À une succession d’années durant lesquelles Yossef assiste à l’alternance de temps plus ou moins heureux, il voit enfin ses efforts couronnés par une promotion en grade et se voit accéder au titre de vice-roi d’Égypte.
Quel soulagement ! … Après des épreuves rudes et pénibles, des horizons nouveaux se profilent, à commencer par un mariage avec Asnat, qui lui offrira de magnifiques garçons avec lesquels il pourra étudier, leur transmettre sa langue natale, son héritage, son âme…
La vie suit son cours.
L’Égypte connaît des années d’abondance fabuleuses auxquelles suivront malheureusement, des années de famine.
Alors que Yossef se trouve à un stand de céréales, il observe cette longue file d’hommes venus acheter de quoi survivre.
Soudain ! C’est l’électrochoc, le croirez-vous, mes amis… Yossef se voit frappé par l’image de ses frères !
Comme nombre de personnes touchées par la famine en ces temps de sécheresse, ils ont réalisé ce périple, et ne vont pas tarder à se retrouver nez à nez avec lui.
N’allez surtout pas vous imaginer que Yossef soit sadique, ou qu’il cherche à accomplir son rêve de jeunesse et de toute puissance, en les voyant se prosterner devant lui.
Nenni.
Il a un tout autre projet en tête : tester leur honnêteté.
– D’où venez-vous ? leur demande-t-il sévèrement.
– De Canaan, pour acheter de la nourriture, répondent-ils.
– Vous êtes des espions ! Vous êtes venus examiner comment conquérir notre pays.
– Non, mon maître… Nous sommes tous les enfants d’un même père. Nous ne sommes pas des espions. Nous étions douze frères. Le plus jeune est resté en Canaan avec notre père, et l’autre… n’est plus.
– Comment ça, “il n’est plus” ? Il est mort ?
Et s’il était ici, quelque part, et que vous vouliez le racheter, le feriez-vous à n’importe quel prix ?
– Bien évidemment, répondent-ils.
– Et si son maître refusait de vous le vendre ?
– Alors nous le récupérerions, de gré ou de force, quitte à mourir pour lui.
– Vous voyez, dit alors Yossef, vous êtes bel et bien des espions. Prêts à tout, au feu et au sang, pour récupérer l’un des vôtres.
Mais voyez-vous… Je suis quelqu’un de bien, moi.
Après bien des sueurs froides, les frères voient Shimon emprisonné sous leurs yeux.
Le défi est clair : en gage de leur sincérité, ils devront ramener en Égypte leur petit frère, Binyamin.
Quel dilemme ! Situation pour le moins inextricable ! C’est chaud, les amis… très chaud, avec rien, vraiment rien à envier à ces dix gaillards.
Les voilà confrontés à un personnage redoutable, fin psychologue, qui ne laisse aucune place à l’illusion.
Un point questionne cependant, et j’aimerais avoir votre sentiment mes amis :
Face à un individu qui vous soupçonne d’emblée d’être un espion, le déballage de sa vie, vous semble-t-il l’option la plus appropriée et naturelle ? Se mettre à se justifier, à se confesser, à regretter à voix haute des actes si odieux et lâches… Sans aucune pitié… Comme par exemple, la vente d’un frère ?
On pourrait miser sur le caractère improbable de sa compréhension de l’hébreu, mais voilà qui reste tout à fait aléatoire et périlleux au regard du caractère énigmatique de ce personnage.
Ne perdons pas de vue cette phrase “culte” :
« Tout ce que vous direz pourra se retourner contre vous » ?
Allô ! Je ne saurais que trop vivement vous conseiller d’appeler un avocat ! De cesser de vous enfoncer davantage…
Et si précisément, tel était le reproche formulé par leur père Yaacov à leur retour ?!
Oui, tout cela est vrai…
Une différence est d’envergure ici, on se trouve face à quelqu’un qui nous pousse à la transparence.
Yossef se confirme, plus que se révèle dans cet épisode, comme un éducateur d’exception, doublé d’un homme d’une grande sensibilité et cerise sur le gâteau, d’une sagesse rare.
Il sait courber l’échine et accepter les difficultés avec abnégation quand il le faut.
Il sait aussi relever la tête, assumer son rôle, même au risque d’être perçu comme dur ou opportun.
En fin stratège, telle se trouve être la direction vers laquelle il pousse ses frères.
Par là même, il veut leur transmettre une leçon à valeur d’éternité :
ne jamais craindre de dire la vérité, être prêt à l’assumer quel qu’en soit le prix à payer, quelles qu’en soient les conséquences, aussi dangereuses soient-elles.
Ses frères ont su le démontrer avec brio.
Oui ! Nous sommes prêts à tuer, voire à mourir, pour l’un des nôtres.
Oui ! Quand bien même, le vice-roi comprendrait que nous avons été cruels autrefois, voilà qui n’est pas pour nous effrayer.
Il va sans dire que nous regrettons ardemment notre passé et aujourd’hui, nous sommes prêts à en payer le prix fort pour prouver notre fraternité.
La vérité, mes amis.
Le Emeth.
« Emet kéné véal timkor » —
« Achète la vérité à n’importe quel prix, et ne la vends pour rien au monde. »
Voilà, me semble-t-il, le message extraordinaire de notre paracha :
vivre en paix avec soi-même, accepter ses faiblesses, être prêt à les dépasser, oser être vrai — au naturel — dans un monde trop souvent creux et faux où ceux qui remportent les trophées et les couronnes sont ceux qui sont mensonge et vanité.
S’élever au-delà du monde tel qu’il est, choisir la vérité, s’éduquer à devenir vérité, synthèse de la bonté et de la rigueur de nos patriarches, pour engendrer une vérité belle, profonde, absolue et éternelle.
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