Parachat Bechala’h
À l’aide, le bateau coule
Quoi de mieux pour conclure leur passage en Égypte qu’une bonne année sabbatique ? Une année où le Am Israël voit de ses propres yeux ses ennemis s’évanouir, disparaître de façon miraculeuse…Et lui, vivre paisiblement sur la terre de Gochen.
Euphorie qui n’aura qu’un temps !
Le peuple d’Israël poursuit sa marche dans le désert jusqu’à la mer, quand un vacarme au loin commence à poindre : un bruit assourdissant mêlant les galops des chevaux au tumulte des guerriers égyptiens prêts à en découdre pour prendre leur revanche.
Le peuple est divisé quant à l’attitude à adopter. Certains veulent se rendre, d’autres veulent se battre, certains prient, et d’autres encore décident de se jeter à l’eau pour témoigner de leur confiance en D. et provoquer un miracle.
Il va sans dire que chacune de ces positions est compréhensible.
En effet, pourquoi ne pas se rendre à l’ennemi dès lors que nous avons la possibilité de servir D. en terre égyptienne ? N’est-ce point-là notre quotidien aujourd’hui dans notre immersion parmi les nations alors même que ces dernières décrètent des lois contraires aux lois de la Torah ?! Pourquoi privilégier la prière alors que le combat pourrait être envisagé avec l’arme ultime, l’arme première : la confiance en l’aide divine… ?!
Comment comprendre le choix retenu par la Torah de nous restituer la pluralité de ces opinions ? Ne sommes-nous pas assez sages pour imaginer qu’un débat a dû éclater alors que les Égyptiens se précipitaient dans leur fougue belliqueuse à la rencontre du Am Israël ?
Sans nul doute le sommes nous, mais la visée de la Torah est de nous enseigner combien il serait fâcheux, regrettable de négliger ces voix du désert sans en tirer profit.
Entendons-nous bien, il ne faut nullement entendre ici florilèges de courants au sein du peuple juif, il faut comprendre qu’il s’agit là d’une seule et unique voix.
Une voix qui, lorsqu’elle s’élève, fait retentir l’équilibre même de la nation. Plus encore, c’est précisément par l’expression de ces multiples sensibilités, qui osent s’exprimer haut et fort tout en gardant à cœur l’unité du peuple, que jaillira le salut venu d’En Haut.
Pour ce faire, D. ordonne à Moché : « Dis au peuple d’avancer. »
D. ne procède nullement à une sélection ordonnant aux seuls croyants fervents d’avancer, mais son attente s’adresse bien à l’ensemble du peuple, les conviant à s’immerger dans l’eau, là où chacun verra des miracles.
L’ordre divin est le fruit de la foi des plus faibles, prêts à se résigner à servir D. même en terre étrangère, de la bravoure de ces « nouveaux guerriers », du cœur des plus spirituels, et enfin de l’audace des plus grands.
Le message divin dans ce récit de l’ouverture de la mer Rouge dépasse donc notre première explication.
Avertissement est donné à ceux qui s’arrogent d’autorité et avec rigueur le titre de défenseurs de la « vérité absolue » ! La vérité absolue n’est pas uniforme ni rigide ; elle accepte les nuances, les émotions contraires, voire opposées, dans la pratique des mêmes lois.
Telle se trouve être la beauté et la grandeur de notre peuple : la pluralité. Ce peuple admirable existe et s’inscrit dans le temps précisément à travers les manifestations de tous ces courants qui cherchent à se rapprocher de D. de manières distinctes et en formant un tout.
Certains, convaincus de détenir la vérité, s’imaginent parfois que leurs coreligionnaires sont ceux qui font couler le bateau. Fumisterie ! Telle est leur conviction ! En réalité, ces « entités différentes », font avancer tout autant le vaisseau, simplement, d’une autre manière.
Ainsi se manifeste la beauté du peuple d’Israël : qu’il s’agrandisse encore et encore, qu’il porte sa voix haut et fort, à l’unisson (à entendre au sens fort du terme comme union des sons) et avec toujours autant de majesté. Amen.




