Parachat Pinhas: Et si vous deveniez un petit Pinhas ?

Dans notre paracha, Pinhas évolue en tant que personnage heureux du récit. Il acquiert la prêtrise, la kehouna, ainsi que la vie et la paix éternelles (du moins, jusqu’à ce que D. en décide autrement).

Cette récompense ne peut être considérée comme le fruit de l’accomplissement d’une mitsva explicite de la Torah, pas plus que motivée par un désir de récompense. Il faut plutôt la comprendre comme le résultat d’un élan de cœur, d’une impulsion profonde de Pinhas pour restaurer l’honneur de D. dans le camp d’Israël.

«Comment?

Un homme ose prendre pour épouse une femme non juive, publiquement, au vu et au su de tous, narguant ainsi les chefs de tribu, Moché Rabbénou, les anciens, ce qui constitue, une transgression manifeste de la Torah.»

Se dit Pinhas.

Il empoigne alors son bâton, saisit une lance et met à mort les deux fauteurs : l’homme juif et la femme étrangère.

Doit-on qualifier cet acte d’héroïque ? Pourquoi Pinhas se démarque comme seul à vouloir venger la gloire céleste ?

Sans conteste, il s’agit bel et bien d’un acte héroïque, à entendre dans la pureté de cœur et non pas dans la violence. L’origine de l’action de Pinhas se légitime à son niveau comme une impossibilité morale de rester passif.

Les Sages disent : « Les vengeurs le tuent » — en parlant de celui qui entretient une relation interdite avec une non-juive.

Mais qui peut prétendre agir pour venger l’honneur de D. — au prix de la vie d’un Juif ?

Un seul homme a pu, a su, accomplir cet acte dans un élan de sincérité absolue : Pinhas.

Pinhas s’affirme comme un homme de cœur, de convictions, de valeurs, capable de conserver un regard ouvert face aux événements, de faire preuve d’une rigueur extrême, comme dans notre épisode, mais aussi de miséricorde quand il bénit la Tsarfatit pour son hospitalité puis plus tard, ressuscite son enfant (Melakhim 1.17)

En un mot, un homme de vérité. Ainsi, au regard du caractère éternel de la vérité, Pinhas mérite de vivre éternellement.

Ce dernier se considère comme un représentant de D. sur terre, il faut y voir, le motif de son élection comme ancêtre de la lignée exclusive des Cohanim qui perdure encore jusqu’à nos jours.

Mes amis, entendez ici le message fondamental de notre paracha, qualificatif, à manipuler avec parcimonie et que je peine à employer au regard précieux et sacré de l’ensemble de la Torah dans ses moindres recoins.

Au demeurant, ici, il s’impose.

La Torah ne peut être appréhendée, ni vécue comme une science extérieure à nous, à nos sentiments, à notre histoire ; non plus comme une  simple partie de notre quotidien : voyez-y plutôt notre identité propre, singulière, exclusive et profonde.

Pinhas trouve grâce aux yeux de D., non pas parce qu’il a tué un de ses frères — bien au contraire !

Pinhas accède à cette place privilégiée en raison de sa parfaite union avec D. :

– Il ressent ce que D. ressent.

– Il perçoit la douleur du Maître du Monde lorsqu’un de Ses enfants faute.

– Il s’émeut comme D. s’émeut.

– Il porte en lui dans une pleine conscience la Présence divine.

Qui peut se targuer aujourd’hui de tenter de porter en lui les lunettes du Maître de l’univers ? Qui peut se prévaloir de tenter de vivre avec sincérité ses relations sociales et spirituelles ?

Voilà la grandeur de Pinhas !  Voilà l’immortalité de Pinhas !

Pour ce héros, tout apparait comme divin sur terre. Tout se voit empreint de Sa grandeur, de Son infinité.

Souvent, des questions surgissent prenant une forme récurrente :

– Comment concilier loisirs et Torah ?

– Travail et Torah ?

– Armée et Torah ?

Mais ce prétendu questionnement est erroné dans son fondement même.

Il n’y a rien à concilier : tout est Torah. D. s’impose partout, il est omniprésent.

Contre toute attente pour certains, les loisirs font bel et bien pleinement partie de la Torah, ainsi que le travail, l’armée également.

Tout est Torah. Tout est sacré.

La kedousha !

Pinhas évolue comme l’exemple même de cette sainteté capable de sanctifier toute matière — même un acte aussi grave que la mise à mort d’un frère.

Il n’existe aucun combat, aucun paradoxe, aucune incompatibilité entre le profane et le sacré. Chaque chose a sa place, son moment, sa raison d’être. À nous de savoir en faire un bon usage, pleinement, sereinement.

Alors trêve de balivernes, de frustrations, d’une prétendue dichotomie entre deux mondes cloisonnés, distincts :

D’une part, un monde profane où l’on pourrait « profiter de la vie », D’autre part, un monde spirituel qui nous priverait de tout équilibre.

A vrai dire, il n’existe qu’un seul monde : Bon, merveilleux, plaisant, infini.

Celui-ci, ce monde ci, à condition de le vivre tel que D. nous le demande :A la lumière de Sa Torah.

Chabbat Chalom.

Édito

Hello les amis, Dites-moi… vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi j’ai intitulé mon site Dvar Matok ?

Eh bien figurez-vous qu’à l’époque, quand j’étais encore jeune 😂, mon oncle Y. me disait souvent lors de nos rencontres, en hébreu :

“Yech lekha eze Dvar Matok al haParacha?” — Tu as un petit Dvar Torah doux sur la Paracha ?

Alors voilà… il est là. Doux, agréable… et parfois même aigre-doux, dirais-je.

Oui, j’aime bien vous piquer un peu, vous surprendre, vous faire réfléchir autrement.

Allez, c’est reparti de plus belle.

À très vite, et n’hésitez pas à me laisser un feedback dans les commentaires ou par mail.

R. Yehouda

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