La Cachroute: À la recherche de l’intrus caché — Les lois des insectes dans la Torah

Introduction :

Dès que l’on nous parle de l’interdit de consommer des insectes, nous fuyons. Encore ces histoires de petites bêtes qui rôdent dans nos fraises, dans nos cerises. Laissez-nous manger tranquillement nos fraisiers likhvod Chabbat . Laissez-nous commander nos salades au restaurant entre amis. Qu’est-ce qu’ils sont raba joie, ces religieux. Pour des petites bêtes que l’on voit qu’au microscope, quels illuminés !

Et si nous faisions un petit tour ensemble sur ce sujet si épineux ?!

 

1) L’interdit Thoraïque

Dans la Torah, il est écrit : « Tout reptile qui traîne sur le sol est répugnant pour vous, vous ne le mangerez pas. Tout celui qui rampe sur le sol, ou insecte qui marche sur quatre pattes ou qui a de nombreuses pattes, qui fait partie des rampants, est répugnant pour vous ». (Vayikra 11.41)

Parmi ces versets, un détail primordial mérite d’être relevé. Un insecte rampant n’est interdit que si ce dernier a véritablement rampé à même le sol. S’il est né dans un fruit et ne l’a pas quitté depuis sa création, il est autorisé à la consommation.

C’est tout ?

Dans ce cas, est-il possible de consommer tous les aliments qui n’ont pas d’orifice ?

En fait, c’est un peu plus complexe. Lorsque l’on parle d’insectes rampants sur la terre, il nous faut définir quelle est la définition de « la terre ». Puis la définition de « ramper ».

Écoutez ce scoop, un fruit attaché à un arbre est considéré rattaché au sol !

Sans blague, bien évidemment, me direz-vous.

Eh bien, maintenant que vous aussi vous me le dites, nous voilà bien embêtés. Car si un insecte est né dans le fruit alors que ce dernier est encore sur son arbre et qu’il a rampé dans le fruit, cela est considéré comme s’il avait rampé à même le sol, nous rendant le fruit impropre à la consommation (Choulhan Arouh y’’d siman 84 Halakha 4 et 6).

Ayayay, ces petits rampants alors, ils nous donnent du fil à retordre.

Alors quel fruit faut-il vérifier ?

Tout d’abord, nous devons définir quel fruit comporte en lui des insectes lorsqu’il est attaché à la terre. À contrario, lequel reste propre et se voit donner naissance à des insectes après avoir été cueilli.

Pour les personnes mangeant des produits bio sans insecticide, behatslaha pour ce régime…

Bon, trêve de plaisanteries. Continuons dans notre recherche.

Petit détour vers nos abattoirs!

Nous savons qu’il existe 18 maladies qui invalident la chehita (abattage rituel) de nos menus ou gros bétail, poulet…

Parmi ces maladies, une perforation de la boîte crânienne de l’animal, une anomalie au cœur, un os cassé, un organe manquant etc. Et bien entendu, celui que vous connaissez tous, qui va définir si une viande est halak Bet Yossef, simplement cachère, voire pas cachère : la non-perforation de ses poumons, et leur bonne qualité ; bauvin non-fumeur qui a ses poumons en bonne santé, lisses sans aucune liaison ou accroche avec ses côtes.

Avez-vous déjà entendu de ces fameux scanners d’animaux où nos vaches passent avant d’être remises dans les mains du chohet ? Phénoménal !

 

Détrompez-vous, rien de tout cela, ils ne vérifient ‘que’ ses poumons!

Comment ça ? Peut-être que la bête a une perforation cérébrale ? Pourquoi ne pas lui faire un diagnostic complet avant de l’abattre ou après son abattage. Pourquoi ne vérifient-ils que ses poumons ?

En fait, tout animal est considéré comme étant en bonne santé tant que le contraire n’est pas prouvé. On appelle cela une hazaka,(loi de présomption).

Cependant, étant donné que nous avons été amenés à constater sans difficulté une problématique au niveau de ses poumons sur certaines bêtes de façon récurrente, il repose alors sur nous la vérification de cette éventuelle anomalie chez nos animaux (les bauvins).

Comme pour les poumons de nos animaux, ainsi pour les insectes que nous trouvons dans certaines espèces de fruits ou légumes, voire même boissons ou poissons.

Du moment où un fruit est connu pour accueillir les bras ouverts certains rampants, nous avons le devoir de vérifier si dans le fruit que nous voulons consommer il y en a ou pas.

 

2) Quel aliment vérifier ? Quelle est la quantité d’insectes à ne pas dépasser pour rendre nécessaire une vérification ?

Sur cela, une discussion rabbinique fait lieu jusqu’à nos jours.

D’après le Rav Vaya, le Rav Eliachiv, Rav Wozner (t.4 siman 81 ; t.5, siman 85,2) se basant sur les dires du Michkenot Yaacov, un dixième de fruit infesté est déjà considéré conséquent pour devoir vérifier ce fruit-là.

D’après Rav Itshak Yossef et Rav Ovadia Yossef d’après les dires du Rivach (responsa 191), du Rama, du Sefat Émet (t.4 y’’d 84,8), n’est considérée une espèce infestée que si la probabilité de trouver à l’intérieur des insectes se rapproche de 50%. Cependant, étant donné que la consommation d’insectes est interdite d’après la Torah, au-delà de 33%, nous commencerons déjà à vérifier cette sorte de fruit.

Je vous laisse faire vos calculs et définir quel fruit nécessite une vérification et lequel peut être consommé les yeux fermés. Vous serez bien surpris de voir qu’en réalité, en France, lorsque l’on achète des fruits et légumes de qualité, on ne trouve presque jamais d’intrus !

Ainsi, l’obligation et la façon de vérifier les fruits et légumes changeront selon le pays dans lequel nous nous trouverons.

 

3) Comment vérifier nos aliments?

-Pas de microscope !

Eh oui, car le monde est rempli de bactéries, de minuscules vers, que ce soit dans l’eau, dans l’air…

Cependant, il nous faut connaître les différentes sortes d’insectes existant et leurs cachettes afin de pouvoir « vérifier » leur éventuelle présence.

Pour cela, voici quelques photos.

Différents types de vers peuvent infester les framboises, en particulier dans les pays chauds. Sur la photo du haut, les fruits sont infestés, tandis que ceux du bas sont totalement propres.

 

 

Différents vers dans la farine
Différents types de vers dans la farine
Différents vers dans des fraises

Comme vous l’avez compris, selon la façon dont les fruits et légumes sont stockés ou emballés, mais aussi en fonction des régions où l’on se trouve et de la chaleur du climat, ils peuvent être plus ou moins infestés par des vers ou des insectes. Il est donc important de bien les vérifier avant de les consommer.

De plus, si un insecte est trop petit pour être vu à l’œil nu, il n’est pas nécessaire de le chercher à la loupe, et le fruit peut être consommé.

 

4) Manger un aliment qui contient de la farine d’insectes.

D’après le Choulhan Arouh (ibis,17) tout aliment contenant de la poudre d’insectes peut être consommé pour renforcer notre système immunitaire. Effectivement, la poudre d’insectes est considérée comme de la poussière, et non comme un insecte.

Dans ce cas-là, y a-t-il un problème aujourd’hui de fabriquer des baguettes ou autre avec de la farine d’insectes ? Pourquoi le Choulhan Arouh nous l’autorise-t-il que du point de vue médical et pas halakhique tout simplement ? En fait, l’insecte étant considéré comme un aliment interdit à la consommation, nous n’avons pas le droit de procéder volontairement à son annulation en le rendant poussière ou en le broyant et le mélangeant avec 60 fois plus d’aliment permis. אין מבטלין איסור לכתחילה.

Pour des raisons médicales cela sera permis, autrement cela est interdit.

Si un producteur non juif ayant ses produits sur une des listes des produits casher réalise cette annulation et ajoute de la farine d’insectes dans ses produits, pourront-ils rester sur leur liste?

Suspense… Je ne suis pas responsable de quelconques listes, mais celui qui l’autoriserait est dans son droit, car il ne fait que profiter à posteriori d’une annulation d’un interdit par un non-juif. Détails importants : Il ne faudra pas que cette farine apporte une amélioration au goût du produit et reste bien neutre.

 

5) Confiture, épinards surgelés, fruits à mixer

Comme expliqué juste en haut, nous n’avons pas le droit de prendre des aliments infestés de vers ou autre et les broyer afin d’annuler l’interdit de consommer ces derniers. C’est la raison pour laquelle, avant qu’un juif prenne l’initiative de faire une confiture, un milkshake, une soupe… avec des aliments susceptibles de contenir des insectes à plus de 33%, il devra tout d’abord bien les nettoyer, les vérifier avant de procéder à leur broyage. Les épinards surgelés en rayon casher ou ceux faisant partie des listes de produits casher peuvent être broyés ou cuisinés. Effectivement, ces derniers passent un bon lavage avant d’être congelés, les rendant par là exemptés de vérification.

Conclusion :

J’imagine que vous et moi ne voudrions manger des petits insectes, jeter un petit œil sur les aliments qui le nécessitent ne nous fera pas de mal. Au contraire, cela nous permettra de prendre conscience de la grandeur de D. qui donne à chacun sa nourriture. Agrémenter notre expérience culinaire d’un petit peu de sainteté.

Ps: Petite précision pour les dames :

Il n’existe pas de “nettoyage des fraises au Paic Citron” sans vérification préalable. Avant toute chose, il faut examiner les fraises pour s’assurer qu’elles ne sont pas infestées de petites bêtes.

Attention à ne pas confondre la vérification (pour savoir si le fruit est infesté) et le nettoyage (qui ne sert qu’à ôter les saletés ou les résidus).

Ainsi, si après vérification les fraises sont propres, vous pouvez bien sûr les laver pour plus de sécurité. En revanche, si elles n’ont pas été vérifiées, les nettoyer ne suffit pas : elles peuvent encore contenir des vers.

À bon entendeur, salut 😁

Édito

Hello les amis, Dites-moi… vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi j’ai intitulé mon site Dvar Matok ?

Eh bien figurez-vous qu’à l’époque, quand j’étais encore jeune 😂, mon oncle Y. me disait souvent lors de nos rencontres, en hébreu :

“Yech lekha eze Dvar Matok al haParacha?” — Tu as un petit Dvar Torah doux sur la Paracha ?

Alors voilà… il est là. Doux, agréable… et parfois même aigre-doux, dirais-je.

Oui, j’aime bien vous piquer un peu, vous surprendre, vous faire réfléchir autrement.

Allez, c’est reparti de plus belle.

À très vite, et n’hésitez pas à me laisser un feedback dans les commentaires ou par mail.

R. Yehouda

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