Le Dvar Matok de cette semaine est offert par Mme Khayat que nous remercions !
Dans la Paracha de cette semaine, c’est notre matriarche Sarah qui nous quitte. Quelle tristesse ! Mais Avraham ne perd pas le nord. Lui qui a récemment découvert l’existence de la Méarat Hamahpéla s’empresse d’en faire l’acquisition.
Devant un semblant de générosité d’Ephron, à qui appartiennent le champ et la grotte, Avraham se voit réclamer la modique somme de quatre cents pièces d’argent, sonnantes, trébuchantes, toutes neuves il va sans dire.
Et pourtant, Avraham ne tente aucune négociation, pas l’ombre d’un argument pour faire baisser le prix, aucune flatterie, nada, , kloum, rien. Makanch.
Quid de ce fameux esprit de négociation tant vanté et décrié du peuple juif ?
« Un instant ! Une réserve de votre part ?
– Vous vouliez dire qu’Avraham est le symbole de la générosité et de la largesse sans bornes ?
– N’a-t-il pas renvoyé Ichmaël avec un simple morceau de pain et une cruche d’eau, alors qu’il aurait pu lui offrir davantage ?
– Et n’a-t-il pas proposé aux anges “un peu d’eau” seulement, alors qu’il allait ensuite leur donner un repas royal ? »
Très bonnes questions, mes amis.
Voici un point crucial qui devrait nous permettre de comprendre le comportement d’Avraham, comportement qui se révèle pour le moins contrasté au regard de ces deux illustrations.
– Comment peut-il sembler si avare dans certains cas, et si prodigue dans d’autres ?
– Comment peut-on voir un homme compter chaque morceau de pain, puis dépenser une somme colossale pour enterrer un mort ?
Je pense que vous m’avez vu venir… je m’arrêterai là.
En réalité, pour nous autres êtres humains, vivre ne suffit pas.
L’essentiel doit porter sur le comment vivre : savoir choisir où placer nos priorités, et décider dans quelle vie — matérielle ou spirituelle — investir notre temps, notre argent et nos efforts.
Avraham saura renvoyer Ichmaël avec sévérité, car celui-ci est ingrat et méprisant envers son père. Il ne mérite pas d’être gâté.
Il saura offrir de l’eau avec modération à ses hôtes, car puiser de l’eau est un travail difficile, et il ne veut pas faire souffrir un serviteur inutilement pour un simple luxe.
Avraham sait compter, ô combien !
Mais il sait surtout où il faut compter, et où il ne faut plus le faire.
Là où la nature humaine se trompe, là où le cœur s’emballe au détriment de la raison, Avraham sait privilégier une vertu cardinale : avoir le sens de la mesure, garder la mesure.
Nul besoin de s’étendre pour saisir l’enjeu majeur à ce point du récit où il est question de la véritable vie, celle de son épouse Sarah.
Constatez alors sa lucidité : il ne compte plus.
Le voilà capable de dépense sans aucune limite, sans réserve, sans regret.
Alors au rythme du refrain on pourrait chanter… il est où, le bonheur ?
La réponse ne souffre quant à elle d’aucune ambiguïté : là où notre vraie vie dépend.
Vous connaissez la rengaine, il est d’usage de dire : « Quand on aime, on ne compte pas. »
Voilà qui est entendu, encore faut-il savoir quoi ou qui aimer, et quand compter.
À vous de jouer!
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