Parachat Térouma – Le Temple, une nécessité contemporaine ?

Parachat Térouma À la mémoire d’Élie Marey zal 

Le Temple, une nécessité contemporaine ?

Cette semaine, nous amorçons une initiation à la construction du premier Temple des Hébreux : le Michkan.

Précision d’importance, l’initiative de l’édification de ce temple portatif par les enfants d’Israël résulte exclusivement d’un ordre divin et non point d’une décision du peuple de servir ainsi son Créateur.

De telle sorte que les plans de l’édifice, les schémas des ustensiles, le déroulement du rituel des sacrifices offerts sur l’autel, autant de domaines strictement qui se verront définis et posés par D. en personne

Au demeurant, comment comprendre l’utilité, pour le Am Israël, de posséder un tel Temple ainsi que de servir D. de cette manière.

Le Rambam, dans Le Guide des égarés, adopte une approche rationnelle : selon lui, le Temple et les sacrifices ont été instaurés pour détourner les Hébreux des cultes idolâtres qu’ils pratiquaient auparavant.

Plutôt que d’exiger d’eux un abandon total de ces pratiques, encourant dès lors le risque de les laisser démunis, D. a réinvesti leurs habitudes vers Lui, privilégiant un cadre sacré.

I l faut donc voir en ce rituel des sacrifices nullement une finalité en soi, mais bel et bien un processus pour une reconversion de ce peuple habitué à servir le divin de cette manière.

Na’hmanide critique cette approche du Rambam affirmant que la vocation des sacrifices réside en une tentative d’élévation spirituelle des éléments du monde à destination du Créateur.

Pour preuve, écrit Na’hmanide : Le premier homme, Adam tout comme ses fils Caïn et Abel, puis Noa’h, Avraham, Its’hak et Yaacov… ont offert des sacrifices, bien avant que l’idolâtrie n’existe !

Dans le Temple, chaque élément occupe une place essentielle : le minéral, le végétal, l’animal, et surtout l’homme, qui impose ses mains et associe sa pensée à ses actions pour leur donner une élévation et une symbolique forte.

Il va sans dire que cette discussion conserve son actualité.

Pour Na’hmanide, le Temple et le sacerdoce restent essentiels aujourd’hui ce qui n’est pas le cas à priori d’après les dires du Rambam selon qui, ils ont rempli un rôle et ne relèvent plus d’une nécessité absolue.

Une question impérieuse se pose pour nous qui vivons dans un monde sans Temple ! Devrions-nous le regretter ? Ou, au contraire, devrions-nous comprendre que notre service divin a évolué ?

Un peu de rigueur s’impose ! On ne peut accabler le Rambam, il n’a jamais dit que la seule raison des sacrifices était de détourner les Hébreux de l’idolâtrie.

Si tel était le cas, cela signifierait qu’avec le temps, certaines mitsvot pourraient disparaître (‘has véchalom). Or, il affirme lui-même que les commandements de la Torah sont éternels.

De plus, comment le Rambam répondrait-il aux arguments de Na’hmanide ? Ignorait-il que bien avant les idolâtres, les véritables serviteurs de D. Lui offraient déjà des sacrifices ?

En réalité, dans Le Guide des égarés, l’objectif du Rambam ne se situe nullement en une tentative d’identification de la raison profonde de chaque mitsva, mais bien plutôt en une tentative d’élucidation visant à expliquer comment et pourquoi chaque mitsva a été donnée à l’époque au Mont Sinaï.

En effet, si les plus spirituels pouvaient se passer du Temple et de son sacerdoce, les plus faibles avaient besoin d’une matérialisation de leur service divin, entendez, par l’influence du Temple et de sa majesté.

Ainsi, D. leur façonne un service à leur mesure, qui leur était familier, à quelques détails près, pour éviter de reproduire exactement les cultes idolâtres tout en leur offrant un cadre sacré.

En résumé, le Rambam s’accorde avec le Ramban sur le fait que les sacrifices élèvent spirituellement les éléments de la création et apportent abondance et bénédiction à l’univers.

Mais il introduit une dimension supplémentaire : il montre combien l’ordre divin est bénéfique et logique, car il prend en compte et accompagne également les plus fragiles de l’époque, intègre leurs spécificités sans les abandonner à leurs anciennes coutumes.

On pourrait dire que le Rambam et Na’hmanide ne s’adressent pas au même public.

Le premier parle aux esprits rationnels, tandis que le second s’adresse aux plus mystiques.

Effectivement, il importe de savoir parler le langage de chacun afin d’éclairer leur chemin et les mener à bon port vers l’au-delà.

A quoi bon se leurrer ! Souvent, nous croyons que placer la barre très haut permettra l’élévation de notre public, nos élèves, nos enfants, il s’avère que bien souvent, l’inverse est plus adéquat.

Quoi de mieux que des propos rationnels pour que nos enfants comprennent les notions simples et fondamentales de la vie ?

Voilà l’approche du Rambam : ce grand maître, ce géant, qui préfère le langage des petits pour expliquer aux plus égarés les concepts qui apportent la plus grande bénédiction à toutes les composantes de la terre et de l’univers.

« Baroukh Méoré HaEsh – Béni soit-Il, Celui qui créa nos maîtres, nos lumières, le Rambam et le Ramban. »

 

Édito

Hello les amis, Dites-moi… vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi j’ai intitulé mon site Dvar Matok ?

Eh bien figurez-vous qu’à l’époque, quand j’étais encore jeune 😂, mon oncle Y. me disait souvent lors de nos rencontres, en hébreu :

“Yech lekha eze Dvar Matok al haParacha?” — Tu as un petit Dvar Torah doux sur la Paracha ?

Alors voilà… il est là. Doux, agréable… et parfois même aigre-doux, dirais-je.

Oui, j’aime bien vous piquer un peu, vous surprendre, vous faire réfléchir autrement.

Allez, c’est reparti de plus belle.

À très vite, et n’hésitez pas à me laisser un feedback dans les commentaires ou par mail.

R. Yehouda

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