Parachat Chelakh Lekha: Le mauvais œil

Après plus d’un an où le Am Israël se voit retardé dans sa route vers la terre promise, ça y est, nous y voilà, nous y sommes, le trajet reprend, et de plus belle d’un rythme soutenu, avec trois jours de marche intensive.

Mais cette marche va prendre une tournure gravissime.

« Envoyons devant nous des explorateurs », demanda tumultueusement le peuple.

Moché, fidèle à sa rectitude, demande l’aval du Tout-Puissant.

« Envoie pour toi des explorateurs », lui dit-Il. « …Tu prendras un homme par tribu, leurs princes. »

Rachi nous dit : Selon ton avis : je ne te l’ordonne pas ; si tu veux – envoie. Moi, je leur ai dit que la terre était bonne, comme il est dit : Je vous ferai monter de l’oppression d’Égypte… (Exode 3,17).

« [Mais] par leur vie ! Je leur laisse une possibilité de se tromper par les paroles des explorateurs, afin qu’ils ne méritent pas de l’hériter », dit D. (Tanhouma ; Sota 34b)

Vous connaissez la suite… Cette génération ne verra jamais la terre sainte, à l’exception de Kalèv ben Yefouné et Yéhochoua bin Noun, les deux explorateurs restés intègres.

Mais l’histoire ne s’en arrête pas là, les amis.

Quarante ans plus tard, ce même Yéhochoua bin Noun envoie de sa propre initiative deux personnages pour prendre le pouls de Yericho avant de la conquérir.

Et là…Bingo ! Le tour est joué ! R.A.S. ! Nous assistons à une conquête avec faste et magie. (Haftara)

Mais bien sûr, je vous en prie, exprimez-vous, et par là-même, vous exprimez la même question que nos commentateurs !

Comment ?! Yéhochoua bin Noun refait-il la même erreur que son maître Moché ? Ne craint-il pas un nouveau désastre ?

Réponse de nos sages : « Il envoya deux personnes en cachette. » Telle est la réponse dans toute sa splendeur et néanmoins simplicité !

Alors que Moché s’était fourvoyé en envoyant des explorateurs à la connaissance de tous, publiquement, autant dire un fiasco assuré, programmé, indubitablement !

Yéhochoua, lui, enrichi de la douloureuse expérience de son maître, s’en est inspiré avec sagesse. Il n’informe aucunement le peuple de son envoi d’espions, ces derniers travailleront exclusivement pour Yéhochoua, dans le plus grand secret, à l’insu de tous.

Au départ, il me semblait que la demande du peuple, voire la décision de Moché Rabbénou d’envoyer des explorateurs, allait à l’encontre de la volonté divine.

Au demeurant, une relecture du texte affine le jugement, il en est tout autre.

D. ne s’y oppose pas. Il dit à Moché ce que Yéhochoua lui-même comprendra par la suite :

« Envoie pour toi des explorateurs. »

Ces explorateurs ne doivent pas être envoyés par le peuple, comme porte-parole du peuple, comme ses leaders ; mais comme « tes » messagers.

That makes the difference !

Le départ de ces derniers, leurs identités, leur compte-rendu ne doivent nullement être connus du peuple. Ils doivent faire le job uniquement pour toi, Moché.

Alors serez-vous tentés de me dire : « Quelle est la différence entre ces deux manières d’explorer ? »

Le Ayin hara !

Lorsque les yeux du plus grand nombre sont rivés sur toi : recette assurée, tu perds la boule !

Cette surexposition promet un effet pervers, sentant que ta parole a de la valeur, un impact sur la société tout entière, au moins sur ta tribu, tu t’envoles !

Mais l’effet prend une tournure radicalement différente dès lors que tu te trouves être l’envoyé d’un seul homme, au sens fort du terme, un agent secret dont personne ne saura, à jamais, que tu faisais partie de la réussite du projet.

Ayayay… Combien de gens se font avoir. Pensent que la gloire passe par les honneurs, les choufouni… Nenni ! Pure illusion d’optique (vous me passerez le jeu de mots) !

La réussite, la vraie, est celle que personne ne connaît. Ne peut percevoir ; Celle de ton cœur, de ton psychique, de ton intimité avec le plus Haut et le plus Cher.

C’est à travers cette humilité sincère — où Il est, Lui seul, le Maître de toutes les causes — que tout se joue.

Moché a succombé au tumulte du peuple, au désordre :

« Vous vous êtes tous approchés de moi », pêle-mêle : les enfants bousculaient les anciens, et les anciens bousculaient les chefs. (Rachi, Devarim 1.22)

Yéhochoua, lui, a pris les choses en main avec vigilance et clairvoyance.

« Yéhochoua bin Noun envoya secrètement deux hommes depuis le camp de Shittim, en tant qu’espions, en leur disant : Allez, examinez le pays et Jéricho. » (Yehochoua 2.1)

La subtilité, les amis… Là réside la berakha !

Pas le kavod, pas les fanfares, pas les « Qu’en dira-t-on ! ? ».

Celui qui croit réussir de cette manière — gageure ! — se met dans la posture de l’auto satisfecit, il s’imagine réussir, oui bien évidemment… Comme tous ceux qui l’entourent, qui eux aussi sont dans le mensonge, comme lui.

Mais où est la véritable réussite ? Dans les choses qui sont cachées du regard nous dit le Talmud.

Tu peux être une personne publique, personne ne te dira le contraire. Tant mieux, ashrekha.

Mais, doucement les basses, prudence, attention, reste sage. Prends exemple sur Yéhochoua, afin que l’intégrité du peuple d’Israël tout entier soit préservée… et puisse s’élever.

Allez les amis, moins de blabla, et plus d’humilité — grand bien nous fasse !

Hatslaha et hamssa alik !

 

 

 

 

 

 

Édito

Hello les amis, Dites-moi… vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi j’ai intitulé mon site Dvar Matok ?

Eh bien figurez-vous qu’à l’époque, quand j’étais encore jeune 😂, mon oncle Y. me disait souvent lors de nos rencontres, en hébreu :

“Yech lekha eze Dvar Matok al haParacha?” — Tu as un petit Dvar Torah doux sur la Paracha ?

Alors voilà… il est là. Doux, agréable… et parfois même aigre-doux, dirais-je.

Oui, j’aime bien vous piquer un peu, vous surprendre, vous faire réfléchir autrement.

Allez, c’est reparti de plus belle.

À très vite, et n’hésitez pas à me laisser un feedback dans les commentaires ou par mail.

R. Yehouda

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