Est-ce véritablement permis de se doucher à Yom Tov ?

Ah, la fameuse douche à Yom Tov !

Qui parmi nous n’a jamais ressenti le besoin de se laver pendant les jours de fête, surtout en diaspora où les jours de Yom Tov s’enchaînent parfois avec Chabbat ?

Mais la question mérite d’être posée sérieusement :

Est-ce véritablement permis de se doucher à Yom Tov ?

Et est-ce que cela dépend du système de chauffage de l’eau ?

Pour y répondre, faisons un petit détour par les règles des travaux permis et interdits à Yom Tov.

Nous clarifierons cela en six points :

1) L’interdiction d’allumer un feu à Yom Tov

La Torah nous dit :

 « Vous ne ferez aucun travail ce jour-là, sauf ce qui est nécessaire à l’alimentation, cela seulement vous pourrez le faire. » (Shemot 12 :16)

Il est donc permis de faire certains travaux (melakhot) liés à la nourriture pendant Yom Tov.

Mais cela concerne-t-il toutes les formes de travail, ou seulement celles qu’on ne peut pas faire avant Yom Tov ?

Prenons quelques exemples :

Peut-on récolter des légumes à Yom Tov ?

Peut-on aller à la pêche ?

Peut-on allumer un feu pour cuisiner ?

La réponse est claire : seuls les travaux liés à la préparation alimentaire immédiate ou impossibles à anticiper sont permis.

Par exemple, la che’hita est permise car la viande fraîche est meilleure, et la Torah a autorisé cela pour l’honneur du Yom Tov.

Mais des actions comme récolter, pêcher, ou moudre sont des travaux généralement préparés avant consommation : ils sont donc interdits à Yom Tov.

Concernant l’allumage d’un feu :

Le Birké Yossef explique que l’allumage du feu est interdit le jour de Yom Tov car il est possible de le préparer avant Yom Tov. (Michna Beroura 502)

Ainsi, même si l’allumage permettrait ensuite de cuisiner, ce n’est pas une action qu’on ne pouvait pas anticiper.

Le Michna Beroura (siman 502) rapporte à ce sujet une discussion entre décisionnaires :

Le Taz estime qu’allumer un feu est un interdit de la Torah (min ha-Torah) réalisant ainsi une nouvelle création (nolad).

Le Rav Ovadia de Bartenora, quant à lui, considère que c’est un interdit d’ordre rabbinique seulement (mi-derabanan), car cela ressemble à une melakha.

Les Séfaradim, notamment le Rav Ovadia Yossef et le Rav Meir Mazouz (Ich Matzliah), tranchent selon Rabbi Ovadia de Bartenora :

Allumer un feu à Yom Tov est un interdit rabbinique uniquement.

2) Cuisiner à partir d’une flamme existante

Si l’on a préparé une flamme avant Yom Tov, il est permis d’y cuire des aliments pendant Yom Tov.

Cela inclut les cas suivants :

-Si on n’a pas eu le temps de cuisiner avant Yom Tov.

-Si un invité inattendu arrive ou manque de nourriture.

-Si le plat est meilleur lorsqu’il est cuisiné le jour-même.

Ces cas rentrent tous dans la catégorie de ce qui est nécessaire au plaisir du Yom Tov (ochel néfesh), et donc autorisés.

3) Se laver à l’eau chaude à Yom Tov

Le Talmud et la Halakha (orah hayim 511, 2) ont autorisé de chauffer de l’eau pendant Yom Tov pour :

Se laver le visage, Les mains, Et les pieds, Ou encore pour faire la vaisselle.

Ces besoins sont considérés comme équivalents à des besoins alimentaires : ce sont des besoins quotidiens, communs à tous (shavé le-khol nefesh).

Mais se laver tout le corps à l’eau chaude est un cas à part :

Cela a été interdit par les Sages, car à l’époque, se doucher à l’eau chaude n’était pas universel, mais considéré comme un luxe.

Même si aujourd’hui l’eau chaude est accessible à tous, les décisionnaires maintiennent cette interdiction, du moment où l’eau est chauffée le jour de Yom Tov pour une douche complète.

Cependant, si l’eau a été chauffée avant Yom Tov, se doucher à Yom Tov est autorisé, car aucune cuisson nouvelle n’est déclenchée.

4) Le problème du ballon d’eau chaude

Une question persiste :

Même si l’eau a été chauffée la veille, ouvrir le robinet va faire rentrer de l’eau froide dans le ballon…

Ce qui risque d’activer le système électrique pour la chauffer à nouveau.

Cela s’appelle un maassé grama – action indirecte :

Une action permise (ouvrir l’eau), Qui entraîne indirectement une action interdite (chauffe électrique).

Est-ce autorisé ?

Le Choul’han Aroukh (Siman 334) rapporte une halakha :

 Si un feu menace une maison, on peut poser des récipients remplis d’eau à proximité du feu, de sorte que lorsque celui-ci s’en rapprochera, ils exploseront et éteindront le feu.

Pourquoi cela est-il permis ? Parce que cela n’est autre qu’une action indirecte de l’homme dans un interdit rabbinique – ici éteindre un feu.

Les Ashkénazim sont plus stricts (selon le Rama) :

Ils n’autorisent une grama dans un interdit rabbinique que dans un cas de perte financière importante.

Dès lors :

Pour les Séfaradim, se doucher avec un ballon électrique non programmé (explication à la suite) est autorisé.

Pour les Ashkénazim, cela reste interdit, sauf cas exceptionnel.

5) Distinction entre ballon électrique et chaudière à gaz

Il faut maintenant distinguer deux systèmes :

 Le ballon électrique programmé (jour/nuit)

Quand le ballon est programmé en mode « nuit », il ne réchauffe pas l’eau pendant la journée.

L’eau est donc réchauffée automatiquement la nuit, indépendamment de notre usage.

Dans ce cas, se doucher à Yom Tov est autorisé :

On utilise une eau chauffée avant Yom Tov, Et aucune cuisson spécifique n’est déclenchée par notre utilisation, car de toute manière le cumulus se remet en marche tous les soirs pour réajuster la température de l’eau, qu’on l’ait utilisée ou non.

 Le ballon non programmé

Lorsqu’il n’est pas programmé, l’ouverture du robinet déclenche en différé une nouvelle chauffe.

C’est ce qu’on appelle un maasé grama, autorisé selon la halakha comme mentionné plus haut pour les Séfaradim.

Je noterai qu’après vérification, le déclenchement du système électrique n’est pas instantané avec l’ouverture du robinet d’eau chaude mais vient beaucoup plus tard. Après une bonne douche, voire deux même.

 La chaudière à gaz

Problème bien plus sérieux :

Avec une chaudière à gaz, chaque douche déclenche une flamme instantanée qui chauffe l’eau en temps réel.

Bien que cette flamme soit déjà existante, et que l’ouverture du robinet d’eau chaude ne fasse qu’amplifier ou allumer d’autres flammes, il reste néanmoins que la raison de cet allumage est interdite pour se doucher le corps entier — ce qui est interdit.

Ainsi, s’il est permis d’utiliser une chaudière à gaz pour faire la vaisselle ou se laver le visage le jour de Yom Tov, cela reste interdit concernant le lavage de l’intégralité de son corps. ( Ici, le fait de fermer le robinet d’eau chaude, ce qui aura pour effet de diminuer l’intensité de la flamme de la gazinière, ne pose pas de problème. En effet, c’est ainsi que ce feu est conçu pour être utilisé : on l’augmente ou on le diminue selon les besoins. En revanche, lorsqu’il s’agit d’éteindre complètement une flamme, cela ne peut être fait de manière directe. Il faudra alors recourir à un maassé grama, c’est-à-dire provoquer un débordement d’eau qui éteindra la flamme de manière indirecte. Rav Shlomo Zalman Oyerbakh, Rav ovadia Yossef ( Yabia Omer T 1 q:31,  Rav Mordehai Eliahou (chout Rav haRachi CH 36 q: 7 – sur les dires du Rama 514, 1)

🚧 Je noterai qu’il existe deux types de chaudières à gaz : celles équipées d’une veilleuse permanente, et celles, plus récentes, qui s’allument à l’aide d’un système d’allumage électrique.

Dans le premier cas, l’utilisation de l’eau chaude (comme détaillé plus haut) est permise, car l’allumage se fait à partir d’une flamme déjà existante.

En revanche, dans le second cas, cela est interdit pendant Yom Tov, car l’ouverture du robinet entraîne la création d’une nouvelle flamme, ce qui constitue une véritable création ex nihilo.

Pour discerner le type de fonctionnement de sa chaudière, il suffit : – D’observer si une petite flamme reste allumée en continu (veilleuse) ;

– D’écouter si un bruit d’étincelle (« tic tic tic ») se fait entendre lors de l’ouverture de l’eau chaude ;

– Ou de consulter la notice de l’appareil, qui précise souvent le type d’allumage.

Il faut toutefois noter que certains appareils rares combinent une veilleuse et un système d’allumage électrique. Dans ces cas, bien qu’une veilleuse soit présente, l’allumage peut tout de même dépendre d’une étincelle électrique, ce qui revient à créer une nouvelle flamme.

L’autorisation pendant Yom Tov ne s’appliquera que si la veilleuse assure elle-même la transmission du feu, sans intervention d’un allumage autonome.

Question pour un champion :

Si le fait d’ouvrir mon robinet d’eau chaude n’entraîne qu’un seul interdit rabbinique par grama le jour de Yom Tov, pourquoi n’a-t-on pas le droit de faire de même Chabbat ? Le Choul’han Aroukh lui-même parle du jour de Chabbat, pas de Yom Tov ?

Réponse : un détail très important, mes amis : lorsque nous ouvrons notre robinet d’eau chaude, nous ne causons pas uniquement un interdit rabbinique de mise en marche du système électrique. Nous faisons une action supplémentaire : nous cuisons de l’eau !

Lorsque Réouven ouvre son robinet d’eau chaude Chabbat comme Yom Tov, au même moment, de l’eau froide pénètre dans le cumulus et cuit avant même de déclencher le système électrique.

Ainsi, le jour du Chabbat, cela s’appelle un pessik réché beissour deOraïta – une action qui a double visage : une action permise (ouvrir un robinet), qui instantanément cause la cuisson de l’eau, un interdit de la Torah. Ce qui n’est pas le cas le jour de Yom Tov, où la cuisson de l’eau est autorisée pour un besoin nécessaire.

Vous allez me dire : « Mais Monsieur le rabbin, ici cuire de l’eau pour se doucher est aussi interdit le jour de Yom Tov. »

C’est exact. Sauf qu’il s’agit uniquement d’un interdit rabbinique. De ce fait, tant que l’homme n’est pas intéressé par cette cuisson, car il détient suffisamment d’eau dans son ballon pour se doucher, cela devient un pessik réché beissour derabanan, qui est autorisé (Tossafot, Choul’han Aroukh, Rav Ovadia Yossef- voir notre article sur Pessik réché et technologie moderne).

Conclusion : pour les Séfaradim, il est possible de se doucher tout le corps dans notre appartement ou maison lorsque le moyen de chauffer l’eau est à l’aide d’un ballon électrique.

L’essentiel est de veiller à ce que l’eau utilisée n’ait pas été chauffée le jour même de Yom Tov. Tant que le réchauffement s’est produit avant — que ce soit naturellement pendant Shabbat ou durant le jour précédent — son utilisation reste permise.

Pour les ashkenazim, le Michna Beroura (514, 3- chaar hatsiyoun 31) explique que Yom Tov diffère de Chabbat, notamment dans le domaine du Grama, et que même selon le Rama, une certaine souplesse est permise à Yom Tov. Je laisse donc les Ashkénazes se référer à leur Rav pour trancher cette question.

Se doucher alors que notre moyen de chauffage est au gaz est interdit.

6) L’utilisation du shampooing et du savon, comment s’essuyer avec la serviette ?

Afin de ne pas faire d’erreur sur le reste du processus d’une douche cachère à Yom Tov, je rappellerai ici quelques lois.

Il faudra utiliser un shampooing et un savon liquides. Nous les appliquerons à l’aide de nos mains ou d’une éponge en plastique cachère.

Quand nous sortirons de la douche, il est interdit d’essorer nos cheveux avec les mains sans serviette si ces derniers sont longs. Ainsi, nous les sécherons délicatement avec une serviette de bain.

Ainsi, nous devrons nous essuyer sans essorer la serviette.

Petit détail supplémentaire : il est proscrit d’utiliser une brosse pour se coiffer. On pourra, à l’aide de nos doigts, s’arranger au mieux nos cheveux sans pour autant être amené à les arracher (lorsque nous voyons sous la douche des cheveux ou poils qui tombent, en réalité, ils étaient déjà tombés avant notre douche).

Voilà pour notre sujet, aussi complexe qu’intéressant, que nous avons essayé de vous rendre accessible et sympathique.

Ps : Cet exposé halakhique reflète le fruit de mon étude personnelle. Chacun est invité à consulter son Rav pour savoir ce qu’il lui convient de faire, en fonction de ses exigences rabbiniques et de ses coutumes.

Hag sameah,

R. Yehouda Elbilia 

Édito

Hello les amis, Dites-moi… vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi j’ai intitulé mon site Dvar Matok ?

Eh bien figurez-vous qu’à l’époque, quand j’étais encore jeune 😂, mon oncle Y. me disait souvent lors de nos rencontres, en hébreu :

“Yech lekha eze Dvar Matok al haParacha?” — Tu as un petit Dvar Torah doux sur la Paracha ?

Alors voilà… il est là. Doux, agréable… et parfois même aigre-doux, dirais-je.

Oui, j’aime bien vous piquer un peu, vous surprendre, vous faire réfléchir autrement.

Allez, c’est reparti de plus belle.

À très vite, et n’hésitez pas à me laisser un feedback dans les commentaires ou par mail.

R. Yehouda

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