Une maladie bien spéciale -Quand le Rabbin rencontra l’Avare
On raconte qu’un immense incendie éclata dans une petite ville, détruisant ses maisons et laissant ses habitants sans abri. Le rabbin de la communauté, prenant la mesure de la catastrophe, se mit en route, allant de ville en ville pour solliciter la générosité des Juifs de partout. Son espoir était que les Juifs viendraient en aide à leurs frères en détresse pour les aider à reconstruire leur ville réduite en cendres. Et effectivement, beaucoup répondirent avec empressement selon leurs moyens. Chaque somme collectée était aussitôt envoyée à la ville sinistrée pour subvenir aux besoins des habitants et lancer les travaux de reconstruction sans délai.
Lors de ses voyages, le rabbin arriva dans une grande ville et alla de boutique en boutique, éveillant les cœurs et collectant des fonds pour sa communauté. Il entra dans une bijouterie de luxe et expliqua le but de sa visite. Le propriétaire, un riche marchand au sourire suffisant, le salua chaleureusement et lui dit :« On voit bien que vous n’êtes pas d’ici… »
Intrigué, le rabbin lui demanda :« Comment savez-vous que je ne suis pas d’ici ? » « Parce que si vous l’étiez, » répondit l’homme sans gêne, « vous sauriez que je ne donne jamais d’argent à la charité. »
Le rabbin rétorqua calmement :« Dans ce cas, les rôles s’inversent. Au lieu que vous accomplissiez la mitzva de guemilout ‘hassadim (faire le bien), je vais l’accomplir moi-même ici. »
Surpris, le bijoutier demanda :
« Comment allez-vous accomplir cette mitzva ici ? »
Le rabbin répondit :« En accomplissant la mitzva de bikour ‘holim (visite aux malades). »
Le bijoutier, perplexe, répliqua :« Mais qui est malade ici ? » Le rabbin répondit : « C’est vous qui êtes malade. »
Offensé, le riche homme dit : « Je suis en parfaite santé ! » Alors le rabbin expliqua :« Ne niez pas les paroles de Salomon, le plus sage des hommes, qui a écrit dans l’Ecclésiaste : ‘Il est un mal douloureux sous le soleil : la richesse gardée par son propriétaire à son détriment.’ Si Hachem vous a béni avec des richesses, et que vous vous vantez de ne jamais partager avec les pauvres, alors votre richesse vous est réservée pour votre malheur. Un jour, après 120 ans, vous devrez rendre compte dans les cieux de l’usage que vous avez fait de cet argent. Salomon lui-même qualifie cela de ‘mal douloureux.’ C’est pourquoi je viens accomplir ici la mitzva de bikour ‘holim. »
Le riche homme, amusé, répondit :
« Si vous vouliez vraiment accomplir cette mitzva, vous auriez dû aller dans un hôpital, où des dizaines de malades souffrent et espèrent des visiteurs, au lieu de venir ici en usant de paraboles et de plaisanteries… »
Le rabbin répondit : « J’ai une bonne raison d’accomplir cette mitzva précisément ici, mais je ne vous la révélerai que si vous promettez de donner une contribution à ma cause. »
Après une hésitation, le riche homme, intrigué, accepta.
« Très bien, dites-moi pourquoi. »
Le rabbin expliqua :
« Nos Sages enseignent dans la Paracha Vaye’hi que Jacob, au départ, était gravement malade. Mais lorsque Joseph vint le visiter, il est écrit : ‘Israël reprit des forces et s’assit sur le lit.’ Pourquoi ? Parce que celui qui visite un malade soulage un soixantième de sa maladie. C’est d’ailleurs ce que la valeur numérique de ‘hamita’ (le lit), qui est 59, vient indiquer : un soixantième de la maladie a été ôté par le visiteur. (Nedarim 39b)
« Votre richesse est votre maladie. J’ai donc choisi de vous visiter pour en alléger un soixantième, que je transmettrai à mes pauvres, dont les maisons ont été ravagées par le feu. »
Le riche homme, touché, tint sa promesse et donna une contribution « de sa maladie » pour les victimes de l’incendie.(Rav David HaCohen – Gan Yavné.)
Quelle histoire sympathique, dirais-je. Mais ce qui me semble essentiel dans ce récit fabuleux, c’est qu’en réalité, nul n’est insensible à l’authenticité de véritables valeurs.
Si certaines personnes ne pratiquent pas ou montrent un désintérêt marqué envers la vie religieuse ou sociale, cela découle souvent d’un manque de compréhension ou de curiosité à leur égard. Dès lors que nous parviendrons à captiver leur attention et à toucher leur cœur, leurs mains s’ouvriront généreusement pour aider, pratiquer, soutenir et agir.




