Après le malaise provoqué par l’épisode d’Essav et celui de Dina, Yaacov Avinou pense enfin pouvoir poser ses valises. Il s’installe sur la terre ancestrale de ses pères, se disant qu’à présent, peut-être, pourra-t-il souffler un peu, se reposer des dangers, de Lavan, ainsi que de toutes les péripéties qui ont rempli sa vie.
Mais voilà que s’abat sur lui le drame le plus douloureux : l’histoire de Yossef.
Yossef, fils aîné de Rahel, jeune orphelin d’à peine dix-sept ans, fils chéri de son père Yaacov, se voit confectionner par ce dernier cette fameuse tunique d’un raffinement sans pareil.
Ce Yossef, n’est-il pas à la recherche de la proximité paternelle, de son attention, de sa chaleur, au point d’en friser le fayotage, voire plus, en rapportant les manquements de ses frères !
Comble de la maladresse, il va sans dire, mais à prendre bien plutôt comme une manière de dire : Papa, regarde-moi un peu… j’ai besoin de toi.
Yossef est le pionnier des rêveurs, rêveur de grandeur, de lumière ; ce qui ne gâte rien : beau, soigneux de sa personne… À force, le cumul génère un agacement qui atteint des sommets chez ses frères, qui n’en peuvent plus au point d’envisager l’impensable : le tuer… puis de finalement le jeter dans un puits… puis de finalement le vendre.
Il se voit déshabillé de sa tunique, jeté comme un malfrat, vendu comme un simple esclave.
Quelle folie ! Quelle angoisse ! Quelle souffrance pour un enfant, que d’avoir à affronter une telle méchanceté, une telle lâcheté !
À son arrivée en Égypte, ô miracle : Hachem est avec lui. Yossef trouve grâce aux yeux de son maître, et même aux yeux de la maîtresse… trop même. À tel point que celle-ci le convoite, tente de déployer ses charmes à travers les tenues vestimentaires qu’elle change matin, midi et soir en vue de le séduire, use de mille et un subterfuges, se montre aimable, charmante, insistante.
Pendant ce temps, Yossef use de ses talents de gestionnaire et de visionnaire, ce qui lui vaut de gravir les échelons, devient l’intendant, celui qui gère toute la maison, celui qui a toutes les clés… sauf une : la femme de son maître.
Et voilà qu’un jour, seule avec lui, elle l’attrape, le pousse dans ses retranchements. Là, Yossef aurait bien pu succomber, tomber ; il aurait pu tout lâcher.
Fort heureusement, une chose le sauve : le visage de son père. Il revoit Yaacov.
Ce regard, cette figure emblématique, cette lumière paternelle l’empêchent de fauter.
Il s’enfuit.
Il finit en prison.
Puis vous connaissez la suite : il deviendra le vice-roi d’Égypte.
La vraie question perdure, mes amis : où ce jeune homme a-t-il su, a-t-il pu puiser une telle force ? Comment, après tant de trahisons, tant de souffrances infligées par ceux qu’il aimait le plus, n’a-t-il pas sombré ? Comment n’a-t-il pas tout laissé tomber ?
La réponse est simple : le visage de son père.
Et malheureusement, nous vivons dans une société où tant d’enfants subissent des violences terribles. Violences scolaires, moqueries, exclusion, solitude… On les met de côté, on ne les prend pas dans l’équipe de foot, dans le groupe WhatsApp, à l’anniversaire.
Quelle solitude insupportable pour un enfant !
Alors comment un enfant peut-il tenir ? Comment peut-il s’élever au-dessus de tout cela ?
Avec l’amour de ses parents.
C’est cet amour-là qui donne la force de vivre, de s’épanouir, d’espérer. Et peut-être que Yaacov, visionnaire, au fond de son cœur, savait-il que son fils traverserait des tempêtes.
Alors il sait l’écouter. Il sait lui faire une tunique. Il sait prendre ses rêves au sérieux. Il sait l’envoyer en mission.
Au demeurant, il sait aussi lui parler avec rigueur dans le but de le recadrer :
« Crois-tu vraiment t’élever au-dessus de tes frères, au-dessus de ton père et de ta mère ? »
Mais en vérité, « ve-aviv chamàr et hadavar » : il garde tout cela dans son cœur. Rien n’est anodin chez cet enfant.
Yossef n’est pas là pour énerver ses frères. Il est tout bonnement mystérieux, sensible, en quête d’amour. Un être au bon cœur qui tente simplement de remettre ses frères sur le droit chemin.
Pourtant, voyez-vous, ceux que l’on méprise… sont souvent ceux qui ont le meilleur cœur.
Et vous, chers parents, chers enfants, ne croyez jamais que les enfants au bon cœur perdront la course. Ne croyez pas qu’ils finiront derniers, qu’ils seront écrasés par la vie.
Non !
À la fin, ce sont eux qui se lèveront.
Ce sont eux que D. élèvera.
Ce sont eux qui seront des rois, à l’instar de Yossef, par leur noblesse d’âme et de cœur, et soyez-en certains, grâce à l’amour que vous aurez su leur donner.
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