C’est une fin de matinée ordinaire. Je suis debout devant ma sifria, les yeux balayant les étagères à la recherche de quelques notes précises sur les lois du Érouv. Vous savez comment c’est : on cherche une feuille, et on se laisse dériver.
En fouillant, mon regard s’arrête sur une pochette. Et là, glissé dans une vue plastique, je tombe sur un dossier de notes sur les lois de Chabbat. Des écrits de ma propre main à l’époque où j’étudiais au Colel en Israël, il y a maintenant sept ou huit ans. Des sujets complexes, des pages serrées bien protégées sous le plastique. Et tout en sortant ces feuilles, je ne peux retenir un petit sourire d’autosatisfaction et son commentaire : « Eh ben… on peut dire que j’ai bossé à l’époque ! »
Mais aussitôt, une question plus profonde, presque dérangeante, me traverse l’esprit : « D’accord, tu as bossé. Mais qu’est-ce qu’il te reste, au fond, de toute cette étude, sans la regretter has vechalom, au contraire ? »
Certes, j’y ai gagné des connaissances assez larges. Je sais aujourd’hui ouvrir un Choulhan Aroukh, naviguer dans les commentaires, retrouver la source exacte d’une Halakha. Mais quand bien même… est-ce une fin en soi ? Est-ce qu’on vit au quotidien avec l’encyclopédie de ses acquis ? L’utilisation de cette somme technique de détails n’étant pas mobilisée au quotidien, que reste-t-il alors de ces milliers d’heures studieuses, assis sur les bancs du Beth Hamidrach ?
En regardant mes vieilles notes sous leur plastique, la réponse m’est apparue comme une évidence : une seule chose reste.
La Siyata Dichmaya. L’aide du ciel.
Dans la vie, nous avançons d’étape en étape. À un moment donné, il fallait étudier ; à un autre, il a fallu voyager, se marier, fonder une famille, travailler, et même, plus simplement, aller faire les courses. Aucune de ces étapes n’est un absolu ou une fin en soi.
Ce qui compte, ce qui demeure, c’est le fil conducteur : cette présence divine qui nous enveloppe. Le temps a passé, ce qui était est derrière nous, mais Hachem nous a accompagnés pas à pas jusqu’à ce jour. Quelle immense bénédiction…
A ce moment précis, alors que je me trouvais au milieu de la pièce, m’est apparu comme une évidence le lien avec Dvar Matok section paracha.
En effet mes amis, nous commençons cette semaine le Séfer Dévarim, connu comme le livre de la répétition, le grand bilan où Moché Rabbénou reprend toute l’histoire du peuple juif avant de les quitter. A cette occasion, il leur rappelle leurs moments de gloire, leurs faiblesses, leurs révoltes et leurs doutes. « Tantôt Hachem a dit ceci… parfois vous avez manqué à votre devoir… par ailleurs vous aviez réclamé cela… »
Comment comprendre et justifier ce « bis repetita » ? Les faits sont passés, gravés dans le temps. Hachem savait déjà tout à l’avance, et si nous voulions simplement connaître la chronologie, une simple relecture des livres précédents n’aurait-elle pas suffi ? !
Moché Rabbénou ne vient pas faire un cours d’histoire. Il vient éveiller leur conscience sur une vérité élémentaire, celle-là même que je ressentais devant ma bibliothèque : Hachem est là.
À travers la répétition des péripéties, Moché ne leur dit pas : « Souvenez-vous de vos fautes ou de vos mérites ». Il leur dit : « Regardez en arrière. Regardez comment, malgré vos détours, malgré vos manquements, Hachem ne vous a jamais lâchés. Voyez comment Sa clémence et Sa bénédiction vous ont escortés à chaque instant du voyage. »
Ainsi donc, le message de Dévarim n’est pas historique, il est relationnel. L’essentiel n’est pas le chemin parcouru, c’est le Compagnon de route.
« Allô… Allô, Yehouda ? Réveille-toi ! Ça y est, tu l’as ton Dvar Matok de la semaine, il est dans la poche ! »
Ah… oui ? Quoi ? Ah, salut les amis ! Bon, le songe est terminé, je redescends sur terre… Je vous laisse méditer là-dessus, et je retourne à mes recherches de feuilles de Érouv !
Chabbat Chalom à tous !
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