Fiche récapitulative pour les neuf jours du mois de Av
I. L’entrée dans la période de deuil : La viande et le vin (Les « Neuf Jours »)
1. Le principe de restriction
• L’interdiction : On cesse de consommer de la viande (rouge ainsi que la volaille) et du vin à partir de Roch Hodech Av.
• Les autres alcools : Les autres boissons alcoolisées, comme la bière ou le whisky, ne sont pas incluses dans cette interdiction. Il est tout à fait permis d’en consommer durant cette période.
2. L’exception du Shabbat
• Durant Shabbat, il n’y a pas de deuil public. Il est donc totalement permis de manger de la viande et de boire du vin pour honorer ce jour saint.
3. La Havdala du samedi soir
• D’après les Séfarades : On peut réciter la Havdala directement sur du vin (ou du jus de raisin). Celui qui récite la Havdala peut boire le verre.
• Pour les Ashkénazes : Il est préférable de faire la Havdala sur une autre boisson locale importante (Hamar Medina), comme de la bière.
II. Les lois de la lessive et des vêtements propres
1. Porter des vêtements frais et faire des lessives
• L’interdiction : Il est interdit de faire des lessives et de porter des habits propres et frais (qui ont été lavés mais jamais portés depuis) à partir du samedi soir qui suit la sortie du Shabbat, et ce jusqu’à la fin de Ticha Beav.
• Les sous-vêtements et chaussettes : Ils ne rentrent pas dans cette rigueur. Pour des raisons d’hygiène évidente, nous avons tout à fait le droit de mettre des sous-vêtements propres pendant la semaine de Ticha Beav.
2. Comment préparer ses habits de la semaine (« Défraîchir »)
• Le devoir d’anticipation : Il est de notre devoir de préparer avant même Shabbat nos vêtements pour la semaine suivante (pantalons, chemises, t-shirts, etc.). Pour cela, il suffit de porter chaque habit pendant une petite demi-heure (en faisant une activité, en allant à la synagogue ou en prenant un repas) afin qu’il perde son caractère frais et neuf.
• En cas d’oubli avant Shabbat : Si on n’a pas eu le temps de le faire, on pourra le faire pendant Shabbat en portant les habits de manière considérable (par exemple, changer de chemise pour les différents repas ou offices). Attention : on ne doit pas dire explicitement qu’on le fait pour préparer la semaine, afin de respecter les règles de Shabbat.
3. Les dérogations pour les enfants et le linge de maison
• La règle de nécessité : Bien qu’il soit interdit de faire des lessives, si l’on manque de linge propre pour les jeunes enfants (qui se salissent constamment) ou de serviettes indispensables, il est permis de lancer une machine.
• La restriction stricte : On ne doit laver que le strict nécessaire pour eux. Il est interdit d’en profiter pour glisser des vêtements d’adultes dans le tambour.
4. Les règles concernant la douche et l’hygiène
• L’interdiction de l’eau chaude : À partir du samedi soir (sortie du Shabbat) et ce jusqu’à la sortie du jeûne de Ticha Beav, il est interdit de se laver le corps à l’eau chaude pour le plaisir ou le confort.
• L’autorisation de la douche froide : Une personne en bonne santé qui souffre de la chaleur, de la transpiration ou qui ressent le besoin de se laver a tout à fait le droit de prendre une douche, uniquement à l’eau froide.
• Utilisation des produits d’hygiène : Lors de cette douche à l’eau froide, il est tout à fait permis d’utiliser du savon et du shampoing pour se laver correctement.
• Cas d’une personne souffrante : Une personne malade ou particulièrement faible (pour qui l’eau froide serait néfaste ou insupportable) est autorisée à se laver à l’eau chaude, car sa démarche relève du soin et de la nécessité médicale, et non du plaisir.
III. Les dispenses de jeûne : Maternité, Grossesse et Santé
1. La femme enceinte
• Le cas général : Une femme dont la grossesse se déroule tout à fait normalement est tenue de jeûner.
• Les grossesses à risque : Toute femme enceinte pour laquelle le jeûne pourrait présenter le moindre risque pour elle-même ou pour le bébé est totalement exemptée de jeûner.
• Les processus médicaux : Cela englobe toutes les femmes enceintes par le biais d’un protocole médical lourd ou d’une fécondation in vitro. Ces grossesses étant précieuses et très surveillées, elles sont d’emblée dispensées du jeûne pour préserver le développement du bébé.
• Carences et fatigue : Même en dehors d’une grossesse à risque, si une femme enceinte présente des carences, se sent très faible ou fébrile, elle rentre dans la catégorie de Holé (malade) et est dispensée. Si elle se sent bien, elle commence son jeûne, mais l’interrompt immédiatement dès qu’elle ressent une difficulté ou une faiblesse.
2. La femme après l’accouchement (Yoledet)
• Jusqu’à 30 jours après l’accouchement : Elle est totalement dispensée du jeûne, peu importe son état de forme.
• Au-delà d’un mois : Elle doit en principe jeûner. Cependant, si elle allaite, qu’elle a des carences ou se sent faible, elle est considérée comme malade et dispensée. Si elle jeûne et qu’elle ressent une baisse de régime, elle doit s’arrêter de jeûner.
3. Les personnes âgées et les malades
• Les personnes âgées : Tout dépend de leur état de santé. Si le jeûne peut mettre leur vie ou leur santé en danger, elles sont exemptées. Si elles sont en forme, elles commencent à jeûner et s’arrêtent dès qu’une faiblesse se fait sentir.
• Les personnes malades : Toute personne souffrant d’une vraie pathologie (angine, forte migraine, grippe, fièvre, etc.) est dispensée. Le jeûne n’a pas été demandé aux malades.
IV. L’alimentation des enfants
• Avant l’âge de Khinouk (moins de 9 ans) : On peut leur donner normalement de la viande et du poulet s’ils en ont besoin.
• À partir de l’âge de Khinouh’ (9 ans et plus) : Il convient de les éduquer en évitant de leur donner de la viande ou du poulet durant ces jours-ci, afin de les habituer à ressentir la mémoire et le deuil du Temple.
V. Le déroulement pratique : Du dernier repas à l’entrée du jeûne
Le jeûne de Ticha Beav est un jeûne complet de 25 heures. Il commence au coucher du soleil et s’achève le lendemain à la tombée de la nuit.
1. La Séouda Maffséket (Le repas de séparation)
C’est le dernier repas pris avant le début du jeûne, et il exprime visuellement notre deuil :
Après avoir mangé un repas normal en fin d’après-midi, juste avant le jeûne, nous prendrons un repas spécial, pour le jeûne, qui se composera comme suit :
• Le menu : La coutume est de faire ce repas simplement sur un morceau de pain et un œuf dur (symbole de la rondeur de la vie et du deuil), certains le trempe dans de la cendre.
• L’installation : On s’assoit seul, par terre ou sur un support bas (moins de 30 cm), dans un coin.
• Pas de repas de groupe : On ne s’assoit pas ensemble pour éviter de devoir réciter le Zimoun lors du Birkat Hamazone. Chacun doit faire son repas dans son coin.
2. La transition vers le jeûne
• Hydratation et hygiène : Une fois le repas fini et le Birkat Hamazone récité, il est très recommandé de bien se laver la bouche, de se brosser les dents et de boire afin de bien hydrater son corps pour les 25 heures à venir.
• Les chaussures en cuir : Dès le coucher du soleil (début officiel du jeûne), il est interdit de porter du cuir aux pieds. On retire ses chaussures en cuir pour mettre des baskets, des sandales en plastique ou des chaussures en tissu.
• Achat de chaussures de rechange : Si une personne n’a pas de chaussures adaptées (sans cuir), elle est tout à fait autorisée à aller en acheter spécifiquement pour Ticha Beav, cette interdiction de nouveauté ne s’appliquant pas ici.
VI. Le jour de Ticha Beav : L’esprit du deuil et ses étapes
1. Première partie de la journée (Jusqu’à Hatsot – la mi-journée)
• Garder l’esprit concentré : On évite de dissiper son esprit dans des futilités. Tout doit nous rappeler la destruction du Temple.
• L’étude de la Torah : L’étude réjouissant le cœur, elle est interdite sous sa forme habituelle. On n’étudie que les textes douloureux liés au deuil :
- La Méguila de Ékha (les Lamentations) avec ses commentaires.
- Le Midrach sur la destruction du Temple.
- Les passages du Talmud sur la destruction (traité Guitin).
- L’écoute de cours de Torah uniquement sur ces thèmes.
• La posture : On reste assis par terre ou sur des sièges très bas.
• La sieste du matin : Si l’on ressent le besoin de dormir ou de faire une sieste avant Hatsot, on peut tout à fait s’allonger normalement dans son lit.
2. Seconde partie de la journée (Après Hatsot – la mi-journée)
• La consolation (Néhama) : Après la mi-journée (Hatsot), la rigueur du deuil s’atténue. On entre dans la phase de consolation.
• Le retour aux sièges : On n’est plus obligé de s’asseoir par terre. On peut à nouveau s’installer normalement sur des chaises, canapés ou fauteuils.
VII. Le prolongement du deuil le 10 Av
Pourquoi le deuil continue-t-il après le jeûne ?
Bien que le jeûne se termine le 9 Av au soir, l’histoire nous apprend que si le feu a été mis au Temple le 9 Av en fin d’après-midi, le Temple a continué de brûler durant toute la journée du 10 Av. C’est pour cette raison historique que les Sages ont instauré des règles de deuil qui se prolongent le 10 Av.
Les règles de transition à la sortie du jeûne
• Se doucher, se raser, faire des lessives :
Pour les Séfarades : C’est permis dès la sortie du jeûne (le 9 Av au soir).
Pour les Ashkénazes : Il faut attendre le lendemain midi (le 10 Av à la mi-journée).
• La musique : Pour tout le monde (Séfarades et Ashkénazes), on attend impérativement le lendemain (le 10 Av complet) pour pouvoir écouter de la musique à nouveau.
• La viande et le vin :
Pour les Séfarades : En souvenir du Temple qui brûlait, l’interdiction de manger de la viande et de boire du vin se prolonge durant toute la journée du 10 Av (jusqu’au coucher du soleil du lendemain).
Pour les Ashkénazes : L’interdiction de consommer de la viande et du vin se prolonge jusqu’au lendemain midi (le 10 Av à la mi-journée).
Voici l’intégration de ces deux derniers points dans la section des interdits, rédigée avec la même clarté et le même sens de la pédagogie pour votre cours :
VIII. Les cinq interdits de Ticha Beav
Durant les 25 heures du jeûne, la Halakha nous impose de nous abstenir de cinq actions afin d’affliger notre corps et de nous concentrer sur le deuil :
1. L’interdiction de manger et de boire.
2. L’interdiction de se laver (même une partie du corps, que ce soit à l’eau chaude ou à l’eau froide). On fera nétilat yadaïm jusqu’aux phalanges de la main.
3. L’interdiction de s’appliquer des huiles, des crèmes ou des parfums.
-Application pratique : Le déodorant est également interdit en ce jour, car il entre dans la catégorie des parfums et des produits de confort corporel.
4. L’interdiction de porter des chaussures en cuir.
5. L’interdiction des relations conjugales. Durant la nuit et la journée de Ticha Beav, le couple dormira dans des lits séparés et tout contact physique est interdit, comme durant la période de Nida.
Précisions essentielles sur l’hygiène et le brossage des dents
1. La propreté après les toilettes
Bien qu’il soit rigoureusement interdit de se laver pour le plaisir, la propreté et l’élimination de la saleté restent prioritaires :
• Une personne qui s’est essuyée après être allée aux toilettes, et dont les mains se sont salies ou si une mauvaise odeur s’en dégage, a tout à fait le droit (et le devoir) de se laver les mains avec du savon pour retrouver une propreté parfaite.
• Ce lavage n’est pas fait pour le plaisir, mais pour retirer une saleté (Lehaavir Haichoulach), ce qui est pleinement autorisé.
2. Le brossage des dents pour les personnes qui souffrent
• La règle de base : En principe, il est interdit de se brosser les dents ou de se rincer la bouche durant le jeûne de Ticha Beav pour éviter tout risque d’ingurgiter de l’eau.
• L’exception en cas de souffrance : Cependant, une personne qui souffre réellement de sa situation ou qui éprouve une grande honte vis-à-vis de son entourage à cause d’une mauvaise haleine est autorisée à se rincer la bouche ou à se brosser les dents.
• Les précautions de rigueur : Elle devra être extrêmement vigilante à deux choses :
– Ne pas remplir sa bouche d’eau (utiliser uniquement la quantité minimale nécessaire).
– Pencher la tête bien vers le bas lors du rinçage et faire une attention absolue à ne pas avaler la moindre goutte d’eau.




