Cette semaine, une image ne cesse de revenir dans mon esprit : celle de Yaakov qui se bat avec l’ange de Essav.
Un combat rude. Un combat difficile.
Les voilà tous deux à se livrer un combat extrême, roulant au sol, au point de se trouver à même la terre dans une étreinte farouche, au creux d’une tension palpable.
A n’en point douter, le témoin de cet affrontement ne peut que percevoir, même de manière subliminale, la prégnance de cette friction entre matière et volonté, prégnance de laquelle se dégage une poussière à l’état d’envol.
Une poussière qui monte en volutes, s’élance, en partance vers les cieux.
C’est ça, le mot « vayéavec » — « avak », la poussière.
Ce combat d’une telle intensité dans les gestes, les mouvements, l’énergie déployée, crée des nuages de poussière, décrite par les Sages comme s’élevant jusqu’aux sphères célestes, sous l’œil attentif des anges qui scrutent ce combat de titans.
Ils voient bien plus qu’un combat : ils voient un homme qui, au cœur même de la poussière, transforme l’ombre de la lutte en lumière céleste.
Certains commentateurs ajoutent que ce mot « vayéavec » évoque aussi le « Dibouk » — l’étreinte…ou dirait-on, l’attache de Yaacov; en son créateur.
Yaakov, ce lutteur farouche, ne se détache à aucun moment de l’essentiel : il garde son esprit fixé sur l’Éternel. Un combat en osmose, dans l’unité avec D.
Cette image résonne au plus profond de mon être. Elle m’habite, elle m’interpelle.
Elle vient comme une réponse à une question que, peut-être, chacun de nous devrait se poser un jour :
Comment mesurer la grandeur d’un homme ?
Est-ce par ses réussites visibles ? Par son confort ? Par ce qu’il affiche à l’extérieur ?
Non, la vraie mesure n’est pas là.
La vraie grandeur, elle se révèle dans ses combats intérieurs. Dans sa capacité à résister au matérialisme, à faire face au Yétser Hara, à ne pas céder aux facilités du monde.
Voilà où se situe l’homme quand il choisit en pleine conscience de s’arracher à la pesanteur de la matière pour se rapprocher de l’Éternel, que la poussière de son effort monte vers le ciel — et ouvre sur lui toutes les portes de la bénédiction.
Telle se trouve être, mes chers amis, une des lectures possibles du début de la paracha :
« Vayédaber Hachem el Moché Behar Sinaï lemor… »
D. parle à Moché depuis le Mont Sinaï pour lui transmettre les lois de la Shemitah.
Rachi de s’interroger : pourquoi préciser que cela vient du Mont Sinaï ? N’est-ce pas là que toutes les Mitsvot ont été données ?
Réponse sublime, jugez-en !
Le Sinaï est bien plus qu’un lieu : il est un symbole.
« Du haut de sa petitesse » : Un mont, un simple amas de terre — humble, effacé, conscient de sa taille.
Et pourtant, ce lieu ne devient rien moins que le canal par lequel passe la parole divine.
Pourquoi me direz-vous ?
Précisément, parce qu’il est matière, oui, mais une matière tournée vers le Ciel, une matière prête à s’annuler devant la vérité, à recevoir.
De même, l’homme pourrait croire que l’accès au monde spirituel se trouve réservé à une élite, à ceux qui vivent en apesanteur.
Illusion d’optique !… Pour non-croyant !
La Torah nous a précisément été donnée dans le désert, sur un mont simple et silencieux, telle est sa majesté !
Car, alors même qu’il peut se trouver plongé dans la matière, entouré de distractions, de doutes, d’oppositions, un homme qui choisit de s’élever, ouvre en lui ce même portail vers l’au-delà.
Le combat n’est pas des moindres, pourrait-on dire, rude. La poussière monte.
Et pourtant, cette poussière — ce « avak » — porte en elle le cri de l’homme en lutte, le désir d’un cœur tellement attaché à cette aspiration profonde, sincère, authentique, vraie : de vouloir absolument s’attacher à son Créateur.
Alors…
Dans les starting blocks :
À vos marques… Prêts… Partez…
Que la poussière de nos combats s’élève, s’élève… Et qu’elle affleure les cieux. Amen.




