Parachat Behaalotekha: Le silence de Tsipora… mais pas que

Cette semaine, le Dvar Matok est dédicacé en l’honneur des participantes de Tiferet Sarah, pour leur assiduité  au cours du mercredi soir 👏🏻✨

Dans notre paracha, alors que le peuple d’Israël s’est formé autour du Temple, voilà qu’il quitte le Mont Sinaï, drapeaux en main — les degalim — direction la Terre Sainte.

Ce nouveau départ est synonyme de renouveau, autant dire remise en question, nouvel élan. Mais pas de méprise, ce peuple « à la nuque raide » se revigore, retrouve alors sa force… et ses résistances.

Tel se trouve être le point de départ du livre de Bamidbar, livre traversé par de multiples révoltes où certaines franges du peuple s’opposeront avec effronterie à Moché Rabbénou.

Somme toute serait-on tenté de dire « Quoi de plus normal ! Platement humain ! ». Ce qui heurte l’entendement, c’est de trouver parmi ces frondeurs deux personnages majeurs :

Myriam et Aharon, la propre sœur, le propre frère de Moché !

Ces derniers, à leur tour, de parler sur lui.

Pourquoi ? D’où cela leur vient-il ? L’influence du peuple ? Une autre motivation ?

Fausse piste !

Ne vous méprenez point, Myriam et Aharon ne convoitent en rien la place de Moché Rabbénou.

Ils ne lui veulent aucun mal. Ils portent seulement un questionnement, un doute sincère qui les habite depuis quelques temps, plus précisément depuis que Moché Rabbénou a mérité le dévoilement divin et qu’il s’est éloigné de son épouse.

Certes, ils vivent ensemble, mais leur relation conjugale a cessé. Comment le comprendre ?

D. intervient alors. Un nuage descend — une nuée de gloire — et se tient au-dessus de la Tente d’Assignation et leur tient ces propos :

« Pourquoi parlez-vous ainsi de Moché, mon serviteur, celui qui est le plus fidèle de toute ma maison ? Je lui parle face à face, bouche à bouche, dit le texte, dans une vision claire, sans énigmes ni allusions. Il contemple la présence divine. Comment n’avez-vous pas eu crainte de parler ainsi de mon serviteur ? »

Mais une question me hante, si je puis me permettre :

En quoi, la relation conjugale de leur frère concerne-t-elle Myriam et Aharon ? Quelle est la légitimité de cette ingérence dans la vie privée, intime de Moché ? Tsipora serait-elle venue leur confier une souffrance ?

Aucun texte ne révèle une quelconque trace d’un hypothétique malaise exprimé !

Alors pourquoi soulever ce sujet ?

Mes amis, quelle magnifique réponse, jugez-en par vous-même !

Reprenons le verset :

« Myriam et Aharon parlèrent contre Moché à propos de la femme kushite qu’il avait prise, car il avait pris une femme kushite. »

Qui est cette « femme kushite- noir » ?

Rachi nous dit : c’est Tsipora.

De même qu’un homme de peau noire se distingue visiblement, sans ambiguïté, ainsi Tsipora se distinguait tant par sa beauté extérieure que… par la beauté de ses actions.

Tsipora, l’oiseau silencieux

Tsipora. A l’image du tzipor, elle s’élève, elle n’a de cesse.

Elle court, elle purifie, elle accueille — pour que Moché entre chez elle.

Elle nourrit dans l’ombre — lorsqu’il est encore au fond du puits.

Elle marche sans bruit — pour l’accompagner vers l’Égypte.

Elle sauve sans éclat — face au serpent qui voulait le faire tomber.

Elle aime sans parole — même après la révélation.

Comment comprendre alors que Moché Rabbénou ait pu s’éloigner d’elle pour des raisons spirituelles ? N’était-elle pas précisément la personne la plus digne de partager sa vie au quotidien ?

Moché, assiste à cette scène, présent quand ils expriment leurs réflexions, mais il ne souffle mot. En son for intérieur, il ne peut qu’acquiescer, il sait : ils ont raison.

Mais il sait aussi qu’il ne peut leur répondre. Impossible pour lui de lever le voile sur cette clé qui leur manque, un détail essentiel… qu’il ne peut révéler.

C’est alors que D. apparaît.

« Comment n’avez-vous pas eu crainte de parler ainsi de mon serviteur Moché, l’homme de confiance de ma demeure ? »

Car Moché n’est pas un homme spirituel comme les autres. Il est mon serviteur, dit D. . L’homme de confiance de mon palais. Un homme à qui je peux me révéler à tout instant du jour ou de la nuit. Et c’est cette intimité divine qui impose à Moché un niveau de séparation, une distance physique avec son épouse — une élévation qui dépasse l’entendement.

Qu’en dites-vous chers amis, une fois de plus Moché se distingue par la grandeur qui le caractérise : il opte pour la discrétion, se refuse à exposer sa stature spirituelle, même auprès des membres de sa famille, il choisit de passer sous silence le niveau qui est le sien, incommensurable le gigantisme de cette humilité !

Marque de fabrique de la famille serait-on tenté d’affirmer ! En effet, quelle grandeur également chez Myriam et Aharon : sensibles à la beauté de leur belle-sœur, les voilà à s’inquiéter sincèrement de son épanouissement conjugal.

Mais Tsipora n’est pas en reste ! En effet, quelle grandeur également chez Tsipora : rester aux côtés de Moché avec abnégation et dignité.

Quelle hauteur ! Quelle profondeur !

Rien n’est superflu dans la Torah. Chaque mot y compte.

Nous nous trouvons ici face à un message bouleversant : parfois, le silence est plus révélateur que mille discours.

Parfois, le silence est un signe de magnificence.

Apprenons, nous aussi, à cultiver cette bienveillance — la bienveillance de Myriam et Aharon, celle de Tsipora.

Apprenons l’humilité de Moché Rabbénou.

Et peut-être, nous aussi, mériterons-nous le dévoilement de D. dans notre quotidien.

 

 

 

 

 

Édito

Hello les amis, Dites-moi… vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi j’ai intitulé mon site Dvar Matok ?

Eh bien figurez-vous qu’à l’époque, quand j’étais encore jeune 😂, mon oncle Y. me disait souvent lors de nos rencontres, en hébreu :

“Yech lekha eze Dvar Matok al haParacha?” — Tu as un petit Dvar Torah doux sur la Paracha ?

Alors voilà… il est là. Doux, agréable… et parfois même aigre-doux, dirais-je.

Oui, j’aime bien vous piquer un peu, vous surprendre, vous faire réfléchir autrement.

Allez, c’est reparti de plus belle.

À très vite, et n’hésitez pas à me laisser un feedback dans les commentaires ou par mail.

R. Yehouda

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