« Allô… Esther, comment ça va ? Alors, ce périple au Maroc ? »
Esther : « Grâce à D., très bien, un voyage éclair de 24 heures, tchic-tchac nous voilà rentrés ! »
Mamie : « Quoi ! Aucune promenade ? Eh ben mon vieux… Et les grèves, j’ai entendu qu’il y en avait… ohlala… Quoi, il y a des gens qui sont restés bloqués et qui n’ont pas pu venir ? »
Assis sur le canapé, votre Rébbé, qui entendait toute la conversation, sourit : quelle énergie, cette mamie ! Elle ne laisse passer aucune occasion d’exprimer pleinement son émerveillement… ou sa déception.
Quand soudain une pensée m’envahit, telle une évidence : et si au fond, c’était nous — la jeunesse, les hommes des temps modernes — qui étions devenus nonchalants, éteints ?
Comme un éclair traverse mon esprit : Bilaam… ne serait-il pas, paradoxalement, un exemple frappant de cette aptitude à s’émerveiller ?
« Ma tovou ohalekha Yaacov, mishkenotekha Israël — Quelles sont belles tes tentes, Yaacov, tes sanctuaires, Israël ! »
Une des plus belles phrases de toute la Torah !
Bilaam, ce mage, ce prophète pourtant si sombre et corrompu, sait encore s’émerveiller du plus profond de son âme. Il parvient à formuler un des éloges les plus sublimes du peuple d’Israël.
Quant à nous, où nous situons-nous sur l’échelle de Richter de la sensibilité, de l’enthousiasme ?
Le roi David écrivait :
« Je suivrai avec empressement le chemin de Tes préceptes, car Tu élargis mon cœur. »
Selon le Metsoudat David : « Avec empressement je ferai Tes commandements, car je sais que par leur biais Tu élargiras mon cœur avec les plaisirs du monde futur. »
Le Sforno, quant à lui, explique : « Je m’empresserai d’accomplir Tes commandements lorsque Tu élargiras mon cœur, en m’en faisant comprendre la profondeur. »
La nuance entre ces deux lectures repose sur un simple mot en apparence : ki — faut-il le traduire par « car » ou par « lorsque » ?
Mais en vérité, ces deux approches ne s’opposent pas. Elles se complètent.
Car comment s’émerveiller, comment s’enthousiasmer sans raison ?
Comment être touché au plus profond de soi si rien de concret ne nous émeut, ne nous comble ?
Voilà sans doute un des défis majeurs de notre génération.
À force de courir après les dernières tendances, les nouveaux concepts, nous oublions de prendre le temps. Cette course effrénée à la nouveauté absolue, au scoop, au sensationnel, ne nous confisque-t-elle pas cette aptitude, à scruter, à déceler l’essentiel ? Le temps de discerner ce qui pourrait réellement nous combler. Le temps de savourer ce qui pourrait vraiment nous faire du bien.
Mes amis, inspirons-nous de cette mamie.
Elle, épargnée par les distractions des écrans, garde toute sa tête, coordonne son cœur à sa conscience, et transforme ce qu’elle perçoit en émotions palpables.
Ne soyons pas moins que Bilaam lui-même, qui a su s’émerveiller devant les événements de la vie, devant ce peuple d’Israël, devant nous-mêmes — morai verabotai !
Allez, c’est parti.
Ouvrons les yeux, ouvrez tout grand vos mirettes dirait Super Mamie !




