Fiche pratique : L’esprit et les Lois de Roch Hachana

Roch Hachana, ce n’est pas simplement un changement de calendrier. C’est un moment fondateur où se croisent la création de l’humanité, le jugement universel et la joie de l’intronisation divine. Voici les clés pour entrer pleinement dans la fête, avec son esprit et ses règles pratiques.

I. L’Esprit de la Fête

1. La création de l’homme :

Comme nous le savons, Hachem a créé le monde : le ciel, la terre, le végétal, l’animal… Mais tant que l’homme n’est pas là, le monde est encore « en construction ». Il commence à prendre forme, mais on ne peut pas encore parler de création aboutie.

Ce n’est qu’au 6ᵉ jour, le 1er Tichri, lorsque l’homme (Adam) est créé, que le monde prend tout son sens. Roch Hachana n’est donc pas l’anniversaire du ciel et de la terre, c’est l’anniversaire de la création de l’homme.

2. Le premier jugement et la clémence divine

À peine créé le premier jour, l’homme faillit. Il aurait dû être puni et mourir sur-le-champ. Mais Hachem le juge avec clémence et patience : Il lui accorde 1 000 ans de vie pour réparer ses actes.

Puisque c’est en ce jour précis qu’Adam fut créé et jugé, ce même processus se répète chaque année pour toute l’humanité.

3. L’intronisation du Roi et le jugement universel

Roch Hachana est aussi le jour où nous couronnons Hachem comme Roi de l’univers.

• Il n’y a pas de Roi sans peuple : Le peuple juif proclame Sa royauté, mais toute la création est concernée. C’est pourquoi les nations du monde sont aussi jugées ce jour-là.

• Le jugement des disparus : Même ceux qui ont quitté ce monde sont à nouveau jugés. Pourquoi ? Pour voir si leur progéniture accomplit encore des mitsvotes grâce à eux, si leurs idées continuent d’apporter une énergie positive ou, à l’inverse, si elles sèment le chaos. C’est la raison pour laquelle il est bien d’allumer une bougie en l’honneur de nos proches décédés juste avant Yom Tov, ou même d’aller pèleriner si possible sur leur tombe pendant la journée qui précède Roch Hachana.

Roch Hachana porte ainsi une double dimension : la gravité du jugement individuel d’un côté, et la joie éclatante d’un Nouvel An où l’on intronise notre Roi et où une nouvelle chance nous est offerte.

II. Le Séder des Simanim (Les Signes de la Bonne Année)

La coutume est de faire le soir de Roch Hachana (et parfois le matin selon les communautés) le Séder des Simanim : consommer des mets symbolisant nos vœux pour l’année à venir (courge, épinards, poisson, grenade, pomme, etc.).

Avant ou après le Motsi ? Tout dépend des minhagim, mais attention aux lois des bénédictions :

1. L’ordre et les bénédictions (Brakhot)

• Priorité à la datte : Après le kiddouch, on commence généralement le Séder par la datte (fruit d’Eretz Israël). On récite la Brakha Boré Péri Ha’ets, on en mange un morceau pour valider la bénédiction, puis on récite le Yehi Ratson avant de continuer à la manger.

• Mets salés et pain : Si les Simanim sont des plats salés ou cuisinés pouvant accompagner le pain , on ne fera pas de Brakha particulière (Ha’adama/Haets) si le Séder a lieu après le Netilat Yadayim et le Motsi, car le pain s’étend à ces aliments. En revanche, pour une compote ou des fruits sucrés, on récite la Brakha du fruit.

• Si le Séder est fait avant le Motsi : Mis à part la Berakha Richona avant de manger, on ne récite pas de bénédiction finale (Brakha Aharona) sur les fruits ou légumes du Séder, car le Birkat Hamazon à la fin du repas couvrira tout.

2. L’intention avant la formule

L’essentiel du Séder est le cœur qu’on y met : demander à Hachem d’être à la tête et non à la queue, d’avoir une année douce, de multiplier nos mitsvotes et d’écarter nos ennemis.

Si vous ne connaissez pas le Yehi Ratson en hébreu, dites-le en français ! Par exemple pour la grenade : « De même que la grenade est remplie de pépins, que nous puissions être remplis de mitsvotes. »

Un principe fondamental : Le Séder est une coutume (Minhag). Il ne doit en aucun cas être une source de tension, de dispute ou de stress familial s’il manque un aliment ou s’il n’est pas cuisiné comme d’habitude. La paix du foyer passe avant tout !

III. Les Lois du Chofar

1. Qui est concerné ?

Le Chofar est une mitsva dépendante du temps (exécutée uniquement le jour de Roch Hachana, durant la journée).

• Les femmes en sont dispensées, mais elles ont tout à fait le droit de venir l’écouter.

• Règle pour la bénédiction : La personne qui sonne le Chofar spécialement pour un groupe de femmes ne récite pas la Brakha, car les femmes ne sont pas obligées par cette mitsva. Néanmoins, si un homme qui n’a pas encore acquitté sa mitsva est présent parmi elles, il pourra réciter la Brakha (ou le sonneur la récite pour lui).

2. Nombre de sonneries

• À la synagogue, la prière compte un total de 101 sonneries.

• Pour une personne qui n’a pas pu assister à la prière (ou lors d’une sonnerie à domicile), il suffit d’écouter 30 sonneries (ou au minimum 9 sonneries selon les combinaisons Tachrat, Tachat, Tarat).

3. La tenue et la bienséance pendant le Chofar

• Debout ou assis ? La coutume pour les premières sonneries du matin est de se lever pour la Brakha et de s’asseoir pour écouter. Pour la bonne organisation et le respect de la prière, tout le monde doit faire la même chose : si les gens se lèvent ou s’assoient de manière désordonnée, cela dérange les voisins.

• Seuls le sonneur (Tokea) et son assistant (qui lui montre la feuille et le guide) restent debout.

• Le silence : Depuis les premières sonneries du matin jusqu’à la fin de la répétition de la Amida (et du dernier Kaddich complétant les 101 sons), il est interdit de parler de choses étrangères à la prière ou au Chofar. Si l’on doit aller aux toilettes, on peut réciter la bénédiction de Asher Yatsar.

4. Le Chofar le jour du Chabbat et la vision du Rav Lévi Yitshak de Berditchev

Si le premier jour de Roch Hachana tombe un Chabbat, on ne sonne pas du Chofar.

À ce propos, le Rav Lévi Yitshak de Berditchev enseignait une idée sublime :

Le jour du Chabbat, Hachem Lui-même « fait Chabbat ». Or, pendant le Chabbat, il est interdit d’écrire. Mais nous savons que trois livres sont ouverts devant le Roi à Roch Hachana : celui des Tsadikim (inscrits immédiatement pour la vie), celui des Racha’im (inscrits immédiatement pour la mort) et celui des Bénonim (les moyens, dont le sort reste suspendu jusqu’à Kippour).

Si Roch Hachana tombe un Chabbat, comment Hachem peut-Il écrire ? La seule écriture autorisée le Chabbat, c’est ce qui relève du Pikouah’ Nefech (la sauvegarde d’une vie humaine) ! Hachem ne peut donc écrire que dans un seul livre : celui des Tsadikim, pour accorder la vie. Le Chabbat devient alors notre plus grand avocat pour que nous soyons tous inscrits dans le livre de la vie.

IV. Le Tashlikh : Jeter nos fautes dans la profondeur des eaux

Le premier jour de Roch Hachana (après-midi), nous avons la coutume de nous rassembler près d’un cours d’eau, d’une mer, d’un fleuve, d’un puits ou, à défaut, devant un seau d’eau à la synagogue ou à la maison. L’objectif symbolique est de venir « jeter » nos fautes dans les profondeurs de l’eau.

1. Le texte et la prière du Tashlikh

Avant d’arriver au texte principal, certaines personnes lisent un passage du Zohar, assez long. Sachez qu’il n’est absolument pas obligatoire pour ceux qui ne maîtrisent pas la lecture de l’araméen.

L’essentiel réside dans la récitation à trois reprises des 13 Attributs de Miséricorde issus du prophète Michée (Mi El Kamokha) :

« Mi El kamokha nossé ‘avon vé’over ‘al pécha liche’erit nakhalato, lo hékhézik la’ad apo ki khafetz khessed hou. Yachouv yerakhamenou yikhboch ‘avonotenou, vetachlikh bimtsoulot yam kol khattotam. Titénne émet lé’Ya’akov khessed lé’Avraham, achér nichba’ta la’avoténou mimei kédem. »

Traduction :

« Quel Dieu est comme Toi, effaçant l’iniquité et pardonnant le dépassement au reste de Son héritage ? Il ne garde pas Sa colère à jamais, car Il désire la bonté. Il reviendra, Il aura pitié de nous, Il écrasera nos iniquités, et Tu jetteras au fond de la mer tous leurs péchés (Vetechlikh Bimtsoulot Yam Kol Khattotam). Tu accorderas la vérité à Jacob, la bonté à Abraham, comme Tu l’as juré à nos pères depuis les jours d’autrefois. »

En disant le passage « Vetechlikh Bimtsoulot Yam Kol Khattotam » (« Et Tu jetteras au fond de la mer tous leurs péchés »), la coutume est de secouer le bord de ses vêtements ou ses poches. Ce geste concrétise notre volonté de nous débarrasser de nos fautes (Averot) et de faire peau neuve.

2. Pourquoi la mer ? La force de purification de l’eau

Pourquoi va-t-on spécifiquement au bord de l’eau ? La mer possède une propriété extraordinaire : elle dissout et transforme tout en eau. Si l’on y jette un corps ou une matière, au fil du temps, l’eau s’attaque à cet élément et le réintègre complètement à son état initial. Elle le purifie jusqu’à le rendre totalement inexistant et introuvable.

De la même manière, nous demandons à Hachem que nos Averot ne soient plus inscrites nulle part, qu’elles soient dissoutes et irrécupérables.

Une image moderne : Aujourd’hui, les géants de la technologie stockent et plongent leurs serveurs informatiques sous l’eau pour les refroidir et conserver nos données intactes. Hachem, Lui, utilise l’eau de manière inverse : non pas pour conserver nos données et nos erreurs, mais pour les effacer définitivement !

3. Les détails pratiques du Tashlikh

• En Israël vs En Diaspora : En Israël (où l’on dispose souvent d’un Érouv permettant de porter le Chabbat), le Tashlikh est accompli le premier jour, même si cela tombe un Chabbat. En Diaspora, pour éviter que les gens ne viennent à porter leur livre de prière ou leurs affaires dans le domaine public un jour de Chabbat, les synagogues décalent généralement le Tashlikh au deuxième jour de Roch Hachana.

• Qui participe ? Absolument tout le monde ! Les hommes comme les femmes accomplissent ce magnifique Minhag.

La belle anecdote  : Un grand Tsaddik accompagnait un jour son Maître au bord de l’eau pour le Tashlikh. Pendant que le Maître secouait ses poches pour en évacuer symboliquement ses fautes, l’élève se tenait juste derrière lui et attrapait à pleines mains ce que son Maître secouait pour le mettre dans ses propres poches ! Riant de la scène, on lui demanda : « Mais enfin, que fais-tu ? Pourquoi récupères-tu les fautes de ton Maître ? »

L’élève répondit avec une grande finesse : « Les petites fautes de mon Maître sont tellement subtiles et pleines de pureté qu’elles dépassent de loin le niveau de mes propres Mitsvotes ! »

C’est un enseignement magnifique sur la sainteté : cela nous montre à quel point nous devons aspirer à élever notre niveau de vie, à rendre nos actions pures et parfaites.

V. Que fait-on pendant la journée de Roch Hachana ?

1. L’étude : Récitation des Téhilim ou Torah ?

Beaucoup de grands Tsadikim avaient pour coutume de consacrer leurs moments libres de Roch Hachana à la lecture intensive des Téhilim plutôt qu’à l’étude classique de la Torah.

• Pourquoi ? La récitation des Téhilim cumule un double mérite : elle est comptée comme une étude de la Torah tout en étant une prière vibrante adressée à Hachem pour obtenir une année douce.

• Et l’étude de la Torah ? Cela reste évidemment une mitsva majeure ! Une personne qui ressent le besoin ou l’envie d’étudier la Gemara ou la Halakha doit le faire avec enthousiasme et joie.

2. Peut-on dormir à Roch Hachana ?

Le Arizal enseignait qu’il est préférable de ne pas dormir le matin de Roch Hachana. En revanche, il est tout à fait permis de faire une sieste après Hatsot (la mi-journée halakhique).

• Une règle de bon sens : Si le fait de rester éveillé risque de vous amener à vous ennuyer, à vous énerver ou à tomber dans le Lachon Hara (médisance) ou les disputes en famille, il vaut bien mieux aller dormir ! Le repos dans la sérénité vaut mille fois mieux que des paroles inutiles un jour de jugement.

VI. Lois pratiques de Yom Tov : Ce qui est permis et interdit

Roch Hachana étant un jour de Yom Tov, certaines mélakhot (travaux) sont permises pour les besoins de la fête (contrairement au Chabbat) :

• Ce qui est permis : On peut porter dans la rue (même en l’absence d’Érouv) et cuisiner/chauffer des aliments à partir d’une flamme déjà existante (allumée avant la fête).

1. L’interdiction de préparer d’un jour à l’autre (Hakhana)

Il est strictement interdit de préparer quoi que ce soit du 1er jour de Yom Tov pour le 2ᵉ jour tant que la nuit n’est pas tombée.

• Mise en table et cuisine : On ne dresse la table du deuxième soir et on ne pose les plats sur la plaque chauffante pour le repas du soir qu’après la tombée de la nuit (sortie des étoiles) du 1er jour.

2. L’allumage des bougies

• Les bénédictions : On récite Lehadlik Ner Chel Yom Tov (ou Lehadlik Ner Chel Chabbat Vechel Yom Tov si cela tombe un vendredi soir).

• Quand allumer pour le 2ᵉ jour ? On allume les veilleuses/bougies du 2ᵉ jour à partir d’une flamme existante, et ce à partir de la Shkia (couché du soleil), ou encore mieux, à la sortie des étoiles du 1er jour.

•Attention au Chabbat ! Lorsque Roch Hachana tombe un Chabbat, il faudra impérativement attendre la fin du Chabbat pour allumer les bougies ou préparer quoi que ce soit pour le deuxième jour.

Soyez très vigilants sur les horaires !

3. La bénédiction de Chéhékhiyanou pour les femmes

Selon la coutume séfarade, la femme n’a pas besoin de réciter la bénédiction de Chéhékhiyanou lors de l’allumage des bougies : elle s’en acquitte directement lors du Kiddouche récité par son mari à table.

4. La seouda chelichit 

Lorsque le premier jour de Roch Hachana tombe Chabbat, il faudra idéalement faire la seouda chelichit avant la dixième heure relative de la journée – soit 16:45 pour Paris (Roch Hachana 2026) afin de manger par la suite (arrivé le soir) le repas de Yom Tov avec appétit.

VII. Le comportement à adopter pendant la fête

Le Arizal enseignait qu’il faut faire extrêmement attention à ne pas s’énerver pendant Roch Hachana.

La manière dont nous nous comportons avec nos proches et nos amis en ce jour d’intronisation est la manière dont Hachem se comportera avec nous lors du jugement :

• Si nous faisons preuve de rigueur et de colère, nous appelons la rigueur sur nous.

• Si nous faisons preuve de patience, de douceur et de clémence, Hachem fera preuve de clémence envers nous.

Channa tova oumevorehet 🍯

Pour télécharger le PDF 👇🏻

Fiche Roch Hachana 5787

 

Édito

Hello les amis, Dites-moi… vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi j’ai intitulé mon site Dvar Matok ?

Eh bien figurez-vous qu’à l’époque, quand j’étais encore jeune 😂, mon oncle Y. me disait souvent lors de nos rencontres, en hébreu :

“Yech lekha eze Dvar Matok al haParacha?” — Tu as un petit Dvar Torah doux sur la Paracha ?

Alors voilà… il est là. Doux, agréable… et parfois même aigre-doux, dirais-je.

Oui, j’aime bien vous piquer un peu, vous surprendre, vous faire réfléchir autrement.

Allez, c’est reparti de plus belle.

À très vite, et n’hésitez pas à me laisser un feedback dans les commentaires ou par mail.

R. Yehouda

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