Juste avant son décès, Moché Rabbénou décide de raconter aux enfants d’Israël les étapes que leurs parents et grands-parents — ceux qui ne sont plus de ce monde — ont traversées.
Parmi ces épisodes incontournables sur le plan narratif, il en est un prestigieux, comme une pierre d’achoppement sur le plan identitaire : le don de la Torah.
Point d’affolement ! N’allez pas voir en Moché, un vieillard sénile qui radote, ou un ancien combattant qui se vanterait de tous ses faits d’arme ou glorioles ! Nenni, pour rappel il faut avoir à l’esprit que le peuple présent n’était pas encore majeur, voire pas encore né à l’époque évoquée par leur guide.
Il lui apparait comme opportun de les mettre en garde car après tout un homme averti en vaut deux scande le dicton populaire :
« Et vous veillerez grandement sur vos âmes, car vous n’avez vu aucune image le jour où D. vous a parlé à Horev du milieu du feu. » (Dévarim 4,15)
Il va falloir m’éclairer un peu voyez-vous ! Je n’ai pas bien compris : qui n’a pas vu D. à Matan Torah ? Eux ou leurs ancêtres ?
N’est-il pas écrit dans le livre de Chémot :
« Tout le peuple voyait les voix, les flammes, le son du chofar et la montagne fumante ; le peuple vit, ils tremblèrent et se tinrent à distance. » (Chémot 20,14) ?
Au risque de vous décevoir, réponse négative ! Personne n’a vu D. dans l’histoire de l’humanité.
Pourtant si je ne m’abuse il est bien écrit : « Le peuple vit ».
Quelle pertinence ! On ne peut pas vous bluffer ! Alors certes, il vit, mais il ne vit pas D. au sens propre du terme, car Il n’a pas d’effigie, de configuration matérielle au sens traditionnel et restrictif du terme.
Il nous faut entendre ici, « ils Le craignirent », telle est la définition de la formule « le peuple vit, ils tremblèrent et se tinrent à distance ».
Moché Rabbénou ne se tire pas une balle dans le pied, oh que non ! Il initie la nouvelle génération à un principe de base :
Dans notre vie quotidienne, que ce soit vis-à-vis des hommes ou vis-à-vis de D., il nous faut apprendre à ressentir l’autre, comprendre ses émotions, percevoir la grandeur de D., Sa volonté profonde, sans même avoir besoin de Le voir.
Détrompez-vous, leur dit Moché : vos ancêtres ne sont pas mieux que vous.
Eux aussi n’ont pas vu une quelconque image de D. Mais ils ont ressenti Sa présence autour d’eux, à leurs côtés, au-dessus d’eux.
Ainsi, vous de même, mes chers enfants prenez cet enseignement à votre compte — dit Moché — à vous d’ouvrir l’œil, votre cœur, afin de percevoir à votre tour Sa magnificence et Son infinie grandeur.
Quelle maestria ! Quelle leçon, mes amis !
La connaissance ne peut se cantonner à être le fruit d’un regard, d’une vision. Elle est le fruit du cœur, de cette sensibilité à pouvoir sonder ce qui nous échappe, en allant même jusqu’à palper ce qui nous semble être le plus abstrait…
La transcendance ! Cette vibration qui nous relie avec magie aux choses les plus grandes de l’histoire du monde. Voilà de quoi parle Moché.
Il n’est jamais trop tard pour apprendre, et n’allez nullement considérer qu’il s’agit d’un handicap que d’apprendre seul.
Mais comment donc, me direz-vous ? Comment aborder seul une page de Guemara, comment apprendre à lire en hébreu ? Comment savoir ce qui plaît à D. ?
Il suffit juste de se sentir sous Ses ailes, à côté de Lui, pour réussir et s’y attacher pour l’éternité.
Vos ancêtres y sont parvenus, vous aussi, vous y parviendrez, nous dit Moché Rabbénou, voilà qui reste d’actualité encore et toujours, y compris aujourd’hui, Amen.




