes — qui viennent porter la rose et recueillir l’abondance.

Appréciez plutôt la finesse de l’orchestration :

• Le vin est contenu dans le verre (Koss).

• La valeur numérique (Guematria) du mot Koss est 86.

• C’est exactement la même valeur numérique que le Nom divin Elokim.

Par ce geste minutieux, nous unissons le cadre matériel à la rigueur et à la sainteté du Nom d’Elokim, pour transformer le jugement en miséricorde.

Au-delà de la convivialité : retrouver le sens de la Solennité

Aujourd’hui, il est très fréquent de percevoir l’étude de la Torah et la pratique des Mitsvot sous un angle léger, convivial, presque « fun ». On se retrouve à la synagogue pour rigoler entre amis, passer un bon moment et sympathiser. C’est vrai, la synagogue est un centre communautaire au sens littéral.

Mais Moshé Rabbenou, toujours à même de poser le cadre et les valeurs, vient nous rappeler dans notre Paracha qu’il existe une dimension qui dépasse la simple convivialité : la magnificence, la magie et la solennité.

Par extension, comprenons qu’accomplir une Mitsva ou écouter une bénédiction ne peut se réduire à une facétie « sympathique ».

Qu’on se le dise, nous tentons :

• D’attirer une abondance (Chefa) dans la matière,

• De réparer les mondes spirituels (Tikoun Oulamot),

• Et d’élever et grandir le Nom d’Hachem dans l’univers entier.

Là se situe le sens profond des paroles de Moshé : dès que le Nom d’Hachem retentit, donnons-lui toute sa grandeur. Ne laissons pas l’habitude étouffer la grandeur du geste. Il nous appartient de rendre à chaque bénédiction, à chaque Kidouche et à chaque instant de Torah toute sa magnificence !

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Haazinou 5787

Édito

Hello les amis, Dites-moi… vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi j’ai intitulé mon site Dvar Matok ?

Eh bien figurez-vous qu’à l’époque, quand j’étais encore jeune 😂, mon oncle Y. me disait souvent lors de nos rencontres, en hébreu :

“Yech lekha eze Dvar Matok al haParacha?” — Tu as un petit Dvar Torah doux sur la Paracha ?

Alors voilà… il est là. Doux, agréable… et parfois même aigre-doux, dirais-je.

Oui, j’aime bien vous piquer un peu, vous surprendre, vous faire réfléchir autrement.

Allez, c’est reparti de plus belle.

À très vite, et n’hésitez pas à me laisser un feedback dans les commentaires ou par mail.

R. Yehouda

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