Chabbat au cabinet : Quand les collaborateurs non-juifs veulent travailler le samedi
Question : Un cabinet dentaire appartenant à un juif peut-il rester ouvert le jour du Chabbat si les collaborateurs non juifs souhaitent travailler ce jour-là ?
Contexte :
1. Le cabinet appartient à un juif.
2. Le propriétaire met à disposition certaines salles de son cabinet à des collaborateurs qui y travaillent en échange d’un pourcentage de leurs revenus.
3. Le juif peut utiliser les locaux lorsque les collaborateurs non juifs ne sont pas présents.
4. Tous les bénéfices générés reviennent initialement à l’entreprise appartenant au juif, qui redistribue ensuite un pourcentage aux collaborateurs en fonction de leur chiffre d’affaires, indépendamment du nombre de jours travaillés.
Réponse selon la Halakha :
Ce type de contrat est désigné en Halakha comme « Arisout ».
Dans ce cas précis, puisque l’argent généré par les collaborateurs entre directement dans l’entreprise du propriétaire juif, cela revient, selon la Halakha, à considérer que ces collaborateurs travaillent pour le juif. Cependant, il est important de noter que le paiement repose sur un pourcentage des revenus, et non sur un salaire journalier ou lié à un nombre précis de jours de travail.
Le Choulhan Aroukh (Orah Hayim, Siman 243 :1) établit une distinction entre : Un champ ou une activité agricole , où l’emploi de collaborateurs rémunérés au pourcentage est courant (Aris).
Une bâtisse ou un autre type de commerce, où les collaborateurs sont habituellement employés à la journée ou pour une tâche spécifique (Sahir Yom ou Kablan).
Dans le second cas, il existe une problématique : le juif est considéré comme ayant un intérêt direct dans le travail effectué par le non-juif. Cela peut être perçu comme si le collaborateur non-juif agissait en tant que mandataire (Chaliah) du juif, ce qui pose problème Chabbat.
Cas de figure pour permettre une activité Chabbat :
1. Si l’emploi au pourcentage est une pratique courante dans la société :
Si la majorité des employeurs dans ce domaine rémunèrent leurs collaborateurs au pourcentage, il sera permis au juif de laisser les non-juifs travailler librement, même le jour du Chabbat. Dans ce cas, il est évident pour tous que le non-juif travaille avant tout dans son propre intérêt, et le juif n’a pas d’autorité sur son emploi du temps. Il n’y a donc pas de problème de Marit Ayin (soupçon d’apparence fautive).
2. Si l’emploi au pourcentage n’est pas une pratique courante :
Si cette méthode de rémunération n’est pas majoritaire, un simple contrat au pourcentage ne suffira pas. Il sera alors nécessaire d’ajouter un contrat de location symbolique des locaux au profit des non-juifs. Ainsi, les collaborateurs non-juifs seront perçus comme travaillant « chez eux » et non « chez le juif ». Cela permet au propriétaire juif de bénéficier des gains générés Chabbat, calculés sur une base mensuelle et non journalière.
3. Si personne ne sait que le cabinet appartient à un juif :
Dans un cas où la propriété juive du cabinet n’est pas connue du public, un contrat au pourcentage est suffisant, même si ce mode de rémunération n’est pas la norme sociétale.
Conclusion:
Pour qu’un cabinet dentaire appartenant à un juif puisse rester ouvert Chabbat et que les non-juifs puissent y travailler :
Si la majorité des entreprises de ce secteur emploient au pourcentage, cela est permis sans autre formalité.(Beour halakha 243.1)
Si ce n’est pas le cas, il faudra établir un contrat de location symbolique des locaux en complément du contrat au pourcentage.
Ainsi, le juif pourra bénéficier également des gains réalisés le jour du Chabbat, sans enfreindre les règles de la Halakha.
R. Yehouda Elbilia, Deauville




