« Vehorachtem et haarets vichavtem bah » – « Vous ferez hériter la terre et vous vous y installerez », nous dit le verset dans la Paracha de Mass’é.
Cette semaine encore, de jeunes familles s’installent avec leurs enfants en bas âge à Chetoula, à Zar’it et dans d’autres localités, afin de rajeunir la population et d’encourager la jeunesse à prendre sa place dans l’intégralité du pays d’Israël.
Qu’il est beau et noble de voir cette mobilisation, de constater à quel point les versets de la Torah demeurent éternels, intemporels, toujours vivants.
Pourtant, ce verset reste quelque peu ambigu.
Que signifie exactement ce mot : « Vehorachtem » ?
Le verset nous dit : « Vous ferez hériter la terre et vous vous y installerez. »
Mais que veut dire « faire hériter la terre » ? Si nous nous y installons, nos enfants en hériteront forcément, non ?
Pas nécessairement.
En effet, s’installer passivement dans un pays ou dans une ville ne signifie pas encore en avoir hérité ; hériter implique autre chose, en premier lieu cela sous-tend la volonté de le léguer à nos enfants et nos petits-enfants.
Au demeurant, ce mot possède également une autre nuance, il peut aussi être compris comme : « Vous déposséderez les habitants de la terre et vous vous y installerez. »
Tant que la terre d’Israël demeure entre les mains de ceux qui lui sont hostiles, l’installation ne peut être considérée comme complète, pas plus que l’héritage.
Contrairement à une certaine lecture de la Torah qui voudrait se montrer complaisante et magnanime en toutes circonstances, ouverte à tous sans distinction, refusant parfois de sanctionner le mal en arguant une pseudo compréhension ou compassion mal orientées. Le discernement et la clairvoyance de la Torah sont sans faille !
Chacun se revendique libre de ses choix, entre le bien et le mal, entre la construction et la destruction.
Pourtant, une chose demeure certaine :
Ce qui est vrai le restera ad vitam aeternam.
Impossible d’envisager le retour d’Israël sur sa terre sans écarter ceux qui veulent sa destruction. Impossible également de transmettre une terre, des valeurs ou un enseignement sans le vouloir, sans y aspirer de toutes ses forces.
« Allô Sarah ? – Oui maman ? – Dis-moi, tu as pensé à inviter tonton Albert pour la nomination ? – Quel tonton Albert ? – Le fils de mémé Georgette ! – Mais tu ne m’avais pas dit qu’il était spécial et que vous n’étiez pas en très bons termes ? – Si, mais enfin… il faut quand même l’inviter, ça ne se fait pas autrement. »
Ah ben là… elle ne pouvait pas le savoir.
Les Marocains alors…(Chut…)
En plus, ça peut chauffer pour des bêtises de ce genre !
Heureusement que sa mère l’a appelée pour l’initier à ce code, sinon l’histoire familiale aurait pu capoter et s’arrêter là.
Mais un instant.
Ne ferions-nous pas parfois exactement la même chose dans des domaines bien plus importants ?
Que cela soit lié à la kedoucha du Am Israël, à la sainteté du Chabbat ou encore à la cacheroute…
Avons-nous suffisamment inculqué à nos enfants cette sensibilité à cet héritage ancestral ?
Avons-nous pris le temps de leur expliquer ce qui compte vraiment, ce qui mérite d’être protégé, transmis et défendu ?
Car au fond, l’héritage d’une terre, des valeurs ou d’une identité ne découlent en rien d’un quelconque automatisme.
… À nous de jouer !
Chabbat Chalom
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